Chamaa () est une municipalité du district de Tyre (Sour) dans le sud du Liban, à 25 kilomètres au sud-est de Tyr et environ 99 kilomètres au sud de Beyrouth.
Le village est connu pour son château perché sur une colline dominant la plaine côtière de Tyr et Naqoura.
Le quartier-général de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) secteur ouest, dirigée par le contingent italien, est basé à proximité.
Le site archéologique comme le village ont pour l’essentiel été détruits volontairement par l’armée israélienne en 2024 et depuisHussein Chaabane, « Lebanon’s Frontline Villages: 600 Days of Erasure», Legal Agenda, 2 septembre 2025..
Étymologie
D‘après E. H. Palmer, Kŭlảt Shemả signifie "le château de Shemả". Shemả signifie "cire", mais dérive plus probablement de Shimeon."Palmer, 1881, 51..
La translittération la plus précise du mot arabe signifiant "château" est Qala'at, mais on utilise aussi Kalat.
Le nom du village est souvent translittéré Chama en français, Shamaa ou Shama en anglais, Shama'a ou Chama'a pour se rapprocher au plus près de la prononciation arabe. Le nom provient d’un tombeau sur la colline principale que la tradition attribue à saint Pierre, appelé en arabe Shamoun al-Safa (aussi translittéré Chamoun ou Shimon al-Safa, de Simeon et Cephas (de l‘araméen Kepha, pierre ou roc). Selon la croyance chiite, saint Pierre est aussi l’ancêtre du 12 et dernier mahdi Muhammad al-Mahdi. Des milliers de pèlerins visitent le tombeau chaque année.
Histoire
À cause de son emplacement stratégique près de l’Échelle de Tyr et de la cité de Tyr, souvent assiégée, il est probable que la colline a été habitée depuis longtemps, peut-être dès l‘époque préhistorique.
Empire byzantin
Les vestiges préservés d’un village romano-byzantin village près du site archéologique de Tell Ermet semblent confirmer la tradition locale qui affirme que la colline servait de mausolée au . La découverte d’une mosaïque au sommet de la colline montre qu’elle était habitée sous l’Empire byzantin (395–640).
Période arabo-musulmane
Ce qui s‘est passé pour le village au moment de la conquête arabo-musulmane n‘est pas clair. Pendant le premier demi-millénaire de domination musulmane, la zone est d‘abord gouvernée par les Califes bien guidés, puis par Muʿawiya Ier, fondateur de la dynastie omeyyade, puis par le califat abbasides, le califat fatimide des chiites ismaéliens, puis par les Seldjoukides.
La date exacte de la construction du est inconnue, mais son minaret date du , autour des annnées 1090, peu après l‘arrivée des Croisés.
Des Croisés aux Mamelouks
En 1116, pendant la consolidation du royaume de Jérusalem après la Première Croisade, une armée construit une forteresse sur le site byzantin afin de protéger l‘accès à Tyr, la dernière ville de la région encore tenue par les musulmans. La ville de Tyr tombe ensuite aux mains des Croisés en 1124, après un siège de six mois qui conduit à la reddition négociée de Tughtekin. La forteresse de Chamas est appelée château de Scandalion, d‘après le nom de la région côtière d’Iskandarounah, dont le nom vient d’Alexandre le Grand.
On ne sait pas à quel point le château de Scandelion a été atteint par le et si il était encore sous la domination de la seigneurie de Tyr quand Jean de Montfort signa un traité avec le sultan mamelouk Baybars lui cédant la souveraineté sur des villages de la plaine côtière. De même, on ne sait pas ce qu‘il advint du château de Chamaa après la reddition de Tyr en 1291 devant l‘armée d’Al-Ashraf Khalil, qui ordonna la destructio des fortifications de la ville pour empêcher tout retour des Croisés. Comme Tyr, Chamaa est donc gouverné à partir d’Acre au sein de la Palestine, mais tombe dans l’obscurité.
Empire ottoman
Le Levant est conquis par les armées de l'Ottoman Sélim Ier en 1517, grâce à leur victoire sur les armées mameloukes à la bataille de Marj Dabiq, et annexé à l'Empire ottoman. Le Jabal Amel (actuellement dans le Liban du Sud) reste pratiquement à l’écart jusqu’à la fin du . Dans le defter (registre fiscal) de 1596, il est appelé Sam'a, village relevant de la nahié (sous-district) de Tibnine et de la liwa de Safed. Ce document recense 21 foyers, tous musulmans. Les villageois payaient un impôt à taux fixe de 25% sur leurs productions agricoles, dont le blé, l’orge, les fruits, les chèvres et les ruches, plus des taxes occasionnelles, pour un total de 1920 akçeHütteroth, Abdulfattah, 1977, 180.Selon Rhode, 1979, 6 , le defter en question ne date pas de 1595/6, mais de 1548/9..
Ernest Renan estime que le château est principalement construit au , mais l’historiographie moderne considère que Chamaa ne connait un regain qu‘au milieu du . À cette époque, le cheikh de la famille chiite El Assaad, qui domihait le Jabal Amel depuis trois siècles, établit une autonomie de facto sur la région et le château devient propriété de sa famille. Le château connait alors une période de travaux importante, confirmant ses rôles résidentiel et militaire. Un pressoir à olives est aussi installé à cette époque, les fondations étaient encore visibles avant 2024.
Cette période de prospérité s’achève au bout de trois décennies, en 1781, quand al-Nassar est tué au cours de sa lutte contre le gouverneur ottoman de Sidon, Djezzar Pacha, qui massacre les chiites. L’autonomie des chiites dans le Jabal Amel n’existe plus pendant un quart de siècle. D’après les sources arabes, Djezzar Pacha ordonne à son lieutenant Salim Pasha al-Kabir de démolir le château de Chamaa comme de nombreuses autres fortifications d’al-Nassar.
En 1875, Victor Guérin visite le village et note : Guérin, 1880, 128-129..
En 1881, le rapport du Palestine Exploration Fund décrit Kulat Shema comme un château de construction moderne, situé sur une colline conique très haute et visible de loin, et habité par une quarantaine de musulmansConder, Kitchener, 1881, SWP I, 151..
Quand Louis Lortet visite Chamaa à la même époque, il ne peut trouver aucune information sur l’histoire de la forteresse, qui reste dans l’obscurité jusqu’à la fin du .
De 1920 à 1946, le Liban est administré par la France dans le cadre du Mandat français en Syrie et au Liban. Le Liban accède ensuite à l’indépendance.
Lors de l’Invasion israélienne du Liban de 1982 et l’occupation qui a suivi, le château de Chamaa devient apparemment une base militaire de l’armée israélienne, qui est accusé d’avoir démoli les structures intérieures du fort. En 1992, les forces israéliennes détruisent au bulldozer le pont permettant d’accéder à la citadelle"The historic Shamaa Castle in Southern Lebanon...." Reuters, December 19 2014 . Fin 1997, des attaques de guérilla du Mouvement Amal et du Hezbollah visent les forces israéliennes et leurs supplétifs de l’armée du Liban-Sud à Chamaa.
et destruction du village
Lors de l’invasion israélienne de 2006, 21 civils de Marouahine, pour la plupart des enfants, sont tués près de Chamaa par des tirs de la Marine israélienne suivis par une attaque d’hélicoptères sur leur convoi alors qu’ils évacuaient la zone sur ordre israélien. Les équipes médicales de la FINUL sont elles aussi la cible de tirs pendant leur intervention.
En juillet 2006, la citadelle est bombardée par Israël : elle est détruite à environ 80 %, dont sa tour principale. Après la guerre, la restauration du sanctuaire de Shamoun est financée par un du Qatar et un projet de restauration de la citadelle, financé par un don de du gouvernement italie, débute en 2017"Chamaa Citadel Preservation Concept" .
En juillet 2007, un soldat français de la FINUL est tué près de Chamaa par une munition non-explosée de la guerre de 2006 alors qu’il tentait de la désamorcer.
En 2015, l‘armée italienne déploie autour de son quartier-général ouest à Chamaa un contingent d‘environ 1100 hommes et femmes avec les contingents de 11 pays pour un total de 3500.
Abdel-Qader Safieddine était le maire de Chamaa ; Safieddine est le nom le plus commun des épitaphes du cimetière proche du mausolée de Shamoun Al-Safa.
En réponse à l’Invasion israélienne du Liban en 2024, l’UNESCO accorde une protection renforcée à 34 sites culturels du Liban dont la citadelle de Chamaa pour les sauvegarder des dommages infligés par Israël (voir ). Pendant l’invasion, l’archéologue israélien Zhabo Erlich et un soldat israélien sont tués au cours d‘un combat avec le Hezbollah. Le chef d’état-major de la brigade Golani est aussi blessé . Cet archéologue était un colon des colonies israéliennes en Cisjordanie. L’armée israélienne venait d’installer une position d’artillerie au château de Chamaa« Un vieux « chercheur » israélien entré sur le territoire libanais sans autorisation a été tué par le Hezbollah », Tunisie Focus, 22 novembre 2024.. Le 31 décembre 2024, une colonne de l’armée libanaise et de la FINUL entre dans Chamaa.
La destruction, non seulement du château, mais aussi des autres monuments historiques, de la mosquée, des habitations civiles et des infrastructures civiles, est documentée par l’ONG Legal Agenda en septembre 2025. Les éléments encore partiellement debout sont dynamités par l’armée israélienne le mai 2026« Israël détruit un couvent et une école à Yaroun, dynamite une zone proche de la citadelle de Chamaa », L‘Orient-Le Jour, 1er mai 2026..
En 2025, le ministre libanais de la Culture fait appel à l’UNESCO à propos de la destruction totale par des bulldozers militaires israéliens, malgré la protection du plus aut niveau accordée par l’institution onusienne, en violation de la Convention de la Haye de 1954Sarvy Geranpayeh, "Lebanon appeals to Unesco to intervene amid fears protected citadel has been destroyed", The Arts Newspaper, 17 April 2026 .
Démographie
Il n’y a pas eu de recensement officiel au Liban depuis 1932.
En 2014, les musulmans représentaient 99,16 % des électeurs inscrits de Chamaa. 94,97% des électeurs étaient chiites.
Galeries
Le maqam Shamoun Al Safa
Le château
Notes
Bibliographie
Liens externes Chamaa, Localiban Survey of Western Palestine, Map 3: IAA , Wikimedia commons
Catégorie:Tourisme au Liban Catégorie:Fortification des croisades Catégorie:Site archéologique au Liban Catégorie:Conflit israélo-libanais Catégorie:Mission des Nations unies Catégorie:Relations entre le Liban et l'Organisation des Nations unies Catégorie:Localité libanaise détruite par Israël Catégorie:Conflit entre Israël et le Hezbollah de 2023-2024 Catégorie:Occupation israélienne du Sud-Liban (XXIe siècle)