Le naufrage de la barge numéro 752 est le plus tragique des nombreux drames survenus dans la nuit du au , sur le Lac Ladoga.
En 2004, une série de documents est déclassifiée, ce qui permet aux médias de révéler au grand public le naufrage de la barge n° 752.
C'était l'une des 49 barges lacustres et fluviales exploitées sur le lac ; elle servait au transport de matériaux, de matériel, d'animaux, de vivres puis de personnes, à partir du 12 septembre, au début du siège de Léningrad.
Pour son dernier voyage, partie du petit port en construction d'Ossinovets, remorquée par L'Oriol., elle se rendait à Novaïa Ladoga, transportant dans ses flancs des réfugiés et des militaires qui devaient continuer le combat sur d'autres fronts.
Dans la tempête, la barge se disloqua entraînant dans la mort plus de 1000 personnes. En Russie, cette catastrophe est surnommée « Le Titanic du Ladoga ».
Dans un certain nombre de publications et de sites, le numéro 725 est indiqué : il doit s'agir d'une coquille.
Contexte À partir du , les premiers obus de 240 mm tombent sur Leningrad ; le , à partir de 18 h 55, l'aviation allemande largue 6327 bombes incendiaires sur la ville : la ville est assiégée. Le , toutes les voies de communication terrestre sont aux mains des Allemands au sud, aux mains des Finlandais au nord.
Une seule voie permet de sortir de la ville ou y entrer : une bande de terre entre la ville et le lac dont les Russes contrôlent encore la rive est. Le conseil militaire soviétique décide de confier au capitaine la construction d'un port dans la petite baie d'Ossinovets, afin d'augmenter les échanges entre la rive ouest et la rive est.
Avraamov cumulait les responsablités de commissaire chargé de la mise en œuvre des opérations de ravitaillement en armes et vivres par voie maritime de la ville de Leningrad, des troupes du front de Leningrad et de la flotte de la Baltique. Il était aussi commandant adjoint de la .
Dans un premier temps, le but était d'organiser cinq entrées et sorties de péniches par jour à partir du puis dans un deuxième temps, à partir du , de passer à douze par jour. Le , la Marine publia un ordre interdisant le transport de personnes par barge sur le lac Ladoga. Cette Route de la Vie servira de « cordon ombilical » à la cité presque entièrement cernée par l'ennemi ; Leningrad 1941-42 aux Presses de la cité . 1967. Pages 63 et 72.
En prenant le train à la gare de Finlande à Léningrad, les léningradois pouvaient se rendre à la gare du lac Ladoga après avoir effectué un trajet de 43 kilomètres. En , ce train servait à évacuer les personnes qu'il fallait sauver et dans l'autre sens à emmener des renforts, des vivres, tout le matériel nécessaire à la défense de la ville. Des bateaux déchargeaient leurs cargaisons près de cette gare car des voies de communication empruntées par des remorqueurs et des péniches, reliaient la rive ouest à la rive est du lac Ladoga.
La barge numéro 752 dans la nuit du au La barge 752 Une maquette de la barge 752 a été réalisée pour le film La Bataille de Léningrad...
La barge n°752 était amarrée au cap Ossinovets, dominé par le Phare Ossinovetski ; il n'avait pas été détruit par la Luftwaffe car il lui servait de point de repère.
Elle servait au transport du bétail et n'était pas destinée à recevoir des personnes ; sous le pont supérieur, ni cabines ni éclairage n'existaient. Ce bateau en bois d'un déplacement de 750 tonnes, d'environ 60 mètres de long, 12 mètres de large et de 3,5 mètres de hauteur avançait à peu près à 10 kilomètres par heure..
Elle devait être vétuste : son platelage était, par endroits, en mauvais état ; Samouïl Veniaminovitch Dvorkine raconte qu'un de ses camarades d'école a réussi à créér une ouverture avec ses pieds. Il a fallu également remettre ses pompes en état pour vider l'eau de la cale. Les canots de sauvetage et les gilets étaient ceux prévus pour l'équipage ; les lieux avaient gardé l'odeur des animaux, ou de fumier, selon des rescapés.
thumb|Sur le Lac Ladoga, barges en remorque transportant des vivres pour Léningrad assiégée
La barge les transportait à Novaïa Ladoga à 160 kilomètres environ (67,8 km à vol d'oiseau) ; après avoir doublé le cap Païgatch et passé au large du banc Severnaïa Golovechka et de l'île , elle arrivait au port où l'on débarquait passagers et fret. Au retour, elle ramenait des troupes destinées à la défense de Léningrad et des vivres, après une quinzaine d'heures environ de navigation. Un schéma du trajet figure sur le sitehttps://dzen.ru/a/ZfunC1NkHVAsxBr3.
Évacuation Le 16 septembre 1941, devaient être évacués des élèves-officiers et des officiers de l', des élèves-officiers, des officiers et des employés des institutions navales de Leningrad, ainsi que des médecins militaires de l'état-major et des diplômés de l', des élèves officiers et des officiers de l', des élèves-officiers et des officiers de l'(avec lesquels Kliment Vorochilov voulait former un nouveau bataillon de cadets évacués vers Kostroma pour fabriquer, perfectionner, inventer de l'armement), des officiers et des employés du appelé en 1939 « Direction hydrographique de la marine des ouvriers et des paysans » et de son département cartographique, des officiers de la direction de l'artillerie, des élèves de deux écoles professionnelles.
Certains étaient venus avec leur famille. En arrivant, ils se répandirent dans une forêt de pins, près du lieu d'embarquement, pour ne pas être vus par les avions ennemis. Le premier train arriva vers 13 h, et les premiers arrivés purent assister au déchargement de la barge qui transportait une unité d'infanterie, des canons antichars et des chevaux.
L'embarquement
Vers 17 heures, les cadets commencèrent à embarquer ; ils devaient courir par petits groupes et s'engouffrer par les écoutilles, des messerschmitts pouvaient à tout instant survoler la zone.
Ils vinrent à trois reprises et bombardèrent la zone. La barge était déjà pleine au tiers : sans se faire enregistrer, des personnes, des artisans, le peloton de l'Académie militaire de Jdanov, des représentants des gouvernements baltes, probablement des estoniens, avaient pu entrerde sorte qu'on ne pourra jamais savoir avec certitude s'il y avait 1200 ou 1500 passagers à bord..
De plus, la barge transportait des tourets de câbles, des caisses de documents classifiés escortés par des forces spéciales et une grande quantité de bois de chauffage constitué de troncs de bouleaux de deux mètres, trois camions et deux voituresUne ZIS flambant neuve, et une autre, rouge cerise, une Buick, qui devait être celle de représentants du gouvernement estonien.
Un remorqueur avait entrepris des manoeuvres d'éloignement de la péniche du rivage, sans doute parce que le fond n'était pas assez profond (La navigation sur le lac Ladoga, chapitre 6.). Le remorqueur reçut l'ordre de la confier à un remorqueur plus puissant, le « Boïevoï ». Celui-ci ne venant pas, le contre-amiral réussit à obtenir le remorqueur « Oriol » (aigle) sur lequel il prit place. Le capitaine de ce navire, Ivan Dmitrievitch Ierofeïev., refusa : . Le capitaine souhaitait que les cadets embarquent sur la barge, donna l'ordre de départ ; quatre heures étaient perdues. La péniche devait être escortée par une canonnière.. La Cheksnaphotos 20 et 21 du site canonnières URSS, était surchargée, transportait des commandants dont le contre-amiral , et partit sans attendre ; son commandant, M. A. Gladkikh, craignait le temps perdu et des raids aériens.
Vers 23 heures, le contre-amiral Alekseï Zaostrovtsev, à bord de l'Oriol, décidé de mettre en route pour rejoindre Novaïa Ladoga, sans feux de navigation et sans escorte ; ce lac mesure environ trois fois l'étendue d'un département français de taille moyenne, 393 fois le Lac du Bourget et ses vagues peuvent atteindre cinq à six mètres de hauteur.
Dans la tempête Lorsque le convoi partit, il y avait un vent de force 3 à 4. La tempête est arrivée vers minuit ; le tangage et le roulis ont provoqué des nausées chez des passagers. Vers trois heures du matin, la coque s'est fissurée ; l'eau a commencé à pénétrer dans la cale ; des passagers ont tenté de colmater ces brèches avec des effets personnels ; le vent atteignit, vers 6 heures, la force 7 ; le remorqueur dût virer face au vent, les vagues devinrent plus fortes, les fissures s'élargirent et l'eau inonda la cale vers trois heures du matin ; les valises et autres objets se mirent à flotter.
Dans une eau entre dix et douze degrés, les passagers voulurent monter sur le pont. L'échelle, qui menait de la cale au pont supérieur, céda sous le poids. Parmi les écoutilles, celle au centre était cadenassée ; ceux qui avaient trouvé une hache voulaient la forcer. Le lieutenant Sazonov, brandissant son révolver, la surveillait et criait : ; la consigne voulait que le pont soit interdit pour des raisons de camouflage.
L'écoutille arrière se trouvait sur le trajet de la barre du gouvernail. Plusieurs furent étendus sur le pont, ou envoyés par dessus bord, ou eurent la crâne fracassé, raconte Vladimir Solontsov. D'autres trouvèrent une (ou des) hache(s) et ouvrirent une brèche dans le pont supérieur ; selon Samouil Veniaminovitch Dvorkine, Nikolaï Tarassov, champion de lutte de son école, allongé sur le dos, utilisa ses pieds pour briser des planches du pont. Enfin, l'écoutille centale fut ouverte, l'évacuation donna priorité aux femmes et aux enfants.
Le remorqueur envoya un SOS par radio à Leningrad, Novaïa Ladoga et à Lodeïnoïe Pole, comme l'équipage de la barge. Le convoi se trouvait alors à 60° 28' de latitude nord et à 31°57' de longitude est, à 10 kilomètres environ du phare de .. Seul, Leningrad répondit.
Sur le pont, les pompes à vent et les pompes manuelles furent remises en état de fonctionner ; grâce au lieutenant-capitaine Aleksandr Vassilievitch Bokov, au commissaire régimentaire Makchantchikov et au docteur Seva Reznov, les cadets furent organisés : ils se relayaient pour assurer le pompage ; au bout d'une demi-heure, les appareils tombèrent en panne. Quatre seaux furent utilisés, puis des casquettes, l'eau montait toujours.
La tempête atteignit force 9. Pour alléger la barge, tout ce qui était lourd furent jetés à l'eau : les camions avec leur chargement, les voitures, les bobines, leurs câbles, des caisses, des effets personnels ; les enfants, femmes et personnes âgées furent transférées dans la cabine du capitaine. Le bateau remonta légèrement. Les passagers qui avaient quitté la cale, bien qu'allongés sur le pont pour donner moins de prise, étaient emportés par les vagues ; la barge s'étant beaucoup enfoncée, son pont affleurait la surface du lac.
D'autres s'attachaient ou étaient attachés à quelque chose qui semblait pouvoir résister aux éléments : Neonilla Samoukhina raconte que son grand père, avait attaché sa grand-mère Antonina Vassilievna avec une ceinture. Elle disparût la premièrehttps://mir24.tv/news/16378275/[email protected]. Beaucoup moururent d'hypothermie.
À un moment, la canonnière Selemdja se profila à l'horizon. Un officier monta sur le toit de la timonerie et agita un drap blanc, on tira des coups de fusil, on alluma une torche ; la barge était si bas sur l'eau, les vagues si hautes, le bruit des éléments si puissant, la canonnière passa sans les voir.
Parmi les diplômés de l'école de médecine, certains se suicidèrent avec leur arme de service. Le lieutenant Valentine Mikhaïlovitch Iemelianov informa le commissaire militaire Makchantchikov puis abattit sa fille et se suicida ; l'épouse du commissaire se tira une balle dans la tête.
Le remorqueur avait largué le câble de remorquage : il ne pouvait plus tirer la barge : la coque se trouvant presque entièrement dans l'eau et offrait trop de résistance ; il se rapprocha de la péniche pour lui porter secours, émettant des signaux de détresse.