Lintroït () (prononcé avec t final) est une antienne, dite ou chantée en chant grégorien (donc en latin) et par laquelle débute la messe. Sa fonction la réserve à la procession d'entrée. Première des pièces qui composent le propre de la messe, ses différentes formes (en général tirées d’un psaume et très ornées) se trouvent normalement dans le graduel romain. Il s'agit donc d'un chant caractéristique et important dans le rite romain, créé vers le auprès de l'Église en Occident, à Rome.

Il existe de nombreuses œuvres en polyphonie, sur ce texte, qui reprennent parfois son motif mélodique d'origine.

Terme Historique Si des documents indiquent l'existence d'un chant liturgique d'entrée, au dans l'Église en Occident, à la suite de la création de la schola cantorum, il n'existe pas encore sous ce nom. En effet à cette époque-là, ce chant se compose principalement d'un psaume entier. Son appellation reste le psaume.

Le terme introït est établi plus tardivement. De plus, durant plusieurs siècles à Rome, on parle habituellement de la formule antiphona ad introïtum' (Antienne d'Introït), et non d'un seul mot (sacramentaire de Grégoire I (), Ordo Romanus primus (vers )).

Les Eclogæ de officio Missæ, parfois attribuées à Amalaire de Metz († 850), emploient le terme Introitus : .

Comme terme français, le premier emploi apparaît à la fin du (ou début du ). Il s'agit de l'emploi 'Li introïte de la messe, trouvé dans le folio 10v du manuscrit 535, auprès de la Bibliothèque municipale de Metz.. Il semble que l'usage du terme introït soit d'abord lié au chant grégorien.

Premier mot d'introït Par ailleurs, littérairement, le premier mot de quelques introïts exprime et introduit directement le sujet de la célébration : Requiem : messe des défunts ; Puer : Noël ; Quasi modo : Quasimodo (fête) ; Lætare : quatrième dimanche de Carême ; Gaudete : troisième dimanche de l'Avent.

D'autres mots signifiant le chant d'entrée Dans le rite gallican, ce chant s'appelle Antiphona ad prælegendum tandis que le rite ambrosien utilise Ingressa. L'usage du terme Oficium se trouve non seulement dans le rite mozarabe mais aussi auprès de plusieurs ordres, tels les Cartusiens, Dominicains, Carmeshttp://www.catholic.com/encyclopedia/introit.

Comme le rite byzantin n'a ni procession d'entrée ni ce chant liturgique, il n'y a pas d'équivalent en grec.

Histoire Origine

À partir du , surtout aux V et VI siècles, avec la création de la schola cantorum, le répertoire du chant a considérablement évolué. À la base de la psalmodie, un genre de chant fonctionnel, chanté par cette schola, apparaît en faveur de la procession solennelle d'entrée du célébrant et de ses ministres, afin de préciser le ton du jour ou de la fêteDaniel Saulnier, Le chant grégorien, p. 77 - 79, 2003.

La tradition attribue parfois le commencement de l'introït dans la messe au pape Célestin I († 432). Cela est possible, car, avant son élection, il passa un certain temps auprès de saint Ambroise de Milan, qui avait importé la schola de l'église d'Orient. Ainsi Célestin I a-t-il pu importer à Rome, non seulement la schola mais aussi l'introït. Encore faut-il retrouver un document sûr, pour que cette hypothèse soit confirmée. Ce qui est certain jusqu'ici, c'est, d'après le Liber Pontificalis qui a été écrit tardivement, que ce souverain pontife a ordonné que le psaume de David soit chanté par tous (à savoir, toute l'Assemblée) avant le sacrifice et en manière d'antienne (en alternance) : « ut psalmi David CL ante sacrificium psalli antephanatim ex omnibus » . Faute de manuscrits de notation, les renseignements sont trop faibles pour que l'on puisse conclure qu'il s'agit exactement de l'introïthttps://archive.org/stream/duchesne01/duchesne1#page/n521/mode/2up note n° 1.

C'est la raison pour laquelle certains spécialistes tel F. Probst en attribuaient l'introduction au pape Gélase I († 496), plus tard.

D'ailleurs, l'ancienneté de l'introït dans le rite se trouve certainement dans quelques textes. Ce sont des textes en vieux-latin, avant d'être remplacés par la vulgate. Ainsi, celui de l'introït Puer natus est (au-dessous) ne correspond pas à celui de la vulgate (Is IX, 6 : Puer natus est nobis ≠ Parvulus enim natus est nobis). Étant donné que, pour le chant grégorien profondément lié au texte, le remplacement de mots provoque automatiquement une modification de mélodie, ces introïts restent en usage jusqu'ici sans aucune modification..

Réforme de saint Grégoire Il est assez probable qu'un certain nombre d'introïts furent ajoutés dans le répertoire du rite romain, sous le pontificat de saint Grégoire I et lors de sa réforme liturgique.. Théoriquement, l'introït Ad te levavi remonte donc au . Cependant, il est vraiment difficile à reconnaître le répertoire avec certitude selon les manuscrits utilisés, car il ne reste aucun livre de chant du Vatican avant le , sauf cinq manuscrits du chant vieux-romain, tardivement copiés. Les anciens livres auraient été détruits, lorsque le Saint-Siège adopta le chant grégorien au début du . Donc, il faut consulter les sacramentaires, qui manquent de textes de chœur.

Dans le sacramentaire du pape Grégoire, ce chant d'entrée s'appelait Antiphona ad introitum. À savoir, l'antienne était certainement suivie d'un psaume., un psaume tout entier. Aussitôt le psaume terminé, l'antienne était de nouveau chantée. Lors de la procession, la psalmodie était d'où principale, car le sacramentaire gélasien, plus ancien, indiquait non psallitur, si l'on ne chantait pas l'introït, par exemple le Jeudi saint omettant la procession..

L' Ordo Romanus primus, le premier Ordo achevé vers ou probablement plus tôt est un témoignage important. Ce document papal précisait la manière de la célébration de la messe au sein du Vatican, en détail, selon laquelle le chœur (composé de la schola masculine et des enfants de chœur) commençait immédiatement le chant d'entrée, une fois la préparation achevée : « Et mox incipit prior scholæ antiphonam ad introitum ; » . Mais, il est vraiment remarquable qu'avant le chant, l'exécutant fût précisé de la manière de la liturgie, avec le dialogue entre le pape et la schola :Pape : Schola.Schola : Adsum (Je suis présente).Pape : Quis psallet ? (Qui est ce qui va chanter le psaume ?)Schola : Ille, et ille (Celui qui concerne, et celui qui concerne).

Chant vieux-romain et chant grégorien thumb|upright=1.2|Puer natus est en grégorien. thumb|upright=1.2|Puer natus est dans le manuscrit Einsiedeln 121 dont le copiste écrivait un pes carré pour le terme Puer. Les manuscrits anciens assurent indiscutablement l'authenticité de l'introït, issue du rite romain, et non de la liturgie locale. Parmi eux, le dit Graduel de Sainte-Cécile du Trastevere demeure le plus important. Certes, celui-ci ne fut copié qu'en 1071, en profitant de l'invention de la notation en quatre ligne de Guy d'Arezzo (vers 1030). Mais, il s'agit de l'un de cinq précieux manuscrits du chant vieux-romain, chant papal et officiel du Saint-Siège depuis, vraisemblablement, le IV ou . Tout comme le graduel en grégorien, ce livre de chant se commence avec l'introït Ad te levavi en faveur de la célébration du premier dimanche de l'Avent : Graduel de Sainte-Cécile du Transtevere (1071), folio 1r : La notation manque de premiers mots de texte Ad te levavi. Cela signifie exactement que ces trois termes étaient récités ou chantés par le célébrant auprès du Vatican, comme les Gloria et Credo en grégorien.

Les introïts du chant grégorien aussi furent composés avant l'invention des neumes. Il est évident que la priorité de composition était donnée non seulement aux pièces de l'ordinaire de la messe mais également aux proses tel l'introït. Certains introïts grégoriens se trouvent en effet dans l'Antiphonaire du Mont-Blandin, actuellement conservé à la Bibliothèque royale de Belgique. Ce manuscrit, sans notation, fut copié vers 800. Ainsi, le folio 11a contient l'introït Puer natus est nobis. tandis que celui de Gaudete in Domino se trouve dans le folio 4.. Ces deux introïts se trouvent également dans cinq manuscrits parmi six dans l'Antiphonale missarum sextuplex, publié en 1935 par Dom René-Jean Hesbert. Il s'agit de manuscrits les plus anciens manquant de notation. Leurs mélodies peuvent être rétablies grâce au, par exemple, manuscrit Laon 239, graduel avec neumes le plus ancien et copié au .

Il faut remarquer que leur composition fut effectuée sous influence de la Renaissance carolingienne, un grand mouvement culturel soutenu par Charlemagne. En conséquence, la qualité des introïts grégoriens demeure exceptionnelle. Les œuvres furent soigneusement composées non seulement dans le contexte musical mais aussi théologiquement. Il suffit de mentionner les premières notes de Puer natus est. Il faut beaucoup d'articulations raffinées pour ce morceau, selon cette notation.

Le terme puer, signifiant enfant, présente déjà le sujet de cet introït. À ce terme si important, le compositeur attribuait deux notes, sol et ré. Elles ne sont autres que les deux tons principaux du septième mode, plus précisément la note finale et la teneur. En bref, la couleur de cette pièce est présentée et fixée avec ce premier élan. De plus, le compositeur carolingien demandait aux membres de chœur de chanter soigneusement ces deux notes : le copiste écrivait un pes carré (pes quadratus fichier:Pes quadratus.png) qui indique deux notes importantes et longues. Donc, il ne faut pas chanter légèrement cet élan ; au contraire, il faut beaucoup de soin.

Il est admirable que le copiste du manuscrit Einsiedeln 121 ajoutât encore deux lettres significatives à toutes ces deux notes (notation à droite), l et m, qui signifient levate (élévation) et mediocriter (médiocrement) . L'expression y était effectivement précisée.

Révision de la structure Au milieu du Moyen Âge, une modification importante de composition fut tenue. La création de l'introït grégorien coïncidait avec ce remaniement de texte tandis que le manuscrit du chant-vieux romain aussi suivait ce remaniement, probablement plus adapté à la liturgie.

Le psaume, entièrement chanté auparavant, était désormais tranché en plusieurs versets, et même réduit jusqu'à un seul. En conséquence, la totalité de texte fut perdue. L'exécution est d'ailleurs effectuée, jusqu'à nos jours, en alternance, entre l'antienne et les versets.

Mais il faut remarquer qu'à la suite de cette modification de texte, devenu plus court, l'introït grégorien devint plus artistique. Toujours réservé au chœur, le verset psalmodique grégorien était légèrement orné, comme son antienne. Surtout, les courbes mélodiques n'étaient plus modelées simplement sur un ou deux accents quelconques, lorsqu'elles se développaient aux finales des versets. Celles-ci profitaient en effet du cursus planus. formé de deux paroxytons, dont le second est un trisyllabe. Ce cursus présente la disposition la plus simple et harmonieuse que l'on puisse trouver dans les clausules latines<ref>Eugène Cardine, Vue d'ensemble sur le chant grégorien, p. 10, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2003</ref>.

À la Renaissance Alors que les compositeurs carolingiens, si brillants, étaient capables de transformer totalement le rite romain en musique, à savoir en grégorien, leurs successeurs ne voulaient pas moderniser ce vaste répertoire d'introït. Ils se contentaient de composer un grand nombre de pièces de l'ordinaire de la messe en polyphonie comme le Kyrie.

Par conséquent, l'exécution de l'introït demeurait en grégorien, ou en plain-chant. Afin d'améliorer la solennité de chant, on inventa nonobstant le faux-bourdon. Cette manière était adoptée par le dit cérémonial de Clément VIII publié en 1600.

À partir du