Le blocus britannique d’Alger eut lieu de mars à juillet 1824, après que l’immunité diplomatique du consul général britannique à Alger eut été violée. Décidé par le gouvernement du Royaume-Uni, il fut mené par le vice-amiral Harry Burrard-Neale afin de contraindre la Régence d'Alger à respecter les usages diplomatiques et les engagements pris envers la Grande-Bretagne. Cette opération navale s’inscrit dans un contexte de tensions récurrentes entre Alger et les puissances européennes au début du .
Prélude Les corsaires alimentent de manière décisive les finances de la Régence d'Alger, l’État perçoit en principe un huitième du produit des prises, qu’il s’agisse de marchandises, de navires ou de captifs chrétiens, intégrés à une économie structurée de la rançon et du travail. Ce système, fondé sur la course maritime, constitue pendant près de trois siècles un pilier essentiel de l’économie et du pouvoir d’Alger, en lien étroit avec ses institutions politiques et militaires.
Malgré les protestations répétées et les pressions diplomatiques, les puissances européennes échouent durablement à mettre fin à ces pratiques par la force. Plusieurs tentatives d’envergure sont lancées sans succès décisif : les expéditions espagnoles du XVIe siècle, notamment celle de l’empereur Charles Quint en 1541, qui se solde par un désastre ; les opérations navales françaises du XVIIe siècle, comme les bombardements d’Alger menés par Abraham Duquesne ; ou encore les interventions anglo-néerlandaises culminant avec le bombardement d'Alger en 1816, qui, malgré son ampleur, ne parvient pas à éradiquer durablement la course ni le système de captivité. Mais l’activité corsaire déclina grandement au du fait de l'amélioration de la défense des navires européens.
Au début des années 1820, les relations entre la Régence d'Alger et les puissances européennes connaissent une phase de tensions récurrentes, notamment avec le Royaume-Uni, dont les intérêts commerciaux et maritimes en Méditerranée s’étaient considérablement développés après les guerres napoléoniennes. Dans ce contexte, plusieurs différends diplomatiques et économiques viennent fragiliser l’équilibre déjà précaire entre Alger et Londres.
Ces tensions s’inscrivent toutefois dans une histoire plus ancienne et ambivalente des relations algéro-britanniques. Dès le , celles-ci reposent en partie sur un commerce actif : des marchands anglais fournissent à Alger des équipements militaires et navals en échange de produits agricoles comme les céréales, les huiles et la laine, dans un contexte où les puissances catholiques peinent à rivaliser dans ce domaine. Cependant, avec la stabilisation relative de l’Europe et l’intensification des rivalités maritimes, la Grande-Bretagne entre progressivement en concurrence directe avec la Régence.
Cette rivalité débouche sur plusieurs affrontements dès le , notamment l’expédition anglaise contre Alger en 1669, le bombardement de Béjaïa en 1671 et la guerre anglo-algérienne de 1677 à 1682. Ces conflits conduisent à la conclusion d’un traité en 1682 entre le dey Baba Hassan et le roi Charles II, à la suite d’un revers anglais, illustrant déjà l’alternance entre confrontation militaire et accommodement diplomatique.
Ainsi, malgré des coups de force spectaculaires et une pression internationale croissante, la Régence parvient à préserver, jusqu’au début du , un modèle économique et politique reposant en partie sur la guerre de course et la gestion des captifs.
L’un des principaux points de friction concerne les questions consulaires et le statut des représentants britanniques à Alger. Le refus des autorités de la Régence d’accepter certaines conditions imposées par la diplomatie britannique, notamment le retour du consul dans des conditions jugées acceptables par Londres, contribue à détériorer les relations bilatérales. L’incident est signalé au gouvernement britannique par le consul lui-même, ce qui entraîne une réaction rapide de Londres. En janvier 1824, la frégate HMS Naiad ainsi que le brick HMS Cameleon sont envoyés à Alger afin d’appuyer les revendications britanniques. Le dey Hussein est alors sommé d’accorder davantage de droits au consul britannique par la signature d’un nouveau traité. Devant le refus du dey de satisfaire ces exigences, McDonell quitte Alger avec sa famille à bord de la frégate, confie temporairement la gestion de sa résidence au consul-général des États-Unis à Alger William Shaler, et quitte définitivement la Régence.
Parallèlement, des litiges commerciaux liés à des réclamations de marchands britanniques alimentent les tensions. À cela s’ajoute une dimension plus large liée à la politique méditerranéenne du Royaume-Uni, qui cherche à consolider sa suprématie navale et à sécuriser ses routes commerciales.
Cette politique répond à deux objectifs fondamentaux : d’une part, garantir la protection de ses intérêts économiques auprès des États riverains, en particulier les plus puissants ; d’autre part, contenir l’influence française sur les côtes du Maghreb. Dans ce cadre, la question de la course en Méditerranée, bien que déjà en déclin, demeure un argument récurrent dans les revendications européennes contre la Régence d’Alger.
C’est dans ce climat de crispation diplomatique et d’intérêts stratégiques divergents que s’inscrit la décision britannique d’imposer un blocus maritime à Alger en 1824, comme moyen de pression pour obtenir satisfaction à ses revendications.
Ce recours à la force s’inscrit dans une continuité d’interventions britanniques, notamment le bombardement d’Alger en 1816 sous le commandement de Lord Exmouth, mené en coalition avec les Provinces-Unies. Bien qu’ayant imposé la libération des captifs européens et l’abandon officiel de leur réduction en esclavage, cette opération n’avait pas mis fin aux tensions, qui ressurgissent pleinement dans les années 1820 et culminent avec la crise de 1824.
Blocus Le , le vice-amiral Harry Burrard-Neale apparut devant Alger avec une importante flotte et se rendit auprès du Dey Hussein. Le dey algérien se déclara finalement prêt à signer le traité, mais refusa que McDonell soit rétabli dans ses fonctions de consul à Alger. Burrard-Neale déclara alors que cet incident équivalait à une déclaration de guerre contre l’Algérie et imposa un blocus du port d’Alger. Il attendait l’arrivée de navires bombardiers supplémentaires afin de soumettre le dey par le bombardement de la ville.
Le 10 juillet 1824, les navires furent positionnés à grande distance, bien que les renforts demandés ne soient pas encore entièrement arrivés. Le cotre devait appareiller pour Marseille le 14 juillet, mais en raison de l’absence de vent il dériva vers la côte, s’approchant dangereusement des forces adverses et essuyant leurs tirs. Les Algériens semblaient avoir l’intention de capturer ce navire faiblement armé. La HMS Naiad ouvrit le feu sur eux, coulant deux de leurs canonnières, permettant au HMS Racer de s’échapper.
Le 24 juillet 1824, après l’arrivée du dernier navire bombardier, Robert Spencer se rendit auprès du dey, qui présenta des excuses pour l’incident. Le lendemain, Hussein Dey signa le traité en présence de Harry Burrard-Neale ; la question du retour de McDonell ne fut plus abordée.
Le blocus d’Alger mobilisa une importante flotte de la Royal Navy composée de navires de ligne, de frégates, de sloops et de bâtiments spécialisés. Le tableau ci-dessous présente les principaux navires engagés ainsi que leurs caractéristiques et commandants.
Nom du navire Canons Capitaine Description du navire 76 Capitaine de pavillon Charles Burrard Navire de ligne de troisième rang, navire amiral du vice-amiral Harry Burrard-Neale 50 Capitaine Hon. Anthony Maitland Frégate de quatrième rang 50 Capitaine Edward Chetham Frégate de quatrième rang 46 Capitaine Hon. Sir Robert Cavendish Spencer Frégate de quatrième rang 48 Capitaine Andrew King Frégate de cinquième rang 46 Capitaine Gawen William Hamilton Frégate de cinquième rang 42 Capitaine Augustus William James Clifton Frégate de cinquième rang 46 Capitaine William Elliott Frégate de cinquième rang 46 Capitaine Henry Evelyn Pitfield Sturt Frégate de cinquième rang 44 Capitaine Frégate de cinquième rang 20 Capitaine Percy Grace Frégate de sixième rang 6 Capitaine William Sandom Bombarde 22 Lieutenant John Milligen Laws Bombarde 10 Capitaine Bombarde 14 Capitaine Bombarde 10 Capitaine Alexander Dundas Young Arbuthnott Bombarde 2 — Vapeur à roues, utilisée comme remorqueur 12 Maître Goélette, annexe de la HMS Revenge 18 Capitaine Sloop 18 Henry Edward Wingrove Sloop 28 Capitaine Peter Fisher Sloop 10 Commandant Timothy Curtis Sloop 6 Maître James Irwin Cotre, annexe de la HMS Revenge, utilisé comme remorqueur HMS Goodwill — Lieutenant-commandant James Thorne petit navire
La HMS Lightning fut, lors de la participation au blocus d’Alger, le premier navire à vapeur utilisé dans un conflit militaire, bien que seulement comme bâtiment de remorquage.
Conséquences Après 1824, l'Angleterre adopta une attitude nettement plus respectueuse à l’égard de la régence d'Alger, ce que reflète clairement le comportement de ses consuls accrédités, désormais plus enclins à se conformer aux usages et à l’ordre en vigueur à Alger.
Parmi les principales conclusions, on peut souligner l’abandon par l’Angleterre de sa politique hostile envers le dey après 1824, un nouvel échec face à l’Algérie aurait inévitablement compromis son prestige et sa position sur la scène internationale. Cette crainte incita le Royaume-Uni à privilégier une ligne diplomatique plus mesurée dans ses relations avec Alger.
En outre, la victoire algérienne dans ce conflit renforça la confiance du diwan d'Alger, l’encourageant à contester et à rejeter plus fermement les décisions issues des conférences européennes.
Bibliographie
Références
Voir aussi Articles connexes Barbaresques Traite des esclaves de Barbarie Bombardement d'Alger (1816) Piraterie en Méditerranée
Liens externes
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