The Dirty South est le cinquième album du groupe de rock sudiste américain Drive-By Truckers, publié le . Enregistré aux à Muscle Shoals, en Alabama, The Dirty South est le deuxième album concept du groupe, à l'instar de Southern Rock Opera (2001). La formation est composée de , et au chant et à la guitare, à la guitare basse et Brad Morgan à la batterie. L’œuvre dresse un portrait tant actuel que folklorique du Sud des États-Unis et révèle l’hypocrisie, l’ironie et la tragédie qui continuent d’y exister.

Une réédition augmentée est publiée le sous le nom The Complete Dirty South.

Genèse Contexte et enregistrement vignette|Les Drive-By Truckers enregistrent The Dirty South aux à Muscle Shoals, en Alabama, en . Les Drive-By Truckers connaissent le succès avec leur double album Southern Rock Opera (2001), originalement autopublié puis distribué internationalement en 2002 grâce à un contrat avec Lost Highway Records. Engagée à produire leur prochain album, la maison de disque se désiste peu de temps avant la sortie prévue de Decoration Day (2003). Les Alabamiens se démènent pour trouver un nouveau foyer avant de signer avec le label , avec qui ils réussissent à publier l'album seulement trois mois après la date de sortie initialement fixée par Lost Highway Records.

Avant la parution de Decoration Day, le , les Drive-By Truckers se réunissent aux studios Chase Park Transduction d'Athens, en Géorgie, pour enregistrer de nouveaux titres. Initialement, la maison de disque est réticente à produire un nouvel album, préférant profiter du succès de Decoration Day. , femme du guitariste , intègre le groupe en remplacement du bassiste Earl Hicks. Au cours de l'été et l'automne , les Alabamiens investissent les studios épisodiquement, entre les tournées. Les Drive-By Truckers composent quelques chansons, , avant de les mettre de côté.

Le groupe enregistre aux à Muscle Shoals, en Alabama, en . Selon , le groupe enregistre neuf chansons en quatre jours. Plusieurs titres, comme Where The Devil Don't Stay, Tornadoes et Lookout Mountain, sont enregistrés en une seule prise. Les titres Puttin' People On The Moon et Cottonseed sont composés peu de temps avant la fin de l'enregistrement de l'albumInformations et commentaires interprétés du livret fourni avec le disque.. À terme, les musiciens composent plus de titres que nécessaire, qu'ils aimeraient publier en un double album.

Selon Hood, leur manager n'aurait pas tenu informé le label que le groupe avait presque terminé le processus d'enregistrement. New West refuse le double album, incertain du succès du rock sudiste au tournant du millénaire. Hood envisage un EP avec les titres ignorés. The Dirty South est mixé aux studios Chase Park Transduction d'Athens, en Géorgie. Le titre Goode’s Field Road est remplacé à la dernière minute par Lookout Mountain, le groupe souhaitant une chanson plus énergique pour parfaire l'album. L'album est masterisé aux studios Sterling Sound, à New York.

Certaines des chansons omises de The Dirty South figurent sur la compilation () avant de retrouver les autres titres de l'album sur la réédition The Complete Dirty South (). Les chansons y sont sont remastérisés par le même ingénieur du son que sur l'album originel, Greg Calbi.

Influences et style La presse spécialisée s'accorde pour qualifier The Dirty South d'album de rock sudiste et plus timidement de country rock et d'americana. L’œuvre puise également dans le roots rock, le rock classique et la country. Idôles des Drive-By Truckers, Lynyrd Skynyrd, .38 Special, The Band, Neil Young et les Crazy Horse sont cités comme des influences évidentes. La presse mentionne également des artistes tels que Fleetwood Mac, Bruce Springsteen, Tom Petty, Woody Guthrie, Uncle Tupelo, Jason and the Scorchers, Willie Nelson et Paul Westerberg comme influences. La voix de Hood est comparée à celle de Ronnie Van Zant, défunt chanteur de Lynyrd Skynyrd.

The Dirty South est généralement considéré comme un album-concept.

Hood décrit The Dirty South comme puisant son inspiration de la . Le titre de l'album est un hommage à la scène hip-hop d'Atlanta. et la chanson éponyme du groupe Goodie Mob. Selon Hood, .gauche|vignette|Le Centre de vol spatial Marshall, à Huntsville, en Alabama, inspiration du titre Puttin' People on the Moon. Composition Where The Devil Don’t Stay est adapté d’un poème écrit par l’oncle de Informations et commentaires interprétés du livret fourni avec le disque.. Inspiré par l'Alabama prohibitionniste des années 1930, les paroles aborde la vie, teintée de , d’un bootlegger sur son lit de mort s'adressant à son fils.

Écrite en par Hood, Tornadoes est une ballade tragique rappelant comment le quotidien d'individus peut être dévasté par quelque chose qu’ils ne peuvent pas contrôler. À travers les paroles, le chanteur se remémore l'annulation d'un concert de son groupe, Adam's Housecat, dans sa ville natale de Florence, en Alabama, causée par le passage de deux tornades sur la ville.. Le lendemain, le journal local titre que la tornade , inspirant Hood à en écrire une chanson. Adam's Housecat se sépare peu de temps après cet évènement.

aborde le héros folklorique américain John Henry sur The Day John Henry Died. Selon la légende, cet ouvrier de construction des chemins de fer aurait défié une machine à vapeur, sensée travailler plus vite que lui, pour mourir d'épuisement, marteau à la main, après avoir gagné le pari. Au siècle de l'industrialisation, le récit symbolise tant la victoire de la volonté humaine que l'éventuelle déshumanisation des cols bleus. Isbell est introduit à ce mythe par son grand-père, qui a pour habitude de jouer et chanter pour lui.

Hood critique l'Amérique post-industrielle et les inégalités intensifiées par les Reaganomics sur Puttin' People on the Moon. Le narrateur voit sa communauté s'appauvrir, perdant son emploi dans une usine Ford, tandis que le centre de recherche NASA tout proche est généreusement subventionné. L'homme se résout à gagner sa vie grâce à la petite délinquance, mais pas assez bien pour payer la chimiothérapie de sa femme. Après qu'elle et ses amis décèdent du cancer, imputé aux produits chimiques utilisés par la NASA, le narrateur, ruiné, critique les paroles pleines d'espoir des politiciens et des pasteurs. Hood s'inspire de sa propre communauté alabamienne de Florence et du Centre de vol spatial Marshall, situé en aval de la Tennessee au sein de l'Arsenal de Redstone, à Huntsville. À l'instar du narrateur, le parolier révèle n'avoir lui même pas eu d'assurance médicale pendant plus de vingt ans, faute d'argent.

Avec Carl Perkin's Cadillac, Cooley revient sur les artistes qui ont façonné le rock and roll à Memphis, dans le Tennessee, dans les années 1950. Sam Philips, fondateur de la maison de disque Sun Records réunissant le Million Dollar Quartet, composé d'Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Carl Perkins et Johnny Cash, met au défi ses protégés d'atteindre un million de ventes sur un single. Si la reprise de Presley deviendra un succès international, Perkins l'emporte avec son titre Blue Suede Shoes (1956) et se voit offrir une voiture Cadillac par Philips. Tragiquement, le texte aborde également les dépendances aux amphétamines et barbituriques de Cash et Presley qui ruineront leurs vies. Philips et Cash décèdent tout deux quelques mois avant la sortie de The Dirty South.

Sur The Sands of Iwo Jima, Hood se remémore sa relation avec son grand-oncle, soldat ayant pris part à la Bataille d'Iwo Jima pendant la Seconde Guerre mondiale. Enfant, il questionne son grand-oncle sur la véracité du film Iwo Jima (1949), à quoi le vétéran répond qu'il , acteur principal du film, lorsque lui s'y trouvait. Après cette bataille, l'une des plus sanglantes du front du Pacifique, l'homme poursuit sa vie dans sa propriété familiale mais est incontestablement changé par l'expérience. Le titre aborde comment les horreurs de la guerre façonne l'homme ordinaire et peut être traduite comme une critique de la représentation de la guerre dans les œuvres audiovisuelles, souvent bien loin de la réalité. Hood parle d'une chanson délicate à écrire, immortalisant une figure proche et une personne fondamentalement bonne .

Deuxième titre écrit par Isbell sur l’album, Danko / Manuel aborde l'histoire du groupe de roots rock The Band, influence notable des Drive-By Truckers. Isbell tente d'évoquer la disparition des musiciens Rick Danko et Richard Manuel à travers les yeux de Levon Helm, batteur du groupe, mais il juge vite le concept . Il écrit alors un texte introspectif sur la condition de musicien et la charge mentale des tournées, questionnant l'autodestruction et spéculant sur le potentiel non réalisé des deux artistes, qu'il pose sur une ballade.

The Dirty South présente une série de trois chansons, The Boys From Alabama, Cottonseed et The Buford Stick, articulées autour de . Shérif du comté de McNairy, dans le Tennessee, entre et , il est célèbre pour son combat contre la contrebande d'alcool, la corruption et la criminalité. Cette suite est abordé , cherchant à démystifier la légende de Pusser en offrant les points de vue d'hommes qui ont eu affaire à lui.

Le narrateur de The Boys From Alabama est un criminel en prison, vraisemblablement membre d'une bande tel que la . Il menace de représailles un jeune délinquant, emprisonné pour consommation de cannabis, si celui-ci venait à collaborer avec la police. Hood y mentionne le film Justice sauvage (1973), honorable biographie de Pusser, mais assume être plus intéressé par l'histoire des que par celle du shérif.

Sur Cottonseed, seul avec sa guitare, Cooley conte l'histoire d'un impitoyable chef du , en Alabama. Après tant d'années de crime, l'homme perçoit le fardeau de ses nombreuses victimes mais justifie leur meurtre par leur coopération avec Pusser, . Par le nombre de victimes équivalent dans les deux camps, il questionne également la mince frontière entre un criminel et un représentant de l'ordre. Cooley reste vague quant à l'identité du narrateur pour éviter des représailles de la part du vrai criminel dont l'histoire s'inspire.

Hood termine cette trilogie avec The Buford Stick, qui aborde le mythe de Pusser à travers les yeux d'un homme vilipendé par le shérif. Hood est ambigu sur l'innocence du narrateur, questionnant les pleins pouvoirs que Pusser s'est accordé au détriment notamment de la présomption d'innocence. L'homme a une dent contre Pusser, conspuant sa couverture médiatique et émettant une menace voilée à son encontre. Hood fait référence ici au décès de Pusser dans un accident de voiture, en , dont certains spéculent que le véhicule aurait été saboté par ses détracteurs.

Cooley signe une des chansons les plus positives de l'album avec Daddy's Cup. Il y raconte l'histoire d’un père qui insuffle à son fils sa passion de la course automobile, qui, en retour, s'efforce obstinément à ne pas le décevoir. Suite à un accident, l'homme renonce à son rêve de devenir pilote de course mais voit en son enfant une de graver son nom sur un trophée.

Sur Never Gonna Change, Isbell aborde la rude manière de vivre d'un homme du nord de l'Alabama. Têtu, le narrateur que ceux qui ont un mode de vie différent du sien, notamment les agences fédérales, lui infligerait. Isbell souligne ainsi la nature conflictuelle de la vie dans le Sud, fréquemment en dissonance avec les reste des États-Unis.

Le titre Lookout Mountain est déjà un incontournable des concerts, écrit et enregistré en par Hood et son ancien groupe, Adam’s House Cat. Dans ce nouvel enregistrement, d'une inédite, Hood envisage de se suicider en se jettant du plateau de , près de Chattanooga dans le Tennessee, pour échapper à ses créanciers. Il s'interroge sur qui héritera des maux qu'il a causé, conscient qu'ils ne disparaîtront pas avec lui.