Le Songe de Jacob (en italien : Il Sogno di Giacobbe) est une huile sur toile de grandes dimensions (446 × 217 cm) réalisée en 1671 par le peintre flamand Valentin Lefèvre (1642-1677).
L'œuvre est située à douze mètres de hauteur sur la voûte de l'escalier d'honneur (Scalone del Longhena), au sein du complexe monumental de l'Île de San Giorgio Maggiore à Venise. Il s'agit de la seule commande publique vénitienne subsistante de l'artiste, ainsi que la plus prestigieuse de sa carrière.
Histoire Le tableau fait partie intégrante du programme décoratif de l'escalier d'honneur menant à l'appartement de l'abbé, l'un des espaces d'apparat du monastère bénédictin. Une quittance de paiement datée du , conservée aux Archives d'État de Venise, documente son exécution. Cette expertise, approuvée par l'architecte Baldassarre Longhena, détaille les coûts et les matériaux utilisés pour l'imposant cadre en bois sculpté, notamment le pin cembro du Cadore. Dès son installation, l'œuvre connaît un succès critique notable. En 1674, Marco Boschini décrit Lefèvre come un observateur attentif de la peinture de Paolo Veronese.
Malgré sa valeur, l'état de la toile est jugé précaire dès 1806 par le restaurateur Pietro Edwards, qui la décrit comme « largement dégradée » dans un rapport cité par Antonio Cicogna.
Entre 2024 et 2026, le tableau a bénéficié d'une restauration complète dirigée par Paolo Roma au sein de la Fondation Giorgio Cini. Avant son déplacement, l'œuvre a fait l'objet d'analyses par spectroscopie à distance, une technique non invasive développée par le CNR et l'Université Ca' Foscari de Venise. L'intervention structurelle a consisté à retirer un ancien rentoilage du XIX siècle et à monter la toile sur un nouveau châssis métallique à tension réglable, conçu pour résister aux variations climatiques de la lagune. Le nettoyage a révélé les pigments originaux (rouges, bleus et laques violettes), rendant sa lisibilité à la scène des anges, longtemps occultée par l'encrassement et l'oxydation des vernis.
Description La composition illustre l'épisode biblique de la Genèse où le patriarche Jacob, lors de son séjour à Bethel, voit en songe une échelle peuplée d'anges reliant la terre au ciel. Le style de Lefèvre se caractérise par un classicisme raffiné issu de l'étude des maîtres de la Renaissance vénitienne, associé à des contrastes chromatiques proches du Ténébrisme.
L'échelle centrale domine la scène, servant d'axe perspectif en continuité avec l'architecture baroque de l'escalier de Longhena. Au-delà du thème religieux, l'œuvre porte une métaphore politique et civile : l'échelle symbolise la hiérarchie du savoir, profane et sacré, célébrant le rôle intellectuel du monastère sous le protectorat dogal.
Notes et références
Catégorie:Tableau des années 1670