La de Havilland Aircraft Company est un constructeur aéronautique britannique historique. L'entreprise est fondée en 1920 par l'industriel Geoffrey de Havilland, qui a conçu plus d'une centaine d'avions au cours de sa vie, et dont la carrière s'étend des balbutiements de l'aéronautique à l'ère du jet. L'entreprise est basée d'abord à l'aérodrome de Stag Lane, au nord-ouest de Londres, puis déménage son usine à Hatfield, dans le Hertfordshire. Le fondateur reste à la tête de l'entreprise jusqu'à son rachat par Hawker Siddeley en 1960.

Dans les années 1920 et 1930, l'entreprise est surtout connue pour ses avions d'entraînement (elle est à l'origine du Tiger Moth, avion-école standard des armées du Commonwealth durant la Seconde Guerre mondiale), mais aussi pour des avions de ligne et des appareils de course. Ses créations sont associées à plusieurs records et premières. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle réalise le Mosquito, bombardier rapide bimoteur, un des appareils les plus emblématiques du conflit. Après-guerre, elle réalise des chasseurs à réaction, et surtout, elle marque l'histoire de l'aviation en mettant sur le marché le Comet, le premier avion de ligne à réaction admis en service régulier.

La société crée des filiales dans le Commonwealth, dont l'une, de Havilland Canada, devient ensuite en son nom propre un constructeur réputé, notamment dans le domaine des avions de brousse. La volonté d'autonomie industrielle du fondateur l'amène à créer une filiale spécialisée dans les moteurs, et une autre dans les hélices. Cette dernière se diversifie ensuite dans les fusées et les missiles. Si l'entreprise a disparu en tant que telle, certains aspects de son héritage industriel survivent, comme dans l'activité missile de BAE Systems.

Histoire Avant 1920 vignette|gauche|Geoffrey de Havilland en 1911.|alt=Photo noir et blanc, jeune homme présentant un biplan construit en bois toilé.

Jeune ingénieur, Geoffrey de Havilland (1882-1965) travaille d'abord dans la motorisation automobile et motocycliste avant de s'intéresser à l'aviation. Il fait voler un avion biplan de sa construction en 1910, et apprend à piloter avec. Ses travaux remarqués lui permettent d'être embauché par un établissement militaire, la British Army’s Balloon Factory, qui devient la Royal Aircraft Factory (ancêtre du Royal Aircraft Establishment) en 1912. Le deuxième biplan réalisé par le jeune ingénieur, racheté par son nouvel employeur et renommé , devient le premier avion enregistré dans cette institution de la couronne..

Après une brève mobilisation durant la Première Guerre mondiale (il quitte le front à cause d'une blessure), il rejoint la société Airco, où il est à la tête de la conception d'avions. Les appareils qu'il conçoit pendant cette période sont déjà désignés par ses initiales, DH.

vignette|Un DH.4 dans sa livrée d'avion postal.|alt=Avion biplan assez massif, peint en bordeaux, exposé dans un musée.

Le Airco DH.4, bombardier biplan monomoteur, est l'un des avions les plus importants de la Première Guerre mondiale. Il est construit à plus de , principalement sous licence, aux États-Unis. C'est d'ailleurs le seul avion construit aux USA qui participe activement aux combats de la Première Guerre mondiale.. Les avions conçus par de Havilland représentent environ un tiers des appareils alignés côté allié pendant la guerre.. Après celle-ci, de nombreux DH.4 surnuméraires sont mis en vente. Certains équipent des pays qui mettent en place leur propre armée de l'air, comme le Mexique ou l'Iran, tandis que d'autres sont convertis en avions postaux. Cela contribue à faire du DH.4 un des avions les plus connus dans le monde à cette époque..

À la fin de la guerre, Airco emploie ; c'est la plus grande entreprise aéronautique du monde.. Avec l'armistice, les commandes militaires s'arrêtent brusquement. Airco propose quelques avions pour le marché civil, et crée une filiale spécialisée dans le transport aérien de passagers. Le , basé sur le bombardier DH.9A, transporte quatre passagers dans une cabine fermée, il assure une liaison vers Paris dès 1919.. Cependant, ces appareils ne sont produits qu'en tout petit nombre, insuffisants pour rentabiliser les infrastructures industrielles d'Airco, qui fait faillite. Une autre société, la Birmingham Small Arms Company, rachète la compagnie. Le repreneur n'a pas l'intention de continuer l'activité aéronautique de Airco : le rachat vise à récupérer les usines, les machines et une partie du personnel pour ses propres productions, notamment dans le domaine des motocyclettes...

Les années 1920 et 1930 Création d'une nouvelle entreprise De Havilland décide alors de créer une nouvelle entreprise, sous son propre nom. Il a pour cela le soutien de l'ancien directeur d'Airco, , que sa santé dissuade cependant de s'impliquer directement. Les statuts de la nouvelle entreprise, de Havilland Aircraft Company, sont déposés le . Il embauche plusieurs cadres d'Airco, dont des ingénieurs qui avaient déjà travaillé à ses côtés pendant la guerre, ainsi que le directeur commercial et le directeur financier d'Airco. Plusieurs membres de cette équipe resteront aux côtés de de Havilland pour des dizaines d'années. Il rachète aussi des machines de l'usine Airco. Il s'endette personnellement pour livres pour l'opération. Son usine se situe dans l'enceinte de l'aérodrome de Stag Lane, à Edgware. Il s'agit d'un aérodrome créé en 1915 par une entreprise qui donnait des cours de pilotage, et abandonné après la révocation de sa licence d'exploitation en 1919..

La famille Moth Le de Havilland DH.60 Moth, qui vole en , est un biplan monomoteur conçu comme avion de tourisme et d'entraînement. Sa construction se veut simple et bon marché, la structure est entièrement en bois et les surfaces sont toilées. Cet avion est le premier grand succès commercial de la nouvelle entité, et est à l'origine de toute une famille d'appareils qui évolue jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Il est utilisé pour l'instruction au pilotage et l'aviation générale, aussi bien par les civils que par les militaires. Parmi les nombreux dérivés Moth, le plus produit est de loin le DH.82 Tiger Moth (premier vol en ) avec plus de . Ce sont les appareils d’entraînement basique standard des armées de l'air du Commonwealth. Le nom « Moth » (mite), inspiré par la passion de Geoffrey de Havilland pour les insectes, est appliqué à des avions assez différents les uns des autres. Outre les biplans destinés avant tout à la formation (DH.60 Moth, DH.82 Tiger Moth), on trouve aussi sous ce nom des dérivés des précédents dotés d'une cabine pour trois ou quatre passagers (DH.61 Giant Moth, DH.83 Fox Moth), ainsi que monoplans à aile haute DH.80 Puss Moth et DH.85 Leopard Moth. Ces avions donnent naissance à nombre de versions modifiées selon les besoins et les contraintes des utilisateurs.

Environ 25 armées de l'air différentes utilisent, à divers moments, le Tiger Moth comme avion d’entraînement et une part importante des pilotes de la Seconde Guerre mondiale ont pris leurs premiers cours de pilotage sur ces avions... À l'aube de la guerre, la plupart des élèves-pilotes de la Royal Air Force suivent leurs premiers cours et font leurs premiers vols solo sur Tiger Moth, avant de passer sur un avion plus performant, au comportement plus proche de celui d'un chasseur, comme le Harvard, pour la suite de leur formation..

Courses et records thumb|Amy Johnson posant devant son Moth.|alt=Photo noir et blanc. Avion biplan, une femme habillée en civil pose devant l'avion.

Les Moth sont également populaires auprès des pilotes privés et associés à des records. Par exemple, en 1930, c'est avec un DH.60 Gipsy Moth que Amy Johnson devient la première femme à voler seule de la Grande-Bretagne à l'Australie.. De Havilland est très investi dans le domaine de l'aviation sportive. Pour la course aérienne Londres-Melbourne 1934, de Havilland developpe le DH.88 Comet. Ce bimoteur construit en bois, fabriqué à seulement cinq exemplaires, est alors l'un des avions les plus rapides du monde. de Havilland perd délibérément de l'argent sur la vente de ces appareils, comptant sur leur effet publicitaire pour le constructeur. L'un des Comet engagés remporte la course. En plus de son palmarès sportif, l'avion introduit aussi des technologies nouvelles pour de Havilland. En particulier, il utilise une hélice à pas variable, chose encore très peu répandue à l'époque. Constatant les avantages de ce type d'hélices, de Havilland achète une licence auprès de l'entreprise américaine Hamilton Standard, et met sur pied sa propre production..

Expansion de l'entreprise Le succès considérable des appareils de la famille Moth permet une forte croissance de l'entreprise à la fin des années 1920 et au début des années 1930. Des accords pour la production sous licence de ces biplans sont signés avec des constructeurs étrangers. Aux États-Unis, des investisseurs créent spécifiquement dans ce but une entreprise appelée Moth Aircraft Corporation en 1928. Elle possède une usine jouxtant l'aéroport de Lowell, et possède une licence exclusive pour l'Amérique du Nord. L'expérience est cependant de courte durée, car l'entreprise est rachetée par Curtiss-Wright qui décide d'arrêter la production des Moth au profit du Travel Air 2000, un avion de même catégorie développé par une autre société rachetée également par Curtiss.. En France, Morane-Saulnier signe une licence qui lui permet de produire le DH.60 sous l'appellation MS.60. Une autre licence de production est accordée à une usine dépendant de l'armée de l'air norvégienne..

Les filiales De Havilland Australie et De Havilland Canada sont créées (en 1927 et 1928 respectivement) pour produire les avions de la famille Moth pour ces pays, principalement pour leurs armées de l'air respectives. En 1928, l'entreprise, jusque-là à capitaux privés, entre en bourse. La production se développant, l'usine de Stag Lane devient trop petite, et elle se trouve dans une zone qui s'urbanise rapidement. La production déménage dans une nouvelle usine, à Hatfield, en 1932. La production de moteurs reste à Stag Lane..

Choix techniques Alors que la tendance générale dans les années 1920 et surtout 1930 est de réduire la part du bois dans la construction des avions, au profit des métaux, notamment des alliages d'aluminium qui deviennent de plus en performants, de Havilland tend à résister à cette tendance et à continuer à favoriser la construction traditionnelle en bois toilé. Il fait cependant des exceptions à cette préférence, en particulier dans la conception du DH.66 Hercules, un avion postal trimoteur destiné aux climats tropicaux, dans lesquels les structures en bois vieillissent très mal. Cet appareil, le plus gros conçu par de Havilland depuis la fin du premier conflit mondial, assure à partir de 1926 des liaisons entre le Moyen-Orient et l'Inde. Par la suite, il vole aussi en Afrique et en Australie..

Une autre caractéristique commune à la majorité des avions de Havilland se situe dans la conception des trains d'atterrissage : pour amortir les chocs à l'atterrissage, ils utilisent un empilement de disques de caoutchouc montés le long d'un axe. Ces amortisseurs élastomériques se retrouvent sur le Mosquito, et même sur des avions d'après-guerre comme le Dove...

Avions de ligne Un autre succès commercial de l'entre-deux-guerres pour de Havilland est représenté par les avions de ligne biplans et bimoteurs DH.84 Dragon et surtout DH.89 Dragon Rapide. Dragon Rapide sont produits à partir de 1934, chiffre considérable pour un avion civil de cette époque.. La conception du Dragon inspire également un appareil plus massif, quadrimoteur, le DH.86 Express, conçu à la demande de Qantas, qui souhaitait un avion pour relier Singapour et l'Australie.. Le DH.90 Dragonfly, plus petit, sert surtout d'avion privé..