Morbidezza est un terme italien signifiant « douceur, souplesse, délicatesse » utilisé dans le domaine de la musique vocale et de l'art lyrique pour qualifier le chant et la voix de cantatrices et chanteurs d'opéra dans l'art du bel canto.

Dans le domaine de la musique instrumentale, con morbidezza est une indication portée sur une partition par le compositeur pour préciser le caractère que les interprètes doivent donner à l'œuvre.

Terminologie « Morbidezza » vient de l'adjectif italien morbido, qui se traduit par « moelleux, mou, soyeux, doux » lorsqu'il s'applique à des matériaux, des objets, des étoffes, des pâtisseries, ou aussi par « délicat, tendre » pour qualifier un sentiment ou une atmosphère. Il a donc une signification très différente de son faux-ami français « morbide », qui se rapporte à la maladie, ou évoque un caractère excessivement tourné vers la mort, malsain ou pervers. L'adverbe « morbidamente », à ne pas assimiler à « morbidement », se traduit par « doucement », « délicatement, mollement ».

Déjà utilisé par Diderot en 1771, le terme français « morbidesse », que Louis-Sébastien Mercier, dans son dictionnaire de néologismes de 1801, définissait par « suavité, douceur, délicatesse », est devenu assez courant dans la deuxième moitié du . En raison de son analogie avec « morbidité »Une définition lexicale de morbidesse () rappelle qu'elle ne se confond pas avec morbidité, dérivé de morbide uniquement pour le domaine médical., l'étymologie populaire et le décadentisme fin-de-siècleDans l'article « Silhouettes qui passaient… » (Le Musée, revue d'art mensuelle, vol. IV, 1907, 71), Georges Toudouze inscrit la morbidesse de la jouissance de l'art dans la décadence. Morbidezza est aussi le titre d'un recueil de poèmes de Maurice Rostand. ont ajouté à morbidesse les notions de maladie et de mélancolie, ou de caractère efféminé, ou encore malsain, dépravé, qui sont venues un temps contaminer la définition musicale de morbidezza« Con morbidezza : avec une mollesse efféminée. Indique une exécution d'une délicatesse excessive et empreinte d'un caractère plein d'abandon maladif, mélancolique », .

« Morbidesse » étant tombé en désuétude, c'est le terme italien « morbidezza » avec son sens de « douceur » et « souplesse » qui est désormais employé par les lexicologues, les lexicographes, les musicographes, les chroniqueurs et les critiques musicaux spécialisés dans le domaine de l'opéra, en France comme dans le reste du monde occidental.

vignette|redresse=0.55|Montserrat Caballé, 1969 Opéra

Le chant sur le souffle« Chant soutenu, constamment connecté au souffle », , la souplesse de la ligne de chant, le legato, l'homogénéité du timbre sur l'ensemble de la tessiture, les nuances de colorations et de dynamique sont les éléments constitutifs de la morbidezza, ceux qui lui confèrent son charme expressif. Pour Alain Duault, .

Ce sont les rôles de soprano lyrique, mezzo-soprano lyrique, ténor lyrique léger et tenore di grazia qui sont les plus aptes à faire valoir cette morbidezza. Elle est perçue comme un idéal de beauté vocale, mais sans aucunement être essentielle pour l'expressivité. Beaucoup d'interprètes illustres, tels Maria Callas ou Franco Corelli, ne la possédaient pas, ou ne la recherchaient pas. Dans le passé, Tito Schipa, Benjamino Gigli, Renata Tebaldi, Carlo Bergonzi, Alfredo Kraus, Montserrat Caballé, Luciano Pavarotti et Mirella Freni ont été particulièrement admirés pour la morbidezza de leur chant et de leur voix. Au , Juan Diego Flórez est également loué pour cette qualité. C'est dans le répertoire de l'opéra italien que cette morbidezza trouve son terrain d'élection, particulièrement dans le bel canto, avec les œuvres de Rossini, Bellini et Donizetti, et aussi de Mozart, Verdi ou Puccini.

Musique orchestrale et instrumentale

Ainsi que le rapporte le dictionnaire Littré, le qualificatif de « morbidesse printanière » est donné en 1863 par Paul Scudo à la mélodie de la Barcarolle du deuxième acte du grand opéra La Muette de Portici d'Auber.

L'inscription « con morbidezza » se retrouve à partir du en tête de partitions où le compositeur indique le caractère qui devrait être donné à l'interprétation, sans autre précision qu'une éventuelle mention de rubato. Les rares définitions de « con morbidezza » emploient les termes de mollesse, flexibilité, grâce alanguie, nonchalance, abandon. Les œuvres concernées sont des pièces courtes et de tempo lent, le plus souvent en mesure ternaire, 3/4 ou 6/8, comme l'était déjà la barcarolle d'Auber de 1828 : « Lent (molto rubato con morbidezza) », La Plus que lente L. 121 pour piano de Claude Debussy (1910) ; il en existe plusieurs arrangements ; « Andantino con morbidezza (quasi valtzer lento) », troisième variation de Thème et variations opus 80 pour flûte et quatuor à cordes d'Amy Beach (1916) ; « Morbidezza », troisième mouvement de la Suite florentine pour violon et piano de Charles-Marie Widor (1919) ; il existe un arrangement pour flûte et piano par Rien de Reede ; Baião (Con morbidezza), deuxième mouvement de Huit danses exotiques pour deux pianos (1957), de Cinq danses exotiques (son arrangement pour saxophone et piano, 1961), ou de Huit danses exotiques (son arrangement pour ensemble à vent et percussions, 1981) de Jean Françaix.

Articles connexes Morbidezza (peinture)

Notes et références Notes

Références

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