La pêche en Algérie est un secteur économique relevant des activités maritimes et continentales, contribuant à l'approvisionnement alimentaire et à l'emploi dans les régions côtières. Elle s'exerce le long du littoral méditerranéen ainsi que dans les eaux intérieures. vignette|Construction de bateaux de pêche en bois au port de Boudis à Jijel.
Géographie et ressources halieutiques vignette|Port de pêche de Skikda. L’Algérie dispose d’un littoral d’environ bordant la mer Méditerranée. Les ressources halieutiques y sont considérées comme modérées, avec une prédominance d’espèces pélagiques.
Les espaces de pêche maritime en Algérie sont répartis en trois grandes régions : la région Nord-Ouest (Tlemcen, Aïn Témouchent, Oran et Mostaganem), la région Nord-Centre (Chlef, Tipaza, Alger, Boumerdès, Tizi Ouzou et Béjaïa) et la région Nord-Est (Jijel, Skikda, Annaba et El Tarf). Les principales zones de pêche se concentrent autour des ports d'Alger, d'Oran, de Béjaïa et d'Annaba, qui constituent les principaux pôles de l'activité halieutique du pays.
Les espèces exploitées comprennent : les poissons pélagiques (sardine, anchois, maquereau) ; les poissons démersaux (merlu, dorade) ; les mollusques et crustacés (poulpe, crevette).
En eaux continentales, la pêche concerne des espèces telles que la carpe, le tilapia et le sandre, souvent issues de programmes d’ensemencement.
Histoire
La pêche en Algérie remonte à l’Antiquité, notamment aux périodes phénicienne et romaine, où elle constituait une activité économique organisée.
Durant la période de la régence d'Alger, la pêche demeure essentiellement artisanale. Les populations du Maghreb central tirent une part importante de leurs ressources des milieux aquatiques, pratiquant aussi bien la pêche maritime que la pêche en eau douce dans les nombreux cours d'eau et lacs riches en poissons. Les eaux du Maghreb central abritent diverses espèces, notamment le thon, le chevesne et la langouste, capturées au moyen de techniques variées telles que la ligne, les filets, les pièges de pierre ou encore les hameçons. Les poissons sont consommés frais, mais les excédents sont également salés afin d'en assurer la conservation, conformément aux pratiques alimentaires des populations littorales.
Sous la colonisation française (1830–1962), le secteur de la pêche connaît une modernisation progressive, marquée par le développement des infrastructures portuaires ainsi que par l'introduction de nouvelles techniques de pêche et d'aquaculture. Dans cette dynamique, une station est créée à Bou Ismaïl en 1921 afin d'expérimenter les méthodes les plus adaptées à l'ostréiculture (Crassostrea gigas) et à la mytiliculture (Mytilus galloprovincialis), tout en développant l'élevage de poissons d'eau douce. Une station d'alevinage est ensuite mise en service en 1937 pour produire des alevins de truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss) et d'achigan à grande bouche (Micropterus salmoides) destinés au repeuplement des retenues d'eau et des oueds ; elle est par la suite fermée.
À partir de 1940, les lacs de l'Est algérien, notamment ceux de Mellah, Oubeira et Tonga, font l'objet d'une exploitation organisée reposant sur l'installation de bordigues ainsi que sur la pêche et la récolte de mollusques tels que la moule méditerranéenne (Mytilus galloprovincialis), l'huître creuse (Crassostrea gigas) et la palourde européenne (Ruditapes decussatus). Enfin, en 1947, une nouvelle station est établie au Mazafran afin de conduire des recherches hydrobiologiques et de soutenir les opérations d'alevinage et de repeuplement des plans d'eau.
Au milieu des années 1950, la pêche maritime en Algérie demeure une activité de faible ampleur malgré l'étendue du littoral. Elle est principalement concentrée dans les ports d'Oranie, où se sont établies des communautés de pêcheurs d'origine italienne et espagnole, progressivement rejointes par un nombre croissant de pêcheurs algériens. L'activité est dominée par la pêche des poissons bleus, le chalutage et les petits métiers, mais son développement reste limité par les conditions géographiques, l'étroitesse du plateau continental, les difficultés de commercialisation et le caractère souvent artisanal des équipements.
Après l'indépendance en 1962, l'État algérien engage des politiques de structuration du secteur, notamment par la création de coopératives, la modernisation de la flotte et le développement de l'aquaculture. À partir des années 1970, plusieurs programmes sont lancés avec l'appui de partenaires internationaux afin d'améliorer les techniques de pêche, de développer la conchyliculture, de promouvoir la pisciculture continentale et de repeupler les barrages et retenues. Les lacs de l'Est algérien font également l'objet d'une exploitation commerciale, notamment pour la pêche à l'anguille destinée à l'exportation. Malgré des résultats initialement limités, les opérations de repeuplement se poursuivent au cours des années 1990 et 2000 grâce à l'importation de différentes espèces de poissons. À partir des années 2010, l'aquaculture est intégrée aux stratégies nationales de développement durable, avec des programmes visant à accroître la production, renforcer la sécurité alimentaire, créer des emplois et soutenir les investissements dans le secteur.
Organisation du secteur Le secteur de la pêche et des productions halieutiques est placé sous la responsabilité du ministère de la Pêche et des Productions halieutiques, chargé de définir les politiques publiques, d'élaborer la réglementation, de gérer les ressources halieutiques et de soutenir le développement des activités de pêche et d'aquaculture. Cette politique est mise en œuvre avec l'appui de plusieurs institutions spécialisées intervenant dans la recherche scientifique, la formation des professionnels ainsi que le contrôle et la surveillance des ressources halieutiques et des activités de pêche.
La pêche maritime constitue l'activité principale du secteur. Elle comprend la pêche artisanale, largement dominante et pratiquée au moyen de petites embarcations, la pêche côtière, assurée par des navires motorisés opérant à proximité du littoral, ainsi qu'une pêche industrielle plus limitée, principalement orientée vers le chalutage.
L'aquaculture connaît un développement progressif en Algérie dans le cadre de la diversification de la production halieutique. Elle comprend l'aquaculture marine, consacrée notamment à l'élevage de la dorade royale et du loup de mer, ainsi que l'aquaculture continentale, principalement fondée sur l'élevage du tilapia et de la carpe. Afin d'accompagner cette évolution, les coopératives de pêche maritime et d'aquaculture constituent un outil d'organisation et de soutien aux professionnels du secteur. Leur création est encadrée par le décret exécutif n° 22-405, dont les dispositions présentent plusieurs similitudes avec celles applicables aux sociétés commerciales.
La filière transformation comprend également des activités de transformation et de valorisation des produits de la pêche, notamment la congélation, la transformation, le conditionnement et la distribution des produits halieutiques destinés au marché national.
Le législateur algérien, à travers plusieurs dispositions de la loi n° 01-11, qui consacre le principe du soutien de l'État et des pouvoirs publics au secteur, a prévu divers avantages et incitations financières destinés à encourager les investisseurs à orienter leurs capitaux vers les activités de la pêche maritime et de l'aquaculture. Cette politique traduit la volonté de l'État algérien de développer ce secteur.
Les efforts déployés ainsi que le système d'accompagnement mis en place par l'État, qu'il s'agisse des investissements publics ou du soutien à l'investissement privé, ont permis le développement de nouvelles capacités dans les domaines de la pêche, de la production, de la transformation et des services liés à l'économie halieutique. Toutefois, ces efforts demeurent limités malgré les nombreuses mesures incitatives instaurées par l'État, notamment en matière de fiscalité, de régime douanier, de droits de concession et de diverses exonérations.
Production et économie vignette|Port de pêche de Ziama Mansouriah dans la wilaya de Jijel. La production halieutique algérienne demeure modeste à l'échelle méditerranéenne et varie selon les années en fonction des conditions climatiques, des ressources disponibles et des politiques publiques. Malgré les moyens mobilisés et les efforts des pouvoirs publics pour développer le secteur et accroître le taux d'emploi, celui-ci n'a pas encore atteint le niveau de performance nécessaire pour contribuer efficacement à la sécurité alimentaire et à la croissance économique. Cette situation se traduit par une faible contribution au produit intérieur brut, une productivité limitée et une balance commerciale durablement déficitaire, en raison de l'augmentation continue de la demande en produits halieutiques.
Année Production totale (tonnes) Aquaculture Source 2020 95 938 ≈ 6 % 2021 97 508 ≈ 7 % 2022 116 790 ≈ 8 % 2023 ≈ 120 000 ≈ 6 % 2024 (objectif) 135 000 ≈ 11 %
La consommation moyenne de poisson en Algérie est estimée entre 5 et 7 kg par habitant et par an, un niveau inférieur à la moyenne mondiale.
Toutefois, l’Algérie demeure importatrice de produits halieutiques afin de satisfaire la demande intérieure. Sur le plan économique, le secteur de la pêche maritime et de l'aquaculture représente un levier de diversification de l'économie nationale hors hydrocarbures. Il contribue à la création d'emplois directs et indirects, au développement des activités de transformation et de commercialisation des produits halieutiques, ainsi qu'à la valorisation des zones côtières et des régions de l'intérieur. Le développement de l'aquaculture apparaît également comme un moyen de réduire la dépendance aux importations de produits de la mer, d'améliorer la balance commerciale et de renforcer la sécurité alimentaire du pays.
Infrastructures
vignette|droite|Port de pêche de Kristel à Oran. Le secteur de la pêche constitue un levier important de l'économie algérienne en contribuant à la production nationale, à l'emploi et à la sécurité alimentaire. Afin d'en renforcer le développement durable, l'Algérie a adopté la Stratégie nationale pour l'économie bleue à l'horizon 2030 (SNEB 2030). La filière est organisée autour de trois segments complémentaires : les activités en amont (construction navale et équipements), la production halieutique, dominée par la pêche artisanale, et les activités en aval, comprenant la commercialisation, la transformation et la distribution des produits de la pêche.
Le littoral algérien compte plus de ports et abris de pêche.
Port Wilaya Type Importance Port d'Alger Alger Mixte (commerce/pêche) National Port d'Oran Oran Mixte National Port de Béjaïa Béjaïa Industriel et pêche Majeur Port d'Annaba Annaba Mixte Majeur Port de Mostaganem Mostaganem Pêche Régional Port de Cherchell Tipaza Pêche Régional Port de Dellys Boumerdès Pêche Régional Port de Skikda Skikda Mixte Majeur
Ces infrastructures jouent un rôle clé dans le débarquement, la distribution et la transformation des produits de la mer.