vignette|300px|Signalétique d'un club de Hong Kong en 2005 indiquant « Filles de Malaisie, femmes bustées du Nord, femmes dévergondées de Russie, jeunes filles fraiches de Hong Kong ». La prostitution en république populaire de Chine (RPC) fut longtemps réprimée par le Parti communiste chinoisAujourd'hui la Chine..
Depuis les années 1980, bien qu'officiellement illégale, la prostitution se développe à nouveau, jusqu'à devenir présente dans toutes les couches de la société chinoise.
Introduction Rapidement après son accession au pouvoir en 1949, le Parti communiste chinois entama une série de campagnes contre la prostitution en Chine continentale, ce qui, d’après les autorités, aboutit à son éradication au début des années 1960. Depuis le début des années 1980, avec la réduction du contrôle gouvernemental sur la société, la prostitution en République populaire de Chine (RPC) est non seulement redevenue plus ostensible, mais est désormais présente aussi bien en milieu urbain que rural. Malgré les efforts du gouvernement, la prostitution a atteint un degré tel qu'elle constitue une véritable industrie, englobant un grand nombre de personnes et générant des revenus financiers considérables. La prostitution fait en outre rejaillir d’autres problèmes de société, tels le crime organisé, la corruption d'État et les infections sexuellement transmissibles.
En Chine continentale, les activités liées à la prostitution se caractérisent par des populations, des lieux et des tarifs spécifiques. Les travailleurs du sexe chinois proviennent d'horizons sociaux très divers. Cette population est essentiellement féminine, bien qu’on constate depuis quelques années une émergence de la prostitution masculine. Les lieux typiques de la prostitution chinoise sont les hôtels, les karaokés et les instituts de beauté.
Tandis que le gouvernement de la République populaire de Chine (RPC) a toujours adopté une ligne répressive extrêmement dure à l'encontre des organisateurs de la prostitution, son attitude est en revanche beaucoup plus fluctuante quant au traitement des prostituées elles-mêmes, traitant la prostitution parfois comme un crime et parfois comme de la simple délinquance. Depuis la réapparition de la prostitution dans les années 1980, les autorités ont réagi à la situation en utilisant en premier lieu les outils législatifs et juridiques existants, telles que les instances policières et judiciaires. En second lieu, elles se sont appuyées sur des opérations policières spécifiques, se caractérisant par des périodes de répression intense, afin de mettre en place un climat d’ordre social. Par ailleurs, en dépit du travail des ONG et des acteurs étrangers, la réglementation de l’industrie du sexe sur un plan légal ne trouve pas beaucoup de soutien et d’écho auprès du public, des organismes sociaux et du gouvernement chinois.
Prostitution durant la période maoïste vignette|Un centre de rééducation pour prostituées dans les locaux d'un ancien bordel à Pékin, 1949. Après la victoire du Parti communiste chinois en 1949, les autorités gouvernementales locales ont été chargées de l'élimination de la prostitution. Un mois après la prise de Pékin par les communistes chinois, le , le nouveau gouvernement municipal annonce une politique visant à contrôler les bordels de la ville. Le , l'ensemble des 224 établissements de Pékin furent fermés : et 434 propriétaires d'établissements et proxénètes furent arrêtés en l'espace de 12 heures par un effectif policier de environ.
En raison du nombre important de problèmes sociaux auquel le gouvernement était confronté, et d'une limitation à la fois des budgets et des ressources humaines dont disposaient les gouvernements locaux, la plupart des villes ont adopté une politique plus lente et modérée du contrôle puis de l'interdiction des bordels et de la prostitution. Cette situation a notamment caractérisé des villes comme Tianjin, Shanghai et Wuhan. Typiquement, ceci s'est traduit par la mise en place d’un système administratif contrôlant les établissements de prostitution et décourageant leurs propriétaires. L'effet combiné de telles mesures devait réduire graduellement le nombre de bordels dans chaque ville jusqu'au point où une fermeture des établissements restants, dans la lignée du modèle de la politique de Pékin, soit possible et qu’une rééducation puisse commencer. Des programmes de rééducation ont été entrepris, notamment à Shanghai, où ils furent mis en œuvre à grande échelle.
Au début des années 1960, les mesures mises en œuvre ont éliminé les formes visibles de prostitution de la Chine continentale. Selon le gouvernement de la République populaire de Chine, les infections sexuellement transmissibles ont été presque totalement éliminées du continent, grâce au contrôle et à la lutte contre la prostitution. Pour marquer cette victoire, les 29 instituts de recherche sur les maladies vénériennes ont tous été fermés en 1964.
Selon la théorie marxiste, une personne qui vend son corps est considérée comme contrainte, afin de subvenir à ses besoins. L'éradication de la prostitution était ainsi vantée comme faisant partie des mesures gouvernementales majeures et comme application des principes du marxisme chinois. Les études récentes ont cependant démontré que la disparition de la prostitution sous le régime maoïste était loin d'être totale : ainsi Pan Suiming, l’un des principaux spécialistes en matière de prostitution en Chine, avance que la prostitution « non-visible » – sous forme de services sexuels donnés aux cadres en échange de certains privilèges – est devenue une composante caractéristique de la Chine maoïste, en particulier vers la fin de la Révolution culturelle.
Prostitution après 1978
Développement de la prostitution Arrestations liées à la prostitution pendant les campagnes de répression (1983-1999)AnnéeArrestations19831989-901996-7approx. 19981999 La réapparition de la prostitution visible dans la Chine continentale a coïncidé avec l'introduction du libéralisme de Deng Xiaoping dans la politique économique chinoise en 1978. Selon des statistiques incomplètes basées sur les mesures de répression prises à l'échelon national, la prostitution en Chine n'a cessé d'augmenter chaque année depuis 1982. Entre 1989 et 1990, ont été interpellées pour des activités liées à la prostitution. Zhang Ping estime de plus que ces chiffres de police ne comptabilisent que 25 à 30 % de la population réelle touchée par la prostitution. La prostitution constitue une partie de plus en plus importante de l'économie chinoise, faisant vivre un nombre de personnes que l'on estime avoisinant les 10 millions, générant un volume probable de de Yuan. À la suite d'une campagne de répression en 2000, l'économiste chinois Yang Fan estime que le PIB chinois s'est effondré de 1 %, en raison d’une baisse de la consommation due à la perte d'emploi d'un grand nombre de prostituées.
La prostitution est souvent directement liée à la corruption des petits fonctionnaires. Beaucoup de fonctionnaires locaux pensent qu'encourager la prostitution et la considérer comme un loisir récréatif pour milieux d'affaires apporte des avantages économiques, en développant l'industrie du tourisme et en produisant une source de revenus fiscaux. La police a été impliquée à plusieurs reprises dans l’exploitation de grands hôtels dans lesquels officient des prostituées, ou dans des affaires de dessous de table liées à certaines activités de prostitution. La corruption existe également sous une forme plus indirecte, l'abus le plus classique consistant à utiliser des fonds publics à des fins de consommation de services sexuels tarifés. Pan Suiming affirme que la Chine a un type de prostitution très spécifique, impliquant à la fois des individus utilisant leur pouvoir et leur autorité au sein du gouvernement afin d'obtenir des services sexuels, et ceux qui emploient le sexe et la prostitution pour obtenir des privilègesSource : Times China..
Luttes contre la prostitution
Les prostituées peuvent être envoyées en camps de rééducation par le travail dès 1982. En 1987, le ministère de la santé chinois indique que la lutte contre la prostitution doit être sévèrement appliquée pour endiguer la propagation du sidaRapport alternatif au comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies.
En 2006, les autorités locales de Shenzhen ont exhibé dans les rues les prostituées et leurs clients. Les images diffusées ont fait l'objet d'indignations. La Fédération des femmes, organisme très officiel, a adressé une protestation au ministère de la Sécurité publique, évoquant une « insulte à toutes les femmes de Chine »Libération. De même le public a aussi condamné cette opération qui rappelait les humiliations publiques de la révolution culturelleSource : iprostitution.
En 2009 et dans la perspective de l'anniversaire du , marquant l'accession du Parti communiste, les autorités chinoises ont engagé une campagne de moralisation qui doit permettre la fermeture de salons de massage et de bars de nuit. Cette campagne fait suite à un scandale mettant en cause un cadre du Parti communiste assassiné par une jeune femme contrainte de se prostituer. Celle-ci, soutenue par des milliers d'internautes, a été graciée par la justice chinoiseRFI - Prostitution : Pékin veut « frapper fort »..
Prostitution dans les régions chinoises
Prostitution au Tibet
Prostitution à Hong Kong
Types et lieux de prostitution vignette|Signalétique d'un lieu de prostitution à Hong Kong.
La police chinoise classe les pratiques relatives à la prostitution selon une échelle à sept niveaux, bien que cette classification ne relate pas toutes les formes existantes de prostitution. Ces niveaux mettent en lumière l’hétérogénéité de la prostitution et de la population prostituée chinoise. La classification en tant que prostituée reflète donc un panel de services offerts très différent. Dans certaines catégories, par exemple, on rejette les pratiques de sexe oral ou anal. Parallèlement à l'éventail des formes de prostitution, la clientèle masculine est également constituée d'un éventail de milieux professionnels très divers.
Le retour des concubines
Le premier niveau, appelé baoernai (包二奶), fait référence aux femmes qui jouent le rôle de « secondes femmes » ou concubines d’hommes riches et influents, incluant politiques et entrepreneurs du continent aussi bien que des hommes d’affaires étrangers.
Les Chinois enrichis affirment à nouveau leur rang social en exhibant voitures, maisons, costumes et jolies jeunes femmes. Des villes comme Shenzhen sont devenues des « villages de concubines »Sources : Radio86 - Le retour de concubines par Axelle de Russé. Parmi ces femmes on trouve des campagnardes pauvres du sud, des demi-mondaines de Shanghai, et des concubines de luxe élevées dans la bourgeoisie fortunée. On estime à le nombre de femmes entretenues, rien que dans l’une des provinces les plus touchées par le phénomène, celle du Guangdong, aux portes de Hong KongSource : Telégraphe.
L’organisation All-China Women's Federation, principale organisation féministe soutenue par le Parti communiste chinois, ainsi que des organisations pour la défense des femmes à Hong Kong et à Taïwan, se sont impliquées dans la lutte contre cette forme de concubinage, qui viole les valeurs et l’esprit du mariage traditionnel.
Les escort girls
Le second niveau de prostitution, appelé baopo (包婆), fait référence aux call girls ou escort girls qui accompagnent des hommes d’affaires pour une durée déterminée, par exemple lors d’un séjour d’affaires, et reçoivent une rémunération pour ce service.
Le premier et second niveaux de prostitution décrits sont devenus un sujet de débat public houleux, car ils sont explicitement liés à la corruption qui existe au sein du gouvernement. Certains commentateurs locaux affirment que ces pratiques sont l’expression concrète des « privilèges bourgeois ».
La prostitution des bars et salons vignette