Maïa Leia Fournier ( - ) est une auteure-compositrice-interprète québécoise, née à Montréal. Elle se fait connaître du grand public en 2012 grâce à son premier et unique album, Compte à rebours, produit sous l'étiquette La Tribu. Artiste prometteuse saluée pour sa voix soul et son énergie scénique, elle se produit notamment aux FrancoFolies de Montréal et au Festival international de jazz de Montréal. Après un début de carrière remarqué, elle sombre progressivement dans des troubles de santé mentale sévères, puis dans la dépendance aux drogues de synthèse. Elle meurt le à la station de métro Place-des-Arts de Montréal, victime d'une surdose accidentelle au fentanyl.
Biographie
Origines et enfance Maïa Leia Fournier naît en 1992 à Montréal, au Québec. Sa mère est québécoise de souche francophone, et son père est originaire de l'Inde. Sa jeunesse est marquée par des expériences douloureuses. Sa mère, Marie Fournier, révèle publiquement en 2025 que sa fille lui a avoué avoir été victime d'exploitation sexuelle à l'âge de 14 ans, de la part de garçons plus âgés qui rôdaient autour de son école secondaire. Cette blessure initiale, longtemps tue, constitue, selon sa mère, l'une des racines profondes d'une souffrance psychologique qui n'a jamais véritablement trouvé de prise en charge adéquate.
Maïa Leia Fournier grandit dans le Mile-End et développe très vite une passion pour la création musicale, l'écriture de chansons et la scène. Elle cite la Motown, la soul, la chanson française, le R'n'B, le folk et le reggae comme sources d'inspiration. Elle est bilingue français-anglais depuis l'enfance et rédige ses textes dans les deux langues, parfois au sein d'une même chanson.
Carrière musicale En 2012, alors qu'elle est âgée de 19 ans, Maïa Leia Fournier est recrutée par La Tribu, l'une des maisons de disques indépendantes les plus actives du Québec. L'auteur-compositeur-interprète Dumas, de son véritable nom Benoît Bergeron, figure reconnue de la scène musicale québécoise, prend sous son aile la jeune artiste. Il la prend comme choriste dans ses propres tournées et assume la réalisation de son premier album.
Le , Maïa Leia Fournier sort son premier album studio, intitulé Compte à rebours, édité sous le numéro de catalogue TRICD7314 par La Tribu et distribué par Dep. L'album comporte douze pistes, dont Lance-toi, La nuit dernière, Dead in my Head, Plus forte, L'été indien, Amour Bollywood et Mes ailes. La production est signée Dumas.
À l'été 2012, Maïa Leia Fournier se produit aux FrancoFolies de Montréal et au Festival international de jazz de Montréal, deux des vitrines les plus importantes de la musique francophone et de la chanson au Canada.
Elle passe également à l'émission Belle et Bum de Télé-Québec, programme de référence pour la découverte d'artistes émergents au Québec.
L'année suivante, en 2013, elle donne un spectacle aux FrancoFolies et confirme sa présence sur la scène musicale montréalaise.
Ces apparitions lui valent une reconnaissance dans le milieu artistique québécois. Elle est qualifiée par La Presse de « pétillante, promise à un bel avenir». Cependant, aucun second album ne verra jamais le jour.
Difficultés personnelles Selon sa mère, Marie Fournier, les difficultés de Maïa Leia débutent peu après le lancement de sa carrière musicale. Des troubles anxieux et des crises de panique s'installent progressivement. La jeune femme commence à recourir à l'automédication pour tenter de soulager une souffrance psychologique que les structures de soins disponibles ne parviennent pas à traiter efficacement.
Le , Marie Fournier cherche formellement de l'aide pour sa fille, comme elle le consigne dans un cahier de suivi. Elle se heurte successivement à une psychiatre partie en congé de maladie, à une seconde qui abandonne ses patients pour une autre région, et à un médecin de famille qui ne semble pas prendre la situation au sérieux.
Maïa Leia est hospitalisée à plusieurs reprises au Centre de santé mentale Albert-Prévost, dans le nord de Montréal, un établissement spécialisé en psychiatrie. Ces hospitalisations ne débouchent pas sur une stabilisation durable. En , elle est libérée contre l'avis de sa mère qui redoute les dangers de la rue pour une femme dans cet état de vulnérabilité.
Sa mère décrit comment elle est passée de la drogue à des crises en public qui ont fini en arrestations. Dans ses dernières années, Maïa Leia documente elle-même sa détresse sur YouTube, notamment dans une vidéo intitulée Psychward, tournée dans la cour de l'hôpital Albert-Prévost, dans laquelle elle apparaît visiblement désorientée. Ces archives numériques constituent un témoignage que sa mère a accepté de rendre publics pour illustrer les lacunes du système de soins de santé mentale au Québec.
Décès Le , deux constables spéciaux du métro de Montréal effectuent une patrouille ordinaire à la station Place-des-Arts, au cœur du Quartier des spectacles, et découvrent le corps de Maïa Leia Fournier, étendu sur la passerelle qui enjambe les voies ferrées. Couchée sur son bras, capuchon rabattu sur la tête, la jeune femme n'a plus de pouls.
Les agents entreprennent des manœuvres de réanimation et lui administrent de la naloxone, un antidote aux opioïdes, sans succès. Elle est déclarée morte sur place. La cause du décès est une surdose accidentelle au fentanyl. Maïa Leia Fournier avait 31 ans.
Héritage et impact médiatique Maïa Leia Fournier acquiert une dimension nationale en , lorsque la journaliste Marie-Maude Denis et le réalisateur Jacques Taschereau, de l'émission Enquête de Radio-Canada, diffusent un reportage documentaire de quarante minutes intitulé Place-des-Âmes.
Le film est diffusé le sur ICI Télé, puis rediffusé à plusieurs reprises. Il retrace la vie de Maïa Leia à travers le témoignage de sa mère et des archives de réseaux sociaux. Il documente aussi la réalité de la crise des opioïdes dans les couloirs du métro de Montréal, dans les centres de consommation supervisée, à la morgue et dans les urgences psychiatriques. Le documentaire suscite un large écho dans les médias québécois.
Maïa Leia Fournier devient également un symbole du visage humain de la crise des opioïdes au Québec et au Canada. Sa mère, Marie Fournier, choisit de rendre public le récit de sa fille pour alerter la société sur les défaillances du système de soins en santé mentale et sur la toxicité croissante des drogues en circulation. Dans une déclaration, Marie Fournier affirme que sa fille « n'est pas morte de drogue, elle est morte en souffrant, morte en essayant de souffrir moins».
Vie personnelle Maïa Leia Fournier est décrite par ses proches comme une personne vive, curieuse, philosophe et passionnée. Sur son profil de covoiturage CouchSurfing, établi en 2012, elle se décrit comme bilingue français-anglais, en train d'apprendre l'espagnol, et mentionne son amour de la poésie, des collages, du thé et de la philosophie.
Discographie 2012 : Compte à rebours (album), La Tribu
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