thumb|300px|right|La synagogue dans les années 1920 La synagogue de Rüsselsheim érigée en 1844-1845 en remplacement d'une ancienne synagogue délabrée, a été plusieurs fois rénovée, avant d'être pillée et vandalisée par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Après la guerre, le bâtiment a été transformé en bureaux puis en logements.

Rüsselsheim am Main, Rüsselsheim jusqu'en 2015, est une ville allemande du Land de Hesse, dans le district de Darmstadt et l'arrondissement de Groß-Gerau. Située à 13 km à l'est de Mayence et à 20 km au nord-ouest de Darmstadt, sur les rives du Main, elle compte actuellement environ .

Histoire de la communauté juive La communauté juive avant l'arrivée au pouvoir des nazis Une communauté juive a existé à Rüsselsheim dès le XVIIe/XVIIIe siècle. En 1660, les Juifs Beith et Jacob sont mentionnés. En 1713, vivent à Rüsselsheim, soit 3 % d'une population totale de ; en 1770, on dénombre sur un total de 154 et en 1784, soit 4,6 % d'une population totale de . En 1735, Isaak von Rüsselsheim est le chef de la communauté juive de la région de Darmstadt-Starkenbourg.

Au , le nombre d'habitants juifs évolue comme suit : en 1817 : soit 7,7 % d'un total de 1 370; en 1830 : ; en 1843 : 85 soit 5,0 % de 1 659; en 1861 : 113 soit 5,8 % de 1 932; en 1871 : 147 soit 6,4 % de 2 279; en 1871 : 124; en 1880 : 112 soit 4,2 % de 2 625; en 1900 : 62 soit 1,6 % de 3 939; et en 1910 : 62 soit à peine 1,0 % des 6 099 habitants de la ville.

Au début du , la communauté juive de Rüsselsheim inclut également les résidents juifs de Bauschheim, Bischofsheim (jusqu'en 1826), Königstädten (rattaché ultérieurement à Nauheim), Ginsheim (jusqu'en 1826) et Raunheim. Par la suite, seuls ceux de Raunheim et Bauschheim continuent à dépendre de la communauté de Rüsselsheim. Á Raunheim, on compte en 1830 et 9 en 1905 ; vers 1930, le nom officiel de la communauté est Israelitische Religionsgemeinde Rüsselsheim mit Raunheim (Communauté religieuse israélite de Rüsselsheim avec Raunheim). Des Juifs vivent à Bauschheim depuis les ; on y compte encore 3 résidents juifs en 1895, mais plus aucun après 1900.

Les familles juives vivent initialement du commerce de bétail et de produits agricoles (céréales). Au cours du , des artisans (cordonniers, tailleurs) figurent également parmi les résidents juifs.

Les installations de la communauté comprennent une synagogue, une école religieuse et un mikvé (bain rituel). Les membres décédés de la communauté sont inhumés au cimetière juif de Groß-Gerau, ville distante d'une dizaine de km. En 1923, un cimetière juif est créé à Rüsselsheim, rattaché au cimetière municipal (Waldfriedhof), où six inhumations eurent lieu par la suite. Un enseignant religieux est chargé des affaires religieuses de la communauté ; il officie également comme hazzan (chantre) et shohet (abatteur rituel). Ce poste est souvent vacant, malgré de nombreuses annonces dans les journaux juifs locaux. Des offres d'emploi pour le poste d'enseignant religieux, hazzan et shohet paraissent dans la revue du judaïsme orthodoxe Der Israelit en 1863: Annonce dans la revue Der Israelit du 1er juin 1863, 1869: Annonce dans la revue Der Israelit du 2 juin 1869, 1877: Annonce dans la revue Der Israelit du 16 mai 1877, 1878: Annonce dans la revue Der Israelit du 28 aout 1878 , 1882: Annonce dans la revue Der Israelit du 12 juillet 1882, 1884: Annonce dans la revue Der Israelit du 10 janvier 1884, 1886: Annonce dans la revue Der Israelit du 15 avril 1886, 1890: Annonce dans la revue Der Israelit du 12 juin 1890: Annonce dans la revue Der Israelit du 12 novembre 1890, 1893: Annonce dans la revue Der Israelit du 5 juin 1893, 1901: Annonce dans la revue Der Israelit du 19 septembre 1901, 1903: Annonce dans la revue Der Israelit du 9 février 1903 et 1909: Annonce dans la revue Der Israelit du 7 janvier 1909. En 1863, le salaire annuel offert est de . En 1878, il est de . En 1909, la communauté offre , avec possibilité d'atteindre , avec en plus un logement avec jardin gratuit. Parmi ceux qui ont occupé ce poste, on peut citer l'enseignant Löwenthal (vers 1868), Samuel Montag (vers 1875) et Markus Schatz (jusqu'en 1893, avant d'occuper le poste à Endingen). Il est également fait mention de l'enseignant Vooß, qui, avec le rabbin de Darmstadt, a officié en 1896 lors de la consécration de la synagogue de Kelsterbach, ville distante d'environ 10 km. La cérémonie de reconsécration de la synagogue de Rüsselsheim, après sa rénovation en 1929, est effectuée par l'enseignant Sami Stern (ou Jakob Samson Stern). La communauté dépend du rabbinat orthodoxe de Darmstadt depuis la fin du jusqu'en 1928, date à laquelle elle rejoint le rabbinat libéral de la même ville.

À la fin du , on constate une forte progression de l'antisémitisme. À cette époque, les Juifs sont encore protégés par une grande partie de la population. En 1893, un candidat antisémite au Reichstag se voit interdire de tenir un meeting. Comme le relate la revue juive Der Israelit: Lors d'un rassemblement antisémite qui s'est tenu ici aujourd'hui, le candidat antisémite au Reichstag, Hugo Welcker, d'Ulm, a été la cible d'une telle hostilité de la part des nombreux sociaux-démocrates présents, qui l'ont hué en faveur des Juifs, sifflé et conspué, qu'il a dû interrompre son discours après une demi-heure: Article dans la revue Der Israelit du 15 juin 1893. Lors de la Première Guerre mondiale, la communauté perd au front deux de ses membres, tandis que deux autres reçoivent la Croix de fer de première classe.

En 1924, la communauté juive compte encore et son chef est L. Schott. Entre 1929 et 1933, les chefs de la communauté sont Bertram Mayer, Moritz Reinheimer et Emanuel Nachmann. La fin de la communauté juive En 1933, vivent encore à Rüsselsheim. Il s'agit notamment de la famille de Benny Adler qui tient une épicerie au 8 Mainzer Straße, de la famille d'Hermann Gottschall qui tient un commerce d'alimentation au 20 Schäfergasse 20, de la famille de Guttenstein-Forst, épicier au 24 Haßlocher Straße jusqu'en 1935, de la famille de Josef Grau, de la famille du concessionnaire Opel Moses Linz au 15 Mainstraße, de la famille de Bertram. Mayer propriétaire d'un magasin de chaussures et de vêtements au 15 Bahnhofstraße, de la famille d'Emanuel Nachmann qui tient la station-service et atelier de réparation automobile au 8 Mainzer Straße, de la famille du marchand de chaussures Wolf Naumann au 5 Darmstädter Straße, de la famille de l'ouvrier d'Opel Moritz Reinheimer, de la famille du professeur de religion Sami Stern, du couple Alfred et Katharina Löw qui possèdent le salon de coiffure au 65 Waldstraße, et de la famille de Robert Wohlfeiler propriétaire du magasin de chaussures et de maroquinerie au 12 Bahnhofstraße.

Dans les années qui suivirent 1933 et l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, la plupart des membres de la communauté juive vont quitter la ville ou émigrer en raison des conséquences du boycott économique, de la marginalisation croissante et des représailles. Lors de la nuit de Cristal en , l'intérieur de la synagogue est saccagé. L'appartement du professeur de religion Sami Stern, situé au 4 Schäfergasse, est mis à sac: toute sa précieuse bibliothèque est chargée sur un camion, transportée jusqu'aux rives du Main et incendiée sur place.

En , on recense encore dans la ville, et en , il n'en reste plus que neuf. Ces neuf personnes sont contraintes de s'installer ensemble dans la maison d'Hermann Gottschall au 20 Schäfergasse, transformée en Judenhaus (Maison juive). Ce bâtiment a été démoli par la ville de Rüsselsheim en 1992. En 1942, six résidents juifs sont déportés respectivement en Pologne et à Theresienstadt lors des déportations de mars et de septembre.

Le mémorial de Yad Vashem: Base de données des victimes de la Shoah; Mémorial de Yad Vashem. de Jérusalem et le Gedenkbuch - Opfer der Verfolgung der Juden unter der nationalsozialistischen Gewaltherrschaft in Deutschland 1933-1945: Recherche de noms de victimes dans le Gedenbuch; Archives fédérales allemandes. (Livre commémoratif – Victimes des persécutions des Juifs sous la dictature nazie en Allemagne 1933-1945) répertorient 42 habitants nés, ou ayant vécu longtemps à Rüsselsheim parmi les victimes juives du nazisme. Aucun nom de Raunheim et de Bauschheim ne figure dans ces livres. Commémoration Une plaque commémorative dédiée à la communauté juive et aux autres victimes des nazis est fixée sur le bâtiment de l'ancienne synagogue. Elle porte l'inscription suivante en allemand: Mahnung für Gegenwart und Zukunft. Dem Andenken an die während der NS-Zeit verfolgten jüdischen Bürger Rüsselsheims. Der mahnenden Erinnerung an die Zerstörung der Rüsselsheimer Synagoge am 10. November 1938. Dem Gedenken an die Rüsselsheimer Bürger, die wegen ihrer Gegnerschaft zum NS-Regime Konzentrationslager,Leid, Angst und Tod erleiden müssten.« Als die Nazis die Kommunisten holten, habe ich geschwiegen. Ich war ja kein Kommunist. Als sie die Sozialdemokraten einsperrten, habe ich geschwiegen. Ich war ja kein Sozialdemokrat. Als sie die Gewerkschafter holten, habe ich nicht protestiert: Ich war ja kein Gewerkschaftler. Als sie mich holten, gab es keinen mehr, der protestierte... »Martin Niemöller." (Un rappel pour le présent et l'avenir. À la mémoire des citoyens juifs de Rüsselsheim persécutés durant l'ère nazie. En souvenir solennel de la destruction de la synagogue de Rüsselsheim le 10 novembre 1938. À la mémoire des citoyens de Rüsselsheim qui, en raison de leur opposition au régime nazi, ont dû endurerles camps de concentration, la souffrance, la peur et la mort.« Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je suis resté silencieux. Je n'étais pas communiste. Quand ils ont emprisonné les sociaux-démocrates, je suis resté silencieux. Je n'étais pas social-démocrate. Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n'ai pas protesté : je n'étais pas syndicaliste. Quand ils sont venus me chercher, il n'y avait plus personne pour protester…» Martin Niemöller.

Histoire de la synagogue Les premières synagogues D'après l'historien juif Paul Arnsberg (1899-1978), une synagogue aurait existé à Rüsselsheim dès le début du : Paul Arnsberg: Die jüdischen Gemeinden in Hessen. Anfang - Untergang – Neubeginn; 1971; Volume II; pages: 241 et 242; , donc avant la guerre de Trente Ans. D'après Angelika Scheindl une synagogue aurait existé vers 1650: Angelika Schleindl: Verschwundene Nachbarn. Jüdische Gemeinden und Synagogen im Kreis Groß-Gerau; éditeur: Kreisausschuss des Kreises Groß-Gerau und Kreisvolkshochschule (Conseil régional du district de Groß-Gerau et Université populaire du district); Groß-Gerau; 1990; pages: 266 à 276 et 352-353; . Construction d'une nouvelle synagogue Au début des années 1840, une synagogue déjà mentionnée en 1822, se trouve dans un état de délabrement avancé. Un nouveau bâtiment es érigé en 1844-1845, grâce à des dons, dont un du baron Amschel Mayer von Rothschild, et à des collectes dans les communautés juives environnantes. C'est ainsi que les familles juives de Rüsselsheim, dont la majorité vit dans la pauvreté, ont pu financer sa construction. Le 25e anniversaire de la synagogue est célébré en 1870. Selon un inventaire de 1875, la synagogue possède : six rouleaux de la Torah, une Haftarah, un rouleau d'Esther, trois livres de prières pour les jours saints, , une menorah à , une à , à quatre branches, à trois branches, un candélabre, un chophar, trois pointeurs de Torah avec crochet, chaîne et anneau, une boîte à besamim (boite à épices), une coupe de Kiddouch et quelques autres objets.