Caer Gybi est un fort de l'époque romaine tardive servant de base navale, à Holyhead sur l'île Holy Island, dans le comté d'Anglesey au pays de Galles. Il a été construit au . Ses vestiges entourent l'église Saint-Cybi, originellement construite à cet endroit au .

Assumant qu'à l'instar de certains forts sur le Rhin son côté tourné vers l'eau n'était pas muré, il est unique en ce qu'aucun autre exemple de lieu de débarquement à trois côtés n'est connu en Grande-Bretagne pour cette époque, et c'est l'un des rares forts romains de ce type encore existants en Europe.

Toponymie

Le gallois Caer Gybi signifie "place forte de ".

Ce fort a donné son nom à la ville : le nom gallois d'Holyhead est Caergibi..

Situation

Le fort est au centre ville actuel d'Holyhead, au bord de l'ancien rivage (voir la section "Description" ci-dessous, avec la gravure de 1772 et l'aquarelle de 1781) du port intérieur bien abrité dans une longue baie étroite.. (voir la photo de 2009 ci-dessous) orientée plus ou moins nord-sud. Le côté est du fort fait face à la baie. Il est facilement repérable grâce à l'église Saint-Cybi s'élevant à l'intérieur de ses ramparts.

Sa position le désigne comme base navale, associée au fort auxiliaire de Segontium (Caernarvon actuel)..

Description

Caer Gybi est un fort quasi rectangulaire. d'environ par ., soit une surface enclose de quelque ; donne par , pour une surface enclose d'environ . Son entrée était percée dans le mur sud ; l'entrée moderne à cintrage jumelé se trouve au même endroit que cette entrée originelle. Une autre entrée sous arche dans le mur nord date des temps modernes.

Murs

Ses murs extérieurs sont exceptionnellement bien préservés : ils sont encore presque complets, peut-être à cause de l'occupation du site par l'église Saint-Cybi.. De nos jours ils enclosent la cour supérieure de l'église. Ils sont en moellons, partiellement disposés en chevrons. Leur hauteur à l'extérieur est de selon holyhead.com et Coflein ; ce dernier donne aussi leur hauteur à l'intérieur, pour . Leur épaisseur est d'environ selon holyhead.com, environ selon Nash-Williams, et selon Coflein. Le parapet est en ruine. Les murs montrent deux rangs de trous de boulins (comme dans le fort bas de Caernarvon)

Des fouilles au-delà du mur nord ont mis au jour le mur d'un bâtiment jouxtant la tour nord-ouest. Ce mur, de construction similaire à la tour, est vraisemblablement de la même époque. Il n'y avait aucune trace de fossé de ce côté. Le placement d'une garnison ici au a peut-être repris une pratique antérieure.

Tours des remparts

À l'origine il y avait quatre tours d'angle circulaires. Selon Nash-Williams, elles étaient pleines (emplies de terre ou de moellons) dans leur partie inférieure et creuses dans leur partie supérieure.

Ouest

De nos jours, la seule tour d'origine est celle du coin nord-ouest, qui fait de diamètre. Des bâtiments plus modernes ont pris la place de la tour sud-ouest.

Est

Les tours du côté est font environ de diamètre. La tour nord-est serait une reconstruction médiévale, restaurée au et à la fin du ; elle mesure environ de hauteur. La tour sud-est a été reconstruite à la fin du .

Le mur est légèrement projeté au-delà de la tour nord-est ; pour certains, cette projection du mur indique que les murs nord et sud étaient autrefois prolongés jusqu'à la mer, ce qui créait une zone sécurisée pour le chargement et le déchargement des navires. D'autres pensent que c'est le vestige d'un quai qui se serait trouvé là ; mais alors ce quai aurait été placé tout à fait en limite de la zone protégée, ce qui n'est guère compatible avec une défense efficace.

Trois murs ou quatre murs

Plusieurs sites font état de ce que le fort avait trois murs défensifs (courtines), tandis que le quatrième côté faisait face à la mer à l'est et est bordé par un décrochement du terrain. Jusqu'à présent, rien n'assure que ce dernier côté n'a pas lui aussi été muré à l'origine. Coflein dit : « le fort a peut-être été ouvert autrefois sur ce côté, vers la mer » – c'est-à-dire que ce côté vers la mer a tout aussi bien pu être clos. Nash-Williams est plus affirmatif ; pour lui, le fort romain avait bien un quatrième mur sur le côté est : « À part le revêtement de la face de la falaise, le mur d'origine orienté vers la mer a maintenant disparu ».

Nous ne trouvons pas de traces écrites de fouilles indiquant s'il y a eu ou non des vestiges de fondations d'un mur sur ce côté est.

Mis à part le désir de faire paraître ce fort encore plus unique qu'il ne l'est, le seul argument pour l'absence de ce quatrième mur vers la mer, est l'existence sur les berges du Rhin de plusieurs forts romains de taille semblable à celui-ci, situés de même avec un accès direct à l'eau navigable, et sans mur sur le côté tourné vers le fleuve ; . Cités dans .. D'un autre côté, une structure fortifiée a été construite à Segontium à la même époque que la construction de Caer Gybi. Son mortier a les mêmes caractéristiques que celui utilisé à Caer Gybi ; les murs ont eux aussi une double rangée de boulins ; il est lui aussi au bord de l'eau (sur la rive de l'Afon Seiont et près de son embouchure, navigable avec accès à la mer) ; mais il a, lui, un mur subsistant du côté faisant face à l'eau.. Ce qui diminue singulièrement la valeur de l'argument de similarité de position avec les forts sur le Rhin, et amène à observer de plus près le décrochement de terrain qui marque naturellement ce fameux côté est : est-il ou non un obstacle suffisant contre une invasion du fort – sans parler de l'accès des occupants du fort à leurs propres bateaux.

Décrochement de terrain entre les deux cours

La cour haute est bordée à l'est (côté mer) par le décrochement de terrain susmentionné ; le sommet de ce dernier est marqué de nos jours par un mur plus récent (voir ci-dessous la gravure de 1772 et l'aquarelle de 1781). Ce décrochement de terrain est techniquement une « falaise » (cliff) ; et depuis le retrait de la mer voici deux siècles c'est une falaise morte (dite aussi « falaise fossile ») puisqu'elle n'est plus en contact avec la mer. Du point de vue d'un fort militaire, donc susceptible d'avoir à se défendre avec quelque efficacité, la question est de savoir si ce décrochement de terrain était à l'époque un obstacle suffisant pour se permettre de laisser ce côté non muré – voir la note attachée citant des éléments du débat.

Pour le côté est de Caer Gybi muré ou non, la question reste ouverte.

Cour supérieure et cour basse

Les environs immédiats de l'église, au même niveau que celle-ci, sont entourés des mêmes murs qui entouraient le fort romain. Cette cour a été utilisée de longue date comme cimetière. Elle est de nos jours appelée “cour supérieure”. Jusqu'au début il n'y a qu'une cour et c'est celle-là. Elle ne devient “supérieure” que lorsque les travaux d'aménagement du port, commencés début , font reculer la ligne de côte et mettent au jour, en contrebas du décrochement de terrain, une surface auparavant submergée qui devient la “cour inférieure” ou “cour basse”. Le 2 septembre 1826, la cour basse est consacrée pour être elle aussi utilisée comme cimetière..

Ce fort, et la tour de guet au sommet de (Holyhead Mountain), sont les seuls vestiges romains à Anglesey. Le fort romain le plus proche est à Segontium (l'actuelle Caernarfon)., de l'autre côté de l'île d'Anglesey, sur l'île d'Angleterre en bordure du détroit de Menai.

Caer Gybi est unique en ce qu'aucun autre exemple de lieu de débarquement à trois côtés n'est connu en Grande-Bretagne, et c'est l'un des rares forts de ce type encore existant en Europe. S'ajoute à ceci son niveau de préservation, le tout lui donnant une importance internationale au même titre que les meilleurs sites en Allemagne et en Hongrie.

Histoire

Contexte de la construction

Holy Island est la porte maritime vers l'île d'Anglesey, qui est une proie tentante : elle est riche en minéraux, notamment les mines de cuivre de la montagne de Parys dans le nord de l'île. ; riche aussi en denrées agricoles car son sol est fertile ; enfin – et peut-être surtout, du point de vue des envahisseurs romains – elle est déjà riche en histoire à l'époque romaine, avec de très nombreux sites préhistoriques tant habitats que monuments sacrés. - en témoignent par exemple la collection de 181 objets de très belle facture datés de l'âge du fer (principalement ) trouvés au bord du lac dans l'ouest d'Anglesey : fabriqués principalement au-delà du pays de Galles (en Irlande, dans le sud-est de l'actuelle Angleterre et dans le nord-ouest de l'Angleterre), la diversité de provenances et la qualité de l'ouvrage tend à indiquer un site de pèlerinage sacré dont l'influence s'étend largement au-delà du pays de Galles..

Sous Théodose (an 379–an 395), les défenses romaines en Bretagne occidentale sont réorganisées pour faire face aux incursions irlandaises..

Caer Gybi est probablement lié au fort de Segontium (Caernarvon), qui est le fort le plus proche. Construit pendant le gouvernorat du général Agricola vers l'an 77., Segontium se trouve de l'autre côté de l'île d'Anglesey, sur l'île d'Angleterre en bordure du détroit de Menai. Ce fort voit un regain d'activité vers le milieu du (entre 350 et 385 ; les dates sont incertaines), peut-être pour étendre jusqu'à cet endroit la ligne de défense contre les saxons, les irlandais et autres attaquants potentiels. Le deuxième fort de Caernarvon, dit "fort bas" (lower fort), et Caer Gybi, ont pu (s'ils n'ont pas été construits avant) être bâtis à cette époque pour renforcer cette ligne de défense ; leur hauteur et l'usage relativement abondant de mortier indiquent un travail du .

Il était occupé par des troupes auxiliaires en soutien de la légion Valeria Victrix..

Tour de guet romaine à Caer Y Twr

Le fort Caer Gybi a peut-être été lié à la tour de guet romaine tardive construite dans l'enclos de , un fort de l'âge du fer sur la (Holyhead Mountain, en gallois Mynydd Y Twr).

Évacuation du fort

Segondium et Caer Gybi ont été abandonnés par les romains au plus tard en 394, peut-être en réponse à la révolte d'Eugenius et du général romain Arbogast en Gaule (voir « bataille du Frigidus », septembre 394).

Construction de l'église

Vers l'an 540., Maelgwn Gwynedd, roi de Gwynedd, accorde à l'usage du fort romain abandonné. y établit un monastère, dont il reste la remarquable église Saint-Cybi de Holyhead.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Articles connexes

Conquête romaine de la Grande-Bretagne Limes Britannicus

Bibliographie

(ouvrage accessible avec un compte gratuit).

Liens externes .

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