Les élections parlementaires péruviennes de 2026 ont lieu le afin d'élire pour cinq ans les de la Chambre des députés, et les du Sénat, l'ensemble composant le Congrès de la République du Pérou. Une élection présidentielle a lieu le même jour.

Il s'agit des premières élections depuis le rétablissement du bicaméralisme, une révision constitutionnelle de 2024 ayant rétabli le Sénat aboli en 1992.

Contexte Rétablissement du bicamérisme Le système législatif péruvien était bicaméral jusqu'en 1992. Cette année là, le président Alberto Fujimori procéda par un coup de force à la dissolution du Congrès et à l'adoption d'une nouvelle constitution ne conservant que la chambre basse.

Le rétablissement de la chambre haute fait alors débat les décennies suivantes. Lors du référendum constitutionnel porté en 2018 par le président Martin Vizcarra, il fait ainsi l'objet de l'une des quatre propositions soumises à la population.

Le projet originel prévoyait d'abaisser le nombre de députés à 100 et de fixer à 30 celui des sénateurs Propuestas para el Referéndum 2018, gouvernement du Pérou. Le Congrès dominé par le parti Force populaire est cependant parvenu à en détricoter le contenu. Le nombre de parlementaire est ainsi relevé et les dispositions imposant la parité homme/femme retirées. Surtout, les parlementaires procèdent à une modification du texte retirant au président le pouvoir de poser au Congrès une question de confiance sur un projet de loi qui dans certaines circonstances lui permet en cas de refus de procéder à la dissolution de l'assemblée.. Cette disposition venait justement d'être utilisée en septembre par le président Vizcarra pour forcer la main du Congrès qui tentait d'enterrer le projet référendaire..

Les changements apportés au projet sont tels que Vizcarra lui-même annonce qu'il votera contre.. Il est alors largement suivi par la population. Alors que les trois autres projets de loi sont approuvé avec plus de 85 % de oui, celui ci est rejeté par 90 % de non..

Courant 2024, les membres de la Chambre des députés élue en 2021 décident finalement le rétablissement du bicameralisme selon une version différente de celle du projet de 2018. Il est voté le par 91 voix sur 130.. À partir de 2026, un Sénat de 60 sénateurs est désormais doté du pouvoir de nommer les membres de plusieurs institutions dont notamment le défenseur des droits, les juges de la Cour constitutionnelle, et les présidents la Banque centrale de réserve du Pérou et de la Cour des audits. La nouvelle chambre procède au vote des lois avec la Chambre des députés, et surtout à celui du budget, lors de sessions du parlement réuni en Congrès.

Corruption au Pérou Ces élections se tiennent dans un contexte de large discrédit de la classe politique péruvienne : sept ex-présidents sont incarcérés ou visés par des enquêtes pour corruption.

La corruption prospère du fait d'un fort degré d’informalité et par la porosité entre le public et le privé. Comme le souligne le sociologue et avocat Ruben Caceres Zapata, auteur de La kleptostructure d’un État dysfonctionnel (2024), les élites économiques instrumentalisent l’État et son pouvoir décisionnel au service de leurs propres intérêts. Selon lui, la corruption ne se limite pas à quelques secteurs isolés : elle imprègne l’ensemble de l’appareil étatique, au point de constituer un système institutionnel pensé et organisé pour le pillage. Ce système remonte en particulier à la présidence de Alberto Fujimori (1990-2000), lui-même condamné pour corruption, détournement de fonds et violations des droits de l’homme.

Des enquêtes judiciaires et journalistiques ont dévoilé comment le Congrès a été infiltré par le crime organisé. En 2025, la moitié de ses 130 membres sont visés par des enquêtes judiciaires, la plupart dans des dossiers de corruption.

Beaucoup de partis politiques sont dépourvus de base militante, de programme et de ligne idéologique, fonctionnant comme des franchises électorales. « Ils prêtent leur sigle à des candidats sans passé politique – mais possédant parfois des antécédents judiciaires – qui, une fois élus, cherchent à affaiblir la justice pour ne pas avoir à répondre devant elle. »

Présidence de Pedro Castillo vignette|Pedro Castillo en 2021. Lors de l'élection présidentielle péruvienne de 2021, Pedro Castillo se présente comme candidat de Pérou libre, un parti marxiste-léniniste qu'il rejoint sept mois avant le scrutin. Il affiche des positions de gauche radicale sur l'économie et la politique étrangère, tout en se montrant conservateur sur les sujets sociétaux. Novice en politique, il est d'abord donné très bas dans les sondages, avant de voir sa candidature décoller à quelques semaines du scrutin et de sortir en tête du premier tour. Affrontant au second tour la candidate de droite radicale Keiko Fujimori, il est élu avec 50,13 % des suffrages exprimés.

En butte à l'hostilité du Parlement, d’une majorité des médias et des élites économiques, il se montre incapable de diriger un gouvernement stable et de mettre en place les réformes annoncées pendant sa campagne, telles que le changement de Constitution et la réforme agraire.

L'ouverture d'une procédure de destitution à l'encontre de Pedro Castillo est approuvée par le Congrès le . Il s'agit de la troisième procédure de ce genre depuis le début de son mandat.. La procédure est admise avec 73 voix pour, 32 contre et 6 abstentions. Sur les voix pour, toutes viennent de la droite hormis 4 voix surprenantes venant de députés de Pérou libre, le parti au pouvoir, dont un député s'abstient également.. Elle est à l'ordre du jour le .. La procédure est engagée en réponse aux déclarations de l'ancien conseiller principal du ministère du Logement, Salatiel Marrufo, devant la Commission de contrôle du Congrès. Devant cette dernière, Marrufo affirme que Castillo aurait reçu par mois pour maintenir Geiner Alvarado au poste de ministre du Logement. Le Congrès de la République ouvre en réponse une motion de destitution à son encontre pour actes de corruption, dans le contexte plus large de scandales autour du président et de son entourageJara, U. (2023). Así cayó Castillo. Editorial Planeta Perú. pp. 148-149..

Le président se voit ainsi reproché la prise de contrôle et le démantèlement de l'appareil d'État. La nomination de fonctionnaires de haut rang est mise en doute en raison de leurs antécédents judiciaires, d'affaires et d'enquêtes en cours. Ceux ci sont suspectés de mettre en œuvre des prises illégales d'intérêts en faveur du président et de son entourage. En particulier, les anciens ministres Juan Silva et Geiner Alvarado sont directement impliqués avec le président et sa famille dans des enquêtes publiques de corruption, au point que le chef de l'État se retrouve accusé de diriger une organisation criminelle.

La constitution péruvienne permet au président de la République par deux fois. Or, au , une seule motion de confiance avait été refusée, le précédent, et la constitutionnalité de sa procédure était remise en cause. La décision de Castillo de dissoudre le Congrès lors de la tentative d'auto-coup d'État qui s'ensuit est par conséquent jugée inconstitutionnelle... La Constitution ne permet pas non plus au président de gouverner par décret-loi ou de convoquer une assemblée constituante.

Tentative d'auto-coup d'Etat de Pedro Castillo vignette|Manifestation de protestation contre la tentative de coup d’État

Pedro Castillo annonce le la dissolution du Congrès de la République, qui s'apprêtait à examiner une motion de destitution à son encontre. Le président annonce dans la foulée gouverner par décret, la formation d'un gouvernement d'urgence exceptionnel, la rédaction à venir d'une nouvelle Constitution par un Congrès constituant élu puis la tenue de nouvelles élections anticipées... Le pouvoir judiciaire, le ministère public, le conseil national de la justice et la cour constitutionnelle sont déclarés en , tandis qu'un couvre-feu est instauré de à Au Pérou, le président dissout le Parlement, le Parlement destitue le président.

Cette tentative d'auto-coup d'État, similaire à l'auto-coup d'État de 1992 par le président péruvien Alberto Fujimori, est tenue en échec le jour même par le refus de l'armée, de la Cour constitutionnelle et du gouvernement de le soutenir.. La présidente du Conseil des ministres Betssy Chávez ainsi que la majorité des ministres de son gouvernement choisissent en effet de démissionner, tandis que la première vice-présidente Dina Boluarte se déclare publiquement opposée au coup d'État. Le président de la Cour constitutionnelle, Francisco Morales, rejette à la radio la validité des actions du chef de l’État qu'il qualifie de coup d'État, ajoutant que .. La procureure de la Nation, Patricia Benavides., et la Junte nationale de justice. condamnent et rejettent « toute violation de l'ordre constitutionnel ».

Le vote de la motion de destitution de Castillo peut ainsi se tenir comme prévu, et aboutit à la destitution du président par sur du Congrès soit plus que le nombre d’élus de l’opposition... En accord avec la Constitution, la vice-présidente Dina Boluarte assume la fonction de présidente de la République pour la durée restante du mandat de Castillo, soit jusqu'en .

Présidence et destitution de Dina Boluarte

gauche|vignette|redresse|Dina Boluarte, présidente et ancienne vice-présidente de la République du Pérou. vignette|Graphique d'approbation de Dina Boluarte. Le , après la destitution de Pedro Castillo pour « incapacité morale » et la tentative d'auto-coup d'État de ce dernier, Dina Boluarte est investie présidente de la République par le Congrès et devient la première femme à occuper cette fonction..

Lors de sa prestation de serment en tant que présidente de la République devant le Congrès, après avoir reçu l'écharpe présidentielle par José Williams, président du Congrès de la République, elle déclare qu'elle ..

Après son investiture, elle n’exclut pas l'organisation d'élections anticipées et appelle les manifestations pro-Castillo à se disperser...

vignette|Manifestation anti-Boluarte en 2025. Le , Dina Boluarte propose d'avancer les prochaines élections à avril 2024, puis, face à l'amplification des manifestations, à .. Le , le Congrès refuse cependant d'avancer les élections à la date proposée. D'après un sondage, 83 % des Péruviens souhaitent des élections anticipées. Le lendemain, le , elle exhorte les membres du Congrès à adopter un projet de loi pour des élections anticipées, critiquant les parlementaires qui se « retranchent » derrière l'abstention...

vignette|Manifestation anti-Boluarte en 2022. La destitution et l'arrestation de Pedro Castillo conduisent des syndicats, des organisations civiles et sociales, des organisations de peuples autochtones, et des partis de gauche et d'extrême gauche à mobiliser un large mouvement de protestation. Les revendications portent en particulier sur la dissolution du Congrès, la démission de la nouvelle présidente Dina Boluarte, l'organisation de nouvelles élections, la libération de Pedro Castillo et la mise en place d'une assemblée constituante.