François Jules OgierToute cette page est rédigée d'après le recueil écrit par Romain George-Perrin, descendant de Jules Ogier, publié en famille en 2026, né le à Paris et mort le également à Paris est un scientifique, un chimiste et un expert en toxicologie français. Il fut directeur du laboratoire de toxicologie de la préfecture de police de Paris pendant trente ans, de 1883 à sa mort en 1913.

Il eut à présenter des rapports judiciaires concernant la mort d'Émile Zola, du Baron de Reinach, de Gabriel Syveton ou encore dans le meurtre d'Augustin-Frédéric Lamarre par Carrara, et fut aussi chargé de la direction des expertises sur les viscères des victimes de Jeanne Weber, dite l'ogresse.

Par ses travaux en tant que membre du Comité consultatif d'hygiène publique de France, il contribua grandement aux acheminements en eau et à leur purification, de la plupart des grandes villes de France.

Jules Ogier fut considéré à son époque comme le père de la chimie toxicologique moderne.

Biographie

Famille Jules Ogier est né le lundi à 21 h 45 à l’Hôtel de Retz au 9 rue Charlot à Paris dans le Marais. Il est le fils de Jean Jules Ogier (1819-1903), négociant commissionnaire qui, selon les légendes familiales, aurait fait fortune dans le commerce de plumes d’autruches, destinées à habiller les danseuses du Casino et des Folies Bergère de Paris, et de Marguerite Mathilde Goy (1831-1879). Les Ogier trouvent leurs origines en Suisse dans le canton de Genève et en France en région Rhône-Alpes. Les Goy quant à eux sont originaires de France, dans l’Eure en Normandie.

Ses parents, protestants, se sont mariés civilement le à la mairie de l’ancien , qui correspond à l’actuel . Leur acte de mariage a brûlé en 1871 pendant la Commune lors de l’incendie de l’Hôtel de Ville mais fut reconstitué en 1872 à la suite de la loi du qui a permis de reconstituer près de trois millions d’actes d’état civil parisiens sur les huit millions qui ont disparu. Leur mariage religieux eut lieu au temple protestant de l’Oratoire du Louvre, le .

Jules avait une sœur aînée, Marguerite Mathilde Ogier (1852-1936). Elle est née le et fut baptisée en la paroisse Saint-Jean-Saint-François le suivant. Elle épousera en 1876, Paul Louis Maurice Laugier (1842-1915), médecin, issu d’une famille de scientifiques, fils de Stanislas Laugier (1799-1872) chirurgien réputé.

Il se marie à Paris () le avec Jeanne Louise Adèle Renouard (1858-1936), fille aînée d’Alfred Augustin Renouard (1822-1883), négociant et fondateur de la Compagnie des Salins du Midi, et d’Eugénie Joséphine Marguerite Desmarest (1834-1918). Elle est également la petite-fille d’Augustin Charles Renouard (1794-1878), juriste et homme politique ainsi que l'arrière-petite-fille d'Antoine-Augustin Renouard (1765-1853), éditeur libraire et de Pierre-Simon Girard (1765-1836), ingénieur des Ponts-et-Chaussées qui dirigea la construction du canal de l’Ourcq. Ils se sont très probablement connus par l'intermédiaire du beau-frère de Jules et d'Alfred Richet (1816-1891), célèbre chirurgien, qui est l'oncle paternel de Jeanne Renouard. Les témoins sont François Goy ; Emile Montigny (1831-1920), professeur au Lycée Henri-IV, respectivement oncle et professeur de Jules Ogier, puis Alfred Richet ; et Eugène Desmarest (1836-1898), sous-gouverneur de la Banque de France, tous deux oncles de Jeanne Renouard.

Jules et Jeanne Ogier ont une fille, Madeleine qui nait le et qui épousera en 1906 le musicologue Jules Écorcheville, qui mourra au combat pendant la Première Guerre mondiale en 1915 à Perthes-lès-Hurlus.

Formation Très jeune, il développa un gout pour la science et en particulier pour la chimie. Il effectue de brillantes études au lycée Charlemagne puis entra au Laboratoire du Muséum que le célèbre chimiste Edmond Frémy (1814-1894) avait ouvert pour les jeunes garçons intéressés par les études en chimie. À cette époque, la France avait besoin de chimistes pour son industrie et ce fut alors une chance pour Jules Ogier d’apprendre la chimie expérimentale. Il devient bachelier ès lettres en 1870, bachelier ès sciences en 1872, puis licencié ès sciences en 1873. vignette|Jules Ogier par Jules Quantin en 1874. En 1874, Jules est préparateur de chimie à l’école de pharmacie de Paris, ce qui lui vaudra d’ailleurs d’être dispensé de son service militaire en tant que membre de l’Instruction publique. La même année, il sera peint par le peintre sexagénaire Marie Jules Quantin (1810-1884), probablement dans les Alpes. Le hasard aura peut-être fait que le peintre de Jules Ogier porte le même prénom que lui, mais avant tout il s’agissait d’un ami de son père. Jules Quantin était également protestant, s’étant marié, lui aussi, au temple de l’Oratoire du Louvre, cinq ans plus tard, le avec Ernestine Clotilde Aphrodise Schwind. D’ailleurs Jules Ogier père, sera témoin mentionné comme « ami du défunt » dans l’acte de décès du dit peintre, mort à Paris () le .

En 1874, Alfred Riche (1829-1908), alors professeur de chimie à l'École supérieure de pharmacie de Paris, prit Jules Ogier comme préparateur de chimie pour ses cours. Marcellin Berthelot (1827-1907), excellent chimiste, ayant également remarqué l'habileté et la précision de Jules Ogier dans ses démonstrations scientifiques, le prit sous son aile en tant que préparateur de la chaire de chimie organique au Collège de France à partir de 1875 et jusqu’en 1882. Jules Ogier parlera souvent de son maître avec affection comme un "homme génial" et avec qui il partagea ses travaux, à l'époque où il était pleinement dans sa période active de production scientifique. Jules Ogier a été très peiné lors du décès de son maître en 1907, qui décéda d’une crise cardiaque en apprenant le décès de sa femme, trente minutes avant lui. Sur cette période de nombreux travaux ont été publiés en thermochimie par Jules Ogier, seul, ou en collaboration avec Berthelot. Parmi ceux-ci. :

Sur un nouveau sulfate de potasse* Formation de l'acide iodeux par l'action de l'ozone sur l'iode Action de l'ozone sur l'iode Formation de l'acide thermique, de l'hydrogène phosphoré et de l'hydrogène arsénié Liquéfaction de l'hydrogène silicié Sur la formation thermique de l'hydrogène silicié Recherches thermiques sur l'éther silicique Sur les combinaisons de l'hydrogène silicié avec les hydracides, et sur leurs chaleurs de formation Sur un nouvel hydrure de silicium Recherches sur l'isomérie : la benzine et le dipropargyle (en commun avec M. Berthelot) Sur les bromures et les iodures de phosphore Recherches sur les éthers formiques (en commun avec M. Berthelot) Sur la chaleur de formation du diallyle, de l'aldéhyde et des corps chlorés (en commun avec M. Berthelot) Sur les bromures et iodures de soufre Recherches thermiques sur les oxychlorures de soufre Sur la densité de vapeur du chlorure de pyrosulfuryle Sur un nouvel oxychlorure de soufre.

Carrière En 1880, il devient docteur ès-sciences physiques après une thèse remarquable « Sur la combinaison de l’hydrogène phosphoré avec l’acide chlorhydrique » où il prédit, à partir de données purement thermiques la formation de chlorhydrate d’hydrogène phosphoré gazeux, qu’il vérifia et prouva expérimentalement. Après sa thèse soutenue le , il est nommé officier d'académie et dispense ses enseignements sur « les actions chimiques de l'effluve électrique » au Collège de France, à l'École Normale d'instituteurs de Sèvres et à l’Association philotechnique de Puteaux. vignette|269x269px|Paul Brouardel et Jules Ogier au Laboratoire vers 1883. En 1883, Jules Ogier est recommandé par son beau-frère Maurice Laugier, à Paul Brouardel (1837-1906), célèbre médecin spécialiste en médecine légale. Ce dernier avait été missionné en Autriche et en Allemagne en 1878 pour étudier les différents équipements et pratiques dans le domaine médico-légal afin de proposer de nouveaux aménagements pour la mise en place d’installations nouvelles en France. Il cherchait alors un chimiste pour diriger le laboratoire de toxicologie de la préfecture de police de Paris, fraîchement mis en service depuis sur l’île de la Cité en face de la Cathédrale Notre-Dame. Jules accepte et devient par la même occasion chimiste expert près la Cour d’Appel de la Seine.

Il continue toujours de publier des mémoires en thermochimie dans les annales de Chimie et de Physique avec Marcellin Berthelot, dont :

Sur la chaleur spécifique du gaz hypoazotique Sur la chaleur spécifique de l'acide acétique gazeux

Dans ses premières années à la tête du Laboratoire de Toxicologie, Jules Ogier enrichit ses connaissances sur la chimie toxicologique et enrichit également la Science par de nouvelles publications qui ont fait autorité pendant des décennies. En 1885, il publie dans le tome IV de l’analyse chimique de l’Encyclopédie Chimique son « Analyse des gaz ». Cet ouvrage rassemblait selon lui « les méthodes qui permettent de reconnaître la nature d’un gaz ou d’un mélange gazeux et d’en faire le dosage ; mais aussi les méthodes et les appareils à l’aide desquels on peut préparer les gaz, les conserver, les transvaser, leur faire subir en un mot les diverses manipulations usuelles ». Il termine son introduction par un hommage à M. Berthelot en disant « Qu’il me soit permis en terminant de déclarer ici que c’est à mon séjour dans le laboratoire de M. Berthelot que je dois les quelques connaissances que je puis avoir sur l’analyse des gaz. Les méthodes, les appareils, les tableaux d’analyse, les procédés spéciaux et les tours de main exposés dans la première moitié de cet ouvrage, sont pour la plupart empruntés soit aux mémoires de M. Berthelot, soit aux leçons professées par cet illustre maître, au Collège de France ».

Depuis 1887, Ogier était également auditeur au Conseil Supérieur d’Hygiène de France, dont il deviendra membre en 1890. Il avait à cœur de travailler pour la chose publique et lui a rendu de grands services en matière d’Hygiène. Il a rédigé de nombreux rapports allant de la règlementation de la coloration des jouets d’enfants et de la coloration artificielle des vins, de l’emploi de la saccharine ou de la digestibilité des légumes reverdis ; à des enquêtes sur des cas de fièvre typhoïde et de choléra à Caen, Étampes, Cette, Carcassonne, Alais etc..

Dans les années 1890-1900, il est également chargé de missions diverses concernant l’alimentation en eau potable de plus de vingt-cinq villes de France (Bordeaux, Toulouse, Caen, Dijon, Biarritz, Quimper, Fontainebleau, Vichy, Commercy, etc.), ainsi que de la purification des eaux potables, de l’assainissement de la Seine et de l’épandage des eaux d’égout de Paris, et de l’assainissement des cimetières, et plus encore.

En , il part en voyage d’affaires en Angleterre pour un congrès d’hygiène à Londres où quelques jours plus tard, il tient un discours et écrit dans son carnet le matin du : « C’est le matin que je perpétue ma petite lecture à la IXème section, hygiène d’État. Je ne sais pas si ça les amuse ; en tous cas, je n’ai pas été long ». En quittant White Chapel, il fait aussi allusion au fameux Jack l'Éventreur qui tua de nombreuses femmes deux ans plus tôt en disant « las de voir les endroits où l’on a trouvé des femmes assassinées, nous quittons la société pour prendre le tramway puis le métropolitain ».

Entre 1890 et 1900, il publie encore de nombreux mémoires, sur l’intoxication par le sulfocyanure de mercure, le chlorure de baryum, et par l’oxyde de carbone ; mais aussi sur l’étude de la combustion criminelle des cadavres ; sur l’épidémie d’intoxication saturnine causée par des farines ; sur l’influence des ptomaïnes dans la recherche toxicologique des alcaloïdes végétaux et la résistance de la colchicine à la putréfaction.