vignette|Jupiter et Junon enlacés, dessin, Jean François Bosio, Rijksmuseum Le mariage entre frères et sœurs est un type de mariage consanguin au sein d'une fratrie. Les époux peuvent avoir un ou deux de leurs parents en commun. Il s'agit d'une forme extrême et rare d'endogamie. Ce type de mariage est généralement interdit dans le monde entier, même dans les pays où l'inceste, relation sexuelle entre parents proches, n'est pas puni par la loi. Une exception est la Suède, où les demi-frères/sœurs peuvent se marier après autorisation officielle, bien que l'inceste entre frères et sœurs complets reste interdit. Le mariage ou les relations sexuelles entre un frère et sa sœur ont été considérés comme un tabou par la plupart des peuples depuis le début de l'histoire connue. Il existe cependant un certain nombre d'exceptions, qui s'opposent à la notion d'anthropologie selon laquelle l'inceste est une interdiction fondamentale de toutes les sociétés humaines.

Le mariage entre frères et sœurs a été pratiqué dans certaines cultures antiques au sein de la famille royale, parfois comme coutume religieuse. Dans l'Égypte romaine, il a aussi été répandu parmi la population. Dans l'Athènes classique, les demi-frères et demi-sœurs pouvaient se marier s'ils n'avaient pas la même mère. À partir du Moyen Âge, les mariages entre frères et sœurs, comme tous les mariages consanguins, sont fortement réprimés sous l'influence de l'Église.

Les mariages entre frères et sœurs apparaissent dans plusieurs mythologies : par exemple, le mariage entre Zeus (Jupiter) et Héra (Junon), entre Osiris et Isis ou entre Izanagi et Izanami.

Proche orient

Hittites Chez les Hittites, au , le mariage entre frères et sœurs était strictement interdit sous peine de mort. Sur la base d'un traité conclu entre le roi hittite et son beau-frère Hukkana, roi de Hayasa, on pensait lire que les sœurs étaient considérées comme des candidates valides pour un mariage dans cette région du Nord-Ouest de l'Anatolie, coutume qui aurait été considérée comme barbare par les HittitesHeinrich Otten: Sororat im Alten Kleinasien? In: Saeculum 21, 1970, pp. 162–165.. Des recherches plus récentes montrent cependant que cette interprétation est erronée et que le texte ne concerne en fait pas l'inceste en HayasaJörg Klinger: Fremde und Außenseiter in Ḫatti. In: Volkert Haas (Hrsg.): Außenseiter und Randgruppen, Konstanz 1992, pp. 187–212.

Certains chercheurs ont aussi avancé que l'interdiction de l'inceste n'était parfois pas respectée parmi la famille royale hittite. Sur un sceau, le roi se décrit comme le fils de son prédécesseur , tandis que sa femme Asmunikal est décrite comme la fille de ce même TudhaliyaHeinrich Otten: Geschwisterehe in Ḫatti. In: Reallexikon der Assyriologie und Vorderasiatischen Archäologie, Bd. 3, Berlin 1957–1971, p. 231.. Aujourd'hui cependant, l'on pense qu'Arnuwanda n'était que le beau-fils de Tudhaliya, possiblement adopté pour pouvoir se désigner comme son filsRichard H. Beal: Studies in Hittite History. In: Journal of Cuneiform Studies 35, 1983, pp. 115–126, ici : 115–119; Gernot Wilhelm: Tutḫalija. In: Reallexikon der Assyriologie und Vorderasiatischen Archäologie, Bd. 14, Berlin 2014–2016, pp. 224–227, ici : 226..

Élam Le mariage entre frères et sœurs aurait été pratiqué dans l'empire d'Élam. Il n'existe cependant aucune preuve directe, seulement le fait que les successeurs au trône sont parfois désignés comme « fils de la sœur » du dirigeant précédent. Le terme « épouse-sœur » est aussi parfois utilisé pour décrire les reinesViktor Korošec: Keilschriftrecht. In: Orientalisches Recht (= Handbuch der Orientalistik, Abteilung 1, Ergänzungsband 3), Leiden/Köln 1964, pp. 49–219, ici : 137; Walther Hinz: Das Reich Elam, Stuttgart 1964, p. 76.. Ces expressions ne sont toutefois pas une preuve formelle de mariages des rois avec leurs sœurs. Les épouses exogames auraient pu être intégrés à la famille royale en tant que « sœurs » du dirigeant et même obtenir ce statut légalFriedrich Wilhelm König: Geschwisterehe in Elam. In: Reallexikon der Assyriologie und Vorderasiatischen Archäologie, Bd. 3, Berlin 1957–1971, pp. 224–231..

Égypte antique Le mythe d'Osiris, récit central de la mythologie égyptienne, raconte que le dieu bienveillant Osiris épouse sa sœur Isis. Parallèlement, le dieu malveillant Seth, frère d'Osiris épouse également sa sœur Nephtys.

Suivant l'exemple d'Osiris, plusieurs pharaons choisirent de se marier avec leurs sœurs. La pratique ne semble toutefois pas avoir été répandue parmi la population générale. Il était courant que les couples s'appellent par « mon frère » ou « ma sœur » pour exprimer leur familiarité, mais cela ne faisait pas référence à de réels liens du sang. Un véritable mariage entre frères et sœurs est documenté dans la famille d'un commandant de mercenaires libyens durant la ; la pratique existait donc aussi chez les étrangersSchafik Allam: Geschwisterehe. In: Lexikon der Ägyptologie, Bd. 2, Wiesbaden 1977, pp. 568–570.

Judaïsme gauche|vignette|Abraham et sa femme et demi-sœur Sarah, James Tissot, entre 1896 et 1902

Plusieurs passages du Tanakh décrivent une époque archaïque où les mariages entre demi-frères et sœurs de mères différentes étaient autorisés. Le livre de la Genèse rapporte qu'Abraham aurait décrit sa femme Sarah comme sa sœur : « De plus, il est vrai qu'elle est ma sœur, fille de mon père; seulement, elle n'est pas fille de ma mère, et elle est devenue ma femme ». L'histoire du viol de Tamar par son demi-frère Amnon (2 Samuel 13), est un élément de description de la situation au début de la période royale. Le roi David, père des deux protagonistes, est certes furieux, mais il ne fait rien. De plus, Tamar tente de dissuader Amnon en lui disant que le roi ne s'opposerait pas à ce qu'elle soit à lui, si il lui demandait.

, le point de vue hébraïque sur les mariages entre frères et sœurs change drastiquement, et ils ne sont plus tolérés. Le Deutéronome écrit : « Maudit soit celui qui couche avec sa sœur, fille de son père ou fille de sa mère! ». Les lois de sainteté, , condamnent les relations entre frères et sœurs, en incluant explicitement les demi-frères/sœurs, à la peine de mort (Lévitique 18:9, 18:11). Au début de l'empire romain, le philosophe juif Philon d'Alexandrie commente et défend l'interdiction de l'inceste du Lévitique et les considère non comme une spécificité hébraïque, mais comme un principe à valeur universelle, faisant partie des bonnes mœurs. Il critique en même temps la tendance grecque et égyptienne au mariage entre parents prochesKlaus Thraede: Blutschande (Inzest). In: Reallexikon für Antike und Christentum, Supplement-Lieferung 9, Stuttgart 2002, pp. 37–85, ici : 51.

Lydie La dynastie lydienne des Mermnad a pratiqué les mariages entre frères et sœurs au Le roi Sadyattès épouse sa sœur. Seul le fils issu de cette union, , possède un droit de succession. Les enfants issus des autres femmes de Sadyattès sont en effet considérés comme bâtards. Alyatte II épouse à son tour sa sœur.

Empire perse La dynastie perse des Achéménides connait plusieurs mariages entre demi-frères et sœurs. Selon Hérodote, le roi des rois (mort en 522 av. J.-C.) aurait demandé à ses juristes s'il était autorisé de marier entre frères et sœurs. Lorsque ceux-ci lui répondirent par la positive, il réalisa son souhait en épousant ses demi-sœurs Atossa et Roxane, filles de son père Cyrus le Grand. Le roi Darius II (r. 423-404 av. J.-C.) épouse également sa demi-sœur Parysatis, fille de son père . Le dernier roi achéménide, Darius III, se maria avec sa sœur Stateira, bien que l'on ne sache pas s'ils avaient un ou deux parents en commun.

Parmi les satrapes de Carie, le mariage entre frères et sœurs a été pratiqué au . Mausole (r. 377-353 av. J.-C.) épouse sa sœur Artémise II, qui lui succède à sa mort et règne seule pendant deux ans. Le frère de Mausole, Idrieus, lui aussi marié à sa sœur Ada, prend ensuite le pouvoir.

Monde grec

Grèce archaïque et classique Dans la Grèce archaïque et classique, le mariage entre frères et sœurs complets était interdit et considéré comme barbareWalter Erdmann: Die Ehe im alten Griechenland, Munich 1934, p. 185; Klaus Thraede: Blutschande (Inzest). In: Reallexikon für Antike und Christentum, Supplement-Lieferung 9, Stuttgart 2002, pp. 37–85, ici : 53. La noblesse exhibe toutefois une tendance générale au mariage entre parents, préférés aux étrangers. À Athènes, le mariage entre demi-frères et demi-sœurs de la même mère (homomḗtrioi) aurait été interdit, mais ceux de même père (homopátrioi) auraient été autorisés à se marierEvangelos Karabélias: Inceste, mariage et stratégies matrimoniales dans l’Athènes classique. In: Gerhard Thür (dir.): Symposion 1985. Vorträge zur griechischen und hellenistischen Rechtsgeschichte, Cologne/Vienne 1989, pp. 233–251, ici : 241. Cette règle remonterait à une loi mise en place par Solon. La littérature académique remet cependant en cause l'existence d'une telle loi et fait plutôt reposer la pratique sur une simple norme sociale sans base légaleKlaus Thraede: Blutschande (Inzest). In: Reallexikon für Antike und Christentum, Supplement-Lieferung 9, Stuttgart 2002, pp. 37–85, ici : 53. Il existe plusieurs témoignages de mariages entre enfants du même père à AthènesWalter Erdmann: Die Ehe im alten Griechenland, Munich 1934, pp. 180–185.. En Sicile, le tyran de Syracuse Denys l'Ancien marie son fils Denys le Jeune à sa demi-sœur Sophrosyne.

Hellénisme Le monde hellénistique connaît une tendance aux mariages entre parents proches, tels que oncle et nièce ou entre cousins. Dans certains États, le couple royal était aussi frère et sœur, particulièrement en Égypte. Les raisons de ces mariages sont obscures et multiples. Un motif possible aurait été d'éviter les influences étrangères et les prétendants au trône. En Égypte, l'antique tradition pharaonique aurait aussi pu influencer ce choix, tout comme la tradition d'endogamie royale en Perse. Un autre facteur est la divinisation du dirigeant alors que celui-ci est encore vivant. La distance ainsi placée entre la famille royale divinisée et les sujets introduit la nécessité de conserver une lignée pure en évitant les mariages exogames.

Premiers ptolémaïques

vignette|Camée représentant Ptolémée II et Arsinoé II, époux et frère et sœur. Chez les Grecs, les premiers mariages connus entre frères et sœurs complets apparaissent dans la dynastie lagide, diadoques d'Égypte. Ptolémée II, fils du général d'Alexandre et fondateur de la dynastie et de sa femme , épouse en 278 av. J.-C. sa sœur Arsinoé II, de huit ans son aînée. Celle-ci était précédemment mariée à son demi-frère Ptolémée Kéraunos, roi de Macédoine et fils de d'une autre femme. Les Égyptiens considérant Ptolémée II comme un pharaon, il est possible que son mariage avec sa sœur lui confère une légitimité parmi la population autochtone. Ce mariage contrevenait cependant aux règles de décence grecques de l'époque, ce que le poète contemporain Sotadès critiqua dans ses œuvres. Pour cet affront, il aurait été noyé. Plusieurs siècles plus tard, l'historien Memnon d'Héraclée et le géographe Pausanias écriront leur condamnation de cette violation des coutumes macédoniennes. Ces sources expriment cependant un point de vue anti-ptolémaïque et critiquent la dynastie dans son ensemble comme perverse, et non seulement leur pratique de l'incesteLucia Criscuolo, Philadelphos nella dinastia lagide. In: Aegyptus 70, 1990, pp. 89–96.