Šefka Hodžić (née en 1943 – destin inconnu) est une criminelle yougoslave d'origine bosniaque, née dans le village de Jusići, près de Zvornik, en Bosnie-Herzégovine. Elle est condamnée à mort en 1970 pour le meurtre violent d'une femme enceinte, avant que sa peine ne soit commuée en 20 ans de prison.
La brutalité du crime lui vaut le surnom de « panthère de Kamenjača », et l'affaire est largement médiatisée en Yougoslavie et dans une moindre mesure, à l'étranger.
Contexte personnel En 1960, à l'âge de 17 ans, Šefka Hodžić épouse Nedžib Hodžić, un ouvrier du bâtiment. Le couple vit dans des conditions modestes dans le village isolé de Jusići, alors dépourvu d'infrastructures modernes comme l'électricité ou des routes. Après plusieurs années de mariage, leur relation se dégrade. Šefka ne parvient pas à avoir d'enfant, ce qui, dans le contexte social local, entraîne une forte stigmatisation. Elle est régulièrement insultée et marginalisée par son entourage, malgré le fait qu'elle soit considérée comme relativement instruite pour son milieu. Cette situation affecte profondément le couple. Son mari sombre dans l'alcoolisme et devient violent. Des disputes fréquentes éclatent, et Šefka est à plusieurs reprises chassée du domicile conjugal.
Rejetée également par sa propre famille en raison de sa stérilité, elle se retrouve isolée et sans soutien. Selon certaines sources, elle aurait tenté de se suicider. Sous la pression sociale et familiale, elle décide de simuler une grossesse en rembourrant ses vêtements pendant plusieurs mois, afin de faire croire à son entourage qu'elle attend un enfant.
Préméditation La simulation de grossesse, prolongée sur plusieurs mois, est considérée par certains comme un indice de préméditation. À l'approche du terme supposé, Šefka Hodžić se retrouve confrontée à l'impossibilité de maintenir la supercherie. Parallèlement, une de ses connaissance proche, Alija Hasanović, est enceinte et doit accoucher début octobre 1969.
Meurtre Le 6 octobre 1969, à l'occasion d'une fête locale, Šefka Hodžić attire Alija Hasanović, âgée de 26 ans et enceinte de neuf mois, à l'extérieur du village. Elle lui tire dessus à 3 reprises dans le dos avant de lui ouvrir l'abdomen et d'en extraire l'enfant. Le même soir, Alija ne rentre pas chez elle, ce qui déclenche des recherches. Presque simultanément, Šefka annonce avoir accouché. Des habitantes du village accourent chez elle et découvrent un nourrisson, qui décède peu après. Le lendemain, le corps d'Alija Hasanović est retrouvé dans un champ, mutilé, l'abdomen ouvert et l'enfant disparu. L'enfant, extrait du ventre de sa mère, meurt peu après sa naissance.
Enquête Face à un crime jugé sans précédent, les enquêteurs s'appuient sur l'analyse médico-légale. Le pathologiste émet l'hypothèse qu'une femme incapable d'enfanter pourrait être à l'origine du crime. Les autorités décident alors d'examiner toutes les femmes ayant déclaré avoir accouché le jour du meurtre. Šefka Hodžić figure parmi elles. Un examen gynécologique démontre rapidement qu'elle n'a pas accouché. Cinq jours après le crime, les enquêteurs se rendent à son domicile et établissent qu'elle a simulé sa grossesse pendant plusieurs mois.
Procès L'affaire suscite une vive émotion en Bosnie-Herzégovine et dans toute la Yougoslavie. Šefka Hodžić est violemment rejetée par la population, qui réclame la peine de mort. Abandonnée par sa famille et son mari, elle comparaît devant le tribunal de district de Tuzla en mars 1970. Le procès attire une forte attention médiatique, y compris internationale. Durant les audiences, elle nie les faits et affirme que "des tiers lui auraient remis l'enfant", déclarant ne pas être impliquée dans le meurtre. Des expertises psychiatriques concluent qu'elle ne souffre pas de troubles mentaux majeurs, tout en soulignant la complexité de sa personnalité.
Le 25 mai 1970, Šefka Hodžić est condamnée à mort. Toutefois, en novembre 1970, la Cour suprême de Yougoslavie commue sa peine en 20 ans de prison, invoquant notamment des incertitudes sur les circonstances exactes du crime. Elle est libérée de manière anticipée en 1983.
Suite Après sa libération, Šefka Hodžić aurait changé d'identité et quitté la région. Selon certaines sources non confirmées, elle se serait remariée et aurait vécu en Serbie ou à l'étranger.
L'affaire reste l'une des plus marquantes de l'histoire criminelle yougoslave, en raison de sa violence et des nombreuses zones d'ombre qui subsistent.
Références
Catégorie:Naissance en 1943 Catégorie:1969 en Yougoslavie Catégorie:Meurtrier supposé