Le massacre de Kasika survient le dans plusieurs villages de la , dans le territoire de Mwenga, dans la province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo.
Il est attribué à des troupes du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et de l'Armée patriotique rwandaise (APR), qui tuent plus de , appartenant majoritairement à la communauté .
Le souvenir du massacre demeure fortement présent dans la mémoire locale et nationale congolaise. Il est régulièrement évoqué par des responsables politiques, des organisations de défense des droits humains et des survivants.
Contexte historique
Première et deuxième guerres du Congo
En , l'assassinat du président rwandais, Juvénal Habyarimana, déclenche le génocide des Tutsi au Rwanda. En , le Front patriotique rwandais (FPR), un mouvement rebelle composé majoritairement d'exilés tutsis basés en Ouganda et dirigé par Paul Kagame, met fin au génocide et prend le pouvoir à Kigali. Cette victoire entraîne l'exode d'environ deux millions de Hutu vers les pays voisins, principalement au Zaïre actuel, devenu ensuite la république démocratique du Congo. Parmi les réfugiés se trouvent des civils, mais aussi des acteurs du génocide : membres du gouvernement intérimaire, miliciens Interahamwe et anciens membres des Forces armées rwandaises. Ces groupes s'installent dans des camps situés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à proximité de la frontière rwandaise.
Durant la première guerre du Congo, l'Armée patriotique rwandaise (APR) de Kagame et l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila, avec le concours de déserteurs tutsis zaïrois, lancent des opérations militaires pour localiser et neutraliser les milices et réfugiés hutu. Leur objectif est également de renverser le gouvernement de Mobutu Sese Seko, accusé d'exclure les Tutsi de toute influence politique. Les forces de l'AFDL et de l'APR occupent rapidement des positions stratégiques dans la province du Sud-Kivu et l'utilisent comme base arrière pour conquérir d'autres régions. La campagne militaire entraîne la mort de nombreux réfugiés rwandais et burundais, de civils zaïrois et de populations assimilées à ces groupes.
En 1997, les rebelles avancent vers Kinshasa, chassent Mobutu et permettent à Laurent-Désiré Kabila de se proclamer président le , rebaptisant le pays République démocratique du Congo (RDC).
En , les tensions s'intensifient peu après l'arrivée au pouvoir de Kabila. Il ordonne le retrait des troupes rwandaises, ougandaises et angolaises. L'armée rwandaise refuse, ce qui conduit Kabila à rompre les relations diplomatiques et à accuser le Rwanda et l'Ouganda d'ingérence. Des factions tutsies rwandaises se regroupent ensuite pour former le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), dans le but de destituer Kabila en raison de son refus de partager le pouvoir. Les forces du RCD prennent le contrôle de vastes territoires dans le Sud-Kivu, déplacent des civils et s'emparent d'une partie importante du territoire de Mwenga.
En représailles, des groupes d'autodéfense locaux, dont les Maï-Maï, se forment pour protéger les communautés des incursions du RCD et du FPR. Le , un groupe Maï-Maï organise une embuscade sur la route entre Bukavu et Kindu, tuant une vingtaine de soldats du RCD et du FPR et les empêchant de prendre le contrôle du territoire de Mwenga.
Attaque
L’attaque initiale a lieu dans une paroisse catholique du village de Kasika, situé dans la chefferie de Lwindi, à environ 108 kilomètres de Bukavu, dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu. L’Agence de presse du Service international missionnaire (MISNA), agence de presse humanitaire catholique romaine basée à Rome et active dans la région, est parmi les premières à rapporter le massacre en .
Selon le rapport Mapping des Nations unies, les troupes du RCD et de l'APR tuent plus de entre Kasika et Kilungutwe, sur une distance d'environ 60 kilomètres, les 23 et . Les victimes appartiennent majoritairement à la communauté .
Selon l'agence MISNA, les forces du RCD ripostent aux pertes subies lors d'une embuscade tendue par des éléments Maï-Maï dans la chefferie de Lwindi le . Le lendemain, elles attaquent la paroisse catholique de Kasika, faisant trente-sept victimes civiles, dont le curé, l'abbé Stanislas, trois religieuses et des paroissiens. D'autres civils sont également tués dans les communautés environnantes. Les forces du RCD assassinent aussi Mwami Mubeza III, né Naluindi Francis, chef de la chefferie de Lwindi. Il est ligoté, tué à la machette, son cœur est arraché de sa poitrine et sa tête est tranchée. Vingt-six autres personnes sont tuées à son domicile.
Lors de leur tentative de fuite, 385 personnes qui n'avaient pas été tuées dans l'église sont massacrées. Sur la route vers Kilungutwe, les assaillants tuent 43 personnes et en brûlent 50 autres dans le village de Zokwe. Aux alentours de Zokwe, dans la localité de Kalama, des soldats du RCD et de l'APR brûlent vives 95 personnes dans leurs maisons. À Kilungutwe, village situé à 24 kilomètres de Kasika et servant de point de ravitaillement pour les autres villages, des soldats identifiés comme appartenant à l'APR, alliés au RCD selon des témoignages de survivants, ouvrent le feu sur la population non armée rassemblée sur la place du marché central, faisant au moins 173 victimes civiles.
Selon Amnesty International, les soldats ordonnent ensuite aux villageois de se rassembler par groupes dans des huttes, où ils les massacrent. Certains survivants rapportent ces faits aux enquêteurs de l'organisation. Dans une autre maison, 54 personnes sont rassemblées de force, contraintes de se déshabiller, puis ligotées avec leurs vêtements avant d'être tuées. La même méthode aurait été utilisée pour tuer plus de 200 autres personnes.
L'étendue exacte des destructions de maisons et d'autres infrastructures n'a pu être vérifiée en raison de l'insécurité et de l'incertitude concernant la protection des témoins.
Conséquences
Le massacre provoque une condamnation de plusieurs organisations internationales de défense des droits humains, dont les Nations unies, Amnesty International et Human Rights Watch. Kofi Annan exprime sa compassion pour les victimes et annonce son soutien aux initiatives régionales visant à faciliter un cessez-le-feu, le retrait des troupes étrangères et la recherche d'un règlement politique. Il regrette également que les conclusions de l'enquête sur le massacre n'aient pas encore été rendues publiques. Face à cette crise, Laurent-Désiré Kabila exige l'évacuation complète des rebelles comme condition préalable à un cessez-le-feu.
Différentes positions émergent concernant l'implication de troupes étrangères. Le président zimbabwéen Robert Mugabe affirme que des troupes zimbabwéennes et angolaises sont déployées pour soutenir le régime de Kabila sous l'égide de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC). Nelson Mandela conteste cette décision et plaide pour un règlement pacifique du conflit.
Le gouvernement de Kabila impute la responsabilité au gouvernement rwandais et affirme qu'il refuse de participer à des pourparlers de cessez-le-feu tant que les troupes rwandaises et ougandaises ne sont pas retirées de la RDC. André Kapanga, ambassadeur de la RDC auprès des Nations unies, présente le retrait des troupes comme une condition préalable à un dialogue sur un cessez-le-feu.
Les États-Unis, par l'intermédiaire du Département d'État des États-Unis, expriment leur soutien aux efforts de la SADC pour résoudre la crise en RDC.
Le massacre demeure un élément important de la mémoire des violences commises pendant la Deuxième guerre du Congo. Il est régulièrement évoqué dans les discours politiques et les appels à la justice concernant les crimes commis dans l'est de la RDC.
Communauté nyindu
Le massacre marque profondément la communauté nyindu, confrontée à la perte de nombreux proches, à la destruction de foyers et à un traumatisme durable. Des membres de cette communauté demandent que les auteurs des crimes soient poursuivis et que les causes de ces violences soient traitées.
La communauté noue également des partenariats avec des groupes locaux et internationaux de défense des droits humains afin de mettre en place des réseaux de soutien, des services d'accompagnement et des initiatives d'aide aux survivants.
Références
Voir aussi
Bibliographie
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