Kafr Saba () est un village palestinien célèbre pour son tombeau de la période mamelouke et son histoire qui remonte à deux millénaires. À l’époque romaine, il est appelé Capharsaba : c’est une des villes importantes de la province de Palestine. Vers 1000, il est devenu un village doté d’une mosquée. Les habitants de Kafr Saba sont originaires, d’après la tradition, de la région d’Hébron qu’ils ont quitté à cause de mauvaises récoltesGrossman, D. "The expansion of the settlement frontier of Hebron's western and southern fringes". Geography Research Forum, 5, 1982, 64..
Comme des centaines de villages palestiniens détruits et dépeuplés, le village de Kafr Saba a subi un nettoyage ethnique en 1948, lors de la première guerre israélo-arabeBenvenisti, 2002, p. 273.Morris, 2004, 246-247
La plus grande partie des ruines du village sont recouvertes par la ville israélienne de Kfar Saba, notamment son quartier de Shikun Kaplan et son jardin archéologique de Kfar Saba or "Tel Kfar Saba".
Géographie
Le village de Kafr Saba relevait du sous-district de Tulkarem ; il était construit sur un terrain plat, à environ d’altitude, à à l’ouest de Tulkarem« Kafr Saba — كَفْر سابا », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 15 avril 2026.. Les localités voisines étaient Qalqilya et Habla à l’est, au sud, Magdiel, Kfar Saba et Tabsur à l’ouest et Miska au nord.
La superficie totale des terres du village était de 9688 dounams (). Un tiers des terres appartenaient à des Juifs (3144 dounams, soit ), et 525 dounams étaient des terres publiques ; le reste appartenait à des Arabes (6019 dounams, ). Sur cette superficie, 2225 dounams () étaient des plantations d‘agrumes ou de bananes (dont 1199 dounams () appartenant à des Juifs), 6633 dounams () étaient consacrés aux céréales (dont 1675 dounams appartenant à des Juifs), et 579 dounams étaient classés comme terres irriguées ou vergers (dont 355 dounams, , appartenant à des Arabes), dont d’oliveraiesGovernment of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 126 et Khalidi, 1992, 555.« Welcome To Kafr Saba - كفر سابا (כפר סאבא) », Palestine Remembered, consulté le 15 avril 2026..
La route Jaffa-Tulkarem passait à du village ; la ligne des chemins de fer de Palestine reliant Haïfa à Lydda passait à , formant la frontière entre les terres de Kafr Saba et celles de Qalqilya. De nombreuses routes secondaires reliaient Kafr Saba aux villes et villages voisins.
Histoire
Les origines du nom du village ne sont pas connues. En hébreu et en araméen, il signifie . La première partie du nom (Kafar, Kfar) indique une origine antérieure à la conquête musulmaneItamar Taxel, « Early Islamic Palestine: Toward a More Fine-Tuned Recognition of Settlement Patterns and Land Uses in Town and Country », Journal of Islamic Archaeology, 2018, Vol. 5, 2..
D’après la tradition, les habitants de Kafr Saba sont des descendants de paysans de la région d’Hébron qui ont migré à cause de mauvaises récoltes. Il n’y a pas d’accord dans les différents récits à propos de la tribu la première arrivéeRochelle A. Davis, , Stanford : Stanford University Press, 2011, collection « Stanford Studies in Middle Eastern and Islamic Societies and Cultures ». , 87..
Antiquité
La ville romaine de Caphar Saba se trouvait à du village de Kafr Saba. Des fouilles à Kafr Saba ont mis au jour les restes de vastes thermes romains. Capharsaba était une importante localité lors de la période du Second TempleThe Origin of the Name Capharsaba Kfar Sava Municipal Council., mentionnée pour la première fois dans les écrits de Flavius Josèphe au dans son récit de la tentative d’Alexandre Jannée de stopper une invasion par le nord, conduite par Antiochos XII. Kafr Saba apparaît dans le Talmud en rapport avec la dîme sur les grains et le capharsaba figuier sycomore. Kafr Saba est également mentionné dans la (entre le s), le plus vieux texte talmudique connu.
Sous l’Empire byzantin, les ruines des thermes sont converties en viviers à poissons, puis en installation industrielleAyalon, 1982. Cité par Petersen, 2002, 233..
Le Samaritain Benyamim Tsedaka cite la famille Baalah comme exemple de Samaritains habitant dans cette cité avant leur destruction ou leur conversion.
Période arabo-musulmane
Vers 985, al-Maqdisi décrit l’endroit comme un gros village doté d’une mosquée et situé sur l’antique route de DamasKhalidi, 1992, 555.. En 1047, Nasir e Khosraw le décrit comme une ville sur la route de Ramla, riche en figuiers et en oliviers.
Une inscription de cinq lignes indiquant la tombe de Sayf al-Din Bari, datée de 1299–1300, est relevée au sein de l’enclos du sanctuaire en 1922. Sa localisation actuelle est inconnuePetersen, 2001, 235.. Un sebil ou fontaine publique est construit sur le côté est de l’enclos principal. Une inscription sur son côté droit fait référence à la fondation de la fontaine au bénéfice du public par , émir de Damas, en 1311–1312Mayer, 1933, 219-220, cité par Petersen, 2001, 235..
Pendant les Croisades, le village était appelé Kapharseb.
Empire ottoman
La Palestine est conquise par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexée à l'Empire ottoman.
Selon le defter (registre fiscal) de 1596, Kafr Saba relevait de la nahié (sous-district) de Bani Sa'b et de la bannière ou sandjak de Naplouse. Ce document recensait une population de 42 foyers, soit environ , toutes musulmanes. Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 33,3 % sur leurs productions, dont le blé, l’orge, les chèvres et les ruchers, plus des impôts occasionnels, pour un total cette année-là de 8314 akçe. Les 3/ de ces taxes étaient attribuées à un waqf (fondation pieuse)Hütteroth, Abdulfattah, 1977, 140. Cité par Khalidi, 555..
En 1730, le voyageur égyptien visite Kafr Saba et visite la tombe de la figure religieuse locale, le Tombeau de Benjamin. Selon une inscription disparue, un riwāq, cour bordée d’arcades, est construite en 1808. Ce riwāq bordait le mur sud de l’enclos du maqâmPetersen, 2001, 234.. Un autre maqâm était consacré à al-Nabi Yahya (saint Jean Baptiste).
Dans les années 1860, les autorités ottomanes accordent au village une zone agricole appelée Ghabat Kafr Saba, dans les anciens confins de la forêt d’Arsouf (Ar. al-Ghaba), dans la plaine côtière à l’ouest du villageRoy Marom, "The Contribution of Conder's Tent Work in Palestine for the Understanding of Shifting Geographical, Social and Legal Realities in the Sharon during the Late Ottoman Period", in Gurevich D. and Kidron, A. (eds.), Exploring the Holy Land: 150 Years of the Palestine Exploration Fund, Sheffield, Royaume-Uni, Equinox (2019), 212-231..
Dans les années 1870, le village de Kafr Saba est décrit comme construit en pierres et en adobes. Il est entouré de terres sablonneuses, avec des oliveraies au nord. Sa population est estimée à Conder, Kitchener, 1882, SWP II, 134. Cité par Khalidi, 1992, 555.. Des sources situées à l’est alimentaient le village en eau.
En 1870/1871 (1288 AH), une liste de villages ottomane cite le village dans la nahié de Bani Sa'b.
Une partie du village est vendue à la Jewish Colonization Association. Les immigrants juifs en Palestine créent un moshava en 1903 sur ces terres et le baptisent Kfar SabaKarlinsky, Greenwood, 2009, 158–159..
Période du mandat britannique vignette|Ancienne école de Kafr Saba, actuellement utilisée comme centre pour la jeunesse israélienne. De 1915 à 1918, les combats de la campagne du Sinaï et de la Palestine permettent au Royaume-Uni de faire la conquête de la Palestine. La région de Kafr Saba est conquise fin 1917 et la région est administrée comme territoire conquis jusqu'en 1923 puis sous l'autorité d'un mandat de la Société des Nations.
Au recensement de la Palestine mandataire de 1922 conduit par les autorités britanniques, la population de Kafr Saba est de , tous musulmansBarron, 1923, Table IX, Sub-district of Tulkarem, 28., population qui augmente au recensement de 1931 à , tous musulmans, habitant Mills, 1932, 57..
vignette|Carte de Kafr Saba au 1:20 000 (1942). vignette|Carte de la région de Kafr Saba au 1:250 000 (1945).
Le village s’agrandit sous le mandat britannique ; de nouvelles maisons sont construites le long de la route principale, sur des terres incultivables, et de nouvelles terres sont mises en culture à l’ouest du village.
Dans les statistiques de Village de 1945, sa population est estimée à 1270 musulmansGovernment of Palestine, Department of Statistics, 1945, 21.Government of Palestine, Department of Statistics. Village Statistics, April, 1945. Cité par Hadawi, 1970, 75. et le village comptait une école primaire pour garçons.
Guerre de 1948 et nettoyage ethnique
Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Kafr Saba est attribué à l’État juifSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..
Dans les mois précédant la guerre de 1948, les habitants de Kafr Saba créent une milice d’autodéfense et attaquent le village juif de Kfar Saba plusieurs fois. L’Armée de libération arabe (ALA), formée de volontaires de plusieurs pays arabes voisins, soutient la milice pendant ces attaquesMorris, 2008, 164.. En décembre 1947, après le vote du plan de partage de la Palestine par les Nations unies, les représentants du village rencontrent des représentants de la communauté juive et concluent un pacte d pays.
La Haganah avait pour objectif fixé de vider la région de ses habitants arabes avant le 15 mai 1948, date de la fin du mandat britannique en Palestine. Une première attaque a lieu le 10 mai, provoquant la fuite des habitants. Ils reviennent au bout de quelques jours, comme le leur avait conseillé l‘ALA. La brigade Alexandroni fut chargée de s’emparer du village, ce qu‘elle fait le 13 mai après quelques combats. Les habitants se réfugient alors à Qalqilya, ce qui provoque une fuite des habitants de cette ville. C‘est à Kafr Saba que les soldats de l’Alexandroni laissent quelques blessés dans un verger durant l’assaut, et les retrouvent tués en revenant les chercherMitchell Abidor, « The Shaping of Israeli Political Memory: An Interview with Alon Schwarz », Cineaste, printemps 2023, Vol. 48, 2, 40-44..
Saleh Abdel Jawad écrit que la brigade Alexandroni commet un massacre dans le village, le 14 mai, faisant de 11 à Saleh Abdel Jawad, « Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War », In E. Benvenisti, C. Gans, S. Hanafi, (directeurs de publication) Israel and the Palestinian Refugees. Beiträge zum ausländischen öffentlichen Recht und Völkerrecht, vol. 189. Springer, Berlin, Heidelberg, 2007. https://doi.org/10.1007/978-3-540-68161-8_3, 112.. Peu après ce massacre, ils en commettent un autre à al-Tantoura.
Voici comment Walid Khalidi décrit ce qui subsiste du village en 1992 : .
Période israélienne
vignette|alt=Petit bâtiment carré surmonté d’un dôme aux lignes architecturales soulignées de bleu.|Maqâm considéré comme le tombeau de Benjamin par les Brestlovers. Après la guerre, le sanctuaire est abandonné. Après 1967, les membres de la secte des Breslovers, de la mouvance hassidique du judaïsme, qui estiment qu‘il s’agit du , ancêtre de la tribu de Benjamin, une des Douze tribus d'Israël.Zeev Vilnay, Saintly Tombs of the Land of Israel (1985, Achi-ever Press, Israel), V.I, .. En 2002, Meron Benvenisti écrit que Benvenisti situe cette substitution et d‘autres similaires dans le contexte d’une
La ville juive de Kfar Saba, foundée en 1903, est située au sud-ouest du village au début de la guerre. Après la guerre de 1948, elle s’étend sur les terres du village. Le site du village proprement dit est recouvert par le quartier Shikun Kaplan, où se situe le jardin archéologique de Kfar Saba, aussi appelé "Tel Kfar Saba".