La province de Corrientes (en guarani : ) est une province du nord-est de l'Argentine, dont la capitale est la ville de Corrientes. Au nord comme à l'ouest elle est délimitée par le Río Paraná, qui la sépare du Paraguay et des provinces du Chaco et de Santa Fe ; sa frontière orientale est constituée par le río Uruguay, qui la sépare de la république d'Uruguay et du Brésil ; les rivières Guayquiraró et Mocoretá délimitent sa frontière sud avec la province d'Entre Ríos. Au nord-est se trouve sa seule frontière artificielle, qui la sépare de la province de Misiones.

Histoire Avant la conquête espagnole

Historiquement, la province de Corrientes était habitée par diverses tribus comme les Kaingangs, les Charrúas (une tribu pampide) et les Guaranis. Tant les Kaingangs que les Charrúas étaient arrivés dans la région vers 6000 av. J.-C..

Les Kaingangs, dont des descendants survivent encore dans le sud du Brésil, vivaient en groupes de 150 à 200 personnes, dans un vaste territoire couvert de forêts d'araucarias ou de pins du Paraná, dont ils collectaient les pignons comme base de leur alimentation. Ils en faisaient de la farine et des boissons. Ils les conservaient dans des paniers protégés plongés dans des puits d'eau de rivière. Chasseurs-cueilleurs, ils récoltaient des fruits, des feuilles, des larves et du miel sylvestre (dont ils faisaient de l'hydromel). Ils utilisaient le yerba mate pour préparer des infusions. Ils pêchaient les très nombreux poissons de cette région avec des filets et chassaient le gibier (Mazama, tapirs, pécaris, coatis, singes et divers oiseaux. Seminomades, ils combinaient la vie dans des campements avec l'agriculture à petite échelle, semant du maïs, des haricots et des cucurbitacées. Ils commencèrent tard à fabriquer des céramiques, sous l'influence guaranie.

Les Guaranis ne pénétrèrent ces territoires que vers 500 av. J.-C., provenant de la région amazonienneFischer, G. (1814): Zoognosia. Tabulis synopticis illustrata, n.º 3, pág. 694. Vsevolozsky, Mosquea., pour s'installer sur les rives des fleuves Paraná et Uruguay. Dès cette époque commença un processus d'influence sur les autres tribus, ce qui entraina leur « guaranisation ».

Les Guaranis s'établirent en général le long de la rive du Paraná, formant là des communautés semi-nomades, qui perdurèrent jusqu'à l'époque coloniale. Ils eurent et maintinrent des relations hostiles avec les autres habitants de la zone, les belliqueux Charrúas (pampides), situés sur le territoire actuel du Río Grande do Sul brésilien et de l'Uruguay.

La conquête espagnole En , Sébastien Cabot, navigateur vénitien au service de l'Espagne, découvrit le río Paraná, et le , le río Paraguay, étant ainsi le premier européen qui put voir la côte ouest de la province de Corrientes.

La ville de Corrientes fut fondée par l'adelantado avec l'aide d' , appelé el Tupí, et Hernando Arias de Saavedra — Hernandarias — le . L'objectif du maître des lieux était d'établir un port de passage entre Asunción du Paraguay et Buenos Aires. Cela favorisa l'expansion de la région.

Les habitants initiaux furent 62 espagnols venus d'Asunción, suivis de 86 autres venus de la ville de Concepción de Buena Esperanza (située sur les rives du rio Bermejo). Peu après furent fondées les villes de Santa Ana de los Guácaras, d'Itatí et de Santa Lucía, dont les habitants furent surtout des amérindiens locaux guaranis.

Bientôt arrivèrent des Jésuites qui créèrent de nombreuses missions jésuitiques dans l'actuel nord-est de la province, où ils développèrent un intense travail d'évangélisation des amérindiens. Leur présence est connue pour avoir été le véritable catalyseur de la nouvelle société guaranie dans la région. En effet l'alliance entre les dirigeants guaranis (les mburuvicha guazú) avec la Compagnie de Jésus fut garante de leur protection par la Monarchie espagnole, face d'une part aux pressions des propriétaires terriens coloniaux, désireux de les réduire à l'asservissement via le système de l'encomienda, et d'autre part face aux pillages et crimes des bandes de bandeirantes brésiliens. Si les guaranis n'adoptèrent pas tous cette alliance, un grand nombre d'entre eux entrèrent dans ce système D'autres restèrent hostiles et se retirèrent dans des régions plus isolées ou plus éloignées. La population guaranie ainsi transformée fut en fait la racine de l'organisation de la province actuelle.

Cette longue période jésuitique dura jusqu'à l'expulsion des jésuites, fin du , ce qui provoqua l'effondrement du modèle et la perte des terres orientales de la région, tombées sans défense aux mains des luso-brasiliens qui n'avaient cessé de convoiter ces terres.

Le , la vice-royauté du Pérou avait été créée, en remplacement des anciennes et provisoires Gobernaciones de Nouvelle Castille, de Nouvelle Andalousie et de . Le territoire de la province (et bien sûr sa capitale) en avait fait partie d'emblée, et resta au sein de celle-ci jusqu'à la création en 1776 de la vice-royauté du Río de la Plata, à laquelle il fut rattaché.

Géographie

La province de Corrientes fait partie de la Mésopotamie argentine, celle-ci appartenant à une région plus large appelée Litoral. C'est une province plane, dont les plus grandes altitudes se trouvent dans la région est. Vers l'ouest il y a plusieurs échelons d'altitude décroissante jusqu'au río Paraná. Son point le plus élevé se trouve au nord-est, à la frontière avec la province de Misiones près de la localité de San Carlos, à une altitude de Redes Geodésicas Provinciales, Instituto Geográfico Nacional.

La zone des étangs et lagunes de l'Iberá, qui couvre un quart de la province, est une dépression étendue de sols couverts par des sédiments d'origines fluviale et éolienne. C'est après la région du Pantanal du bassin du Paraguay, la plus vaste zone humide d'Amérique du Sud.

L'évacuation des eaux des étangs de l'Iberá se fait par le biais de deux rivières, les río Corriente et río Miriñay, respectivement vers le bassin du Paraná et celui de l'Uruguay. Les pluies fréquentes alimentent et soutiennent le niveau des étangs, surtout durant le printemps et l'été. Ce niveau n'a pas montré de changement significatif ces dernières années.

La rive du Paraná est en général peu élevée, ce qui a causé de multiples inondations. L'infrastructure protectrice a reçu une forte impulsion après la crue dévastatrice de 1982. Le fleuve est utilisé pour son potentiel énergétique, en amont de Corrientes grâce à la centrale hydroélectrique de Yacyretá.

De nombreux étangs, marais (bañados) et lagunes donnent au paysage un aspect singulier. On estime à plus de 20.000 le nombre de plans d'eau existants. Seule la partie orientale de la province et quelques zone isolées à l'ouest, échappent à ce paysage amphibie.

Un incendie considérable ravage plus de 10 % de la surface de la province en février 2022, mettant en évidence les insufissances politiques liées à la protection de l'environnement.

Cours d'eau

La province de Corrientes se trouve entre deux fleuves importants: l'Uruguay (à l'est), et le Paraná (à l'ouest et au nord), qui constituent les frontières naturelles de son territoire. La faible hauteur de la rive du Paraná est une cause de fréquentes inondations, malgré l'infrastructure de protection qui a reçu une forte impulsion à la suite des crues dévastatrices de 1982.

Hormis ces deux fleuves, il faut citer les affluents de l'Uruguay, le río Miriñay, le río Aguapey et le río Mocoretá. Parmi ceux du Paraná, le río Corriente et le río Guayquiraró.

thumb|right|280px| Vue du Paraná près de Lavalle. Le fleuve apparaît ici au travers d'une forêt exubérante grâce à la mousson d'été venue de l'Atlantique.

Une région très accueillante D'après James Howard Kunstler, ainsi que Jack Alpert (ce dernier à la tête du laboratoire d’intégration des connaissances de Stanford [SKIL] de l’Université de Stanford), tous deux futurologues techno-pessimistes, après la fin inéluctable de la société basée sur la croissance débridée et l'épuisement des matériaux énergétiques, la population de la terre diminuerait drastiquement. Il ne subsisterait que deux ou trois zones sur la planète où l'homme pourrait vivre dans un confort semblable à celui des sociétés techniquement avancées du début de ce siècle. Et parmi ces zones se situerait la région Paraná-Uruguay-Paraguay centrée sur la province de Corrientes et les zones avoisinantesKunstlerCast 303 - Jack Alpert on unwinding human predicament. Cette vaste zone bénéficie en effet d'un potentiel hydroélelectrique très important susceptible de pallier le manque d'hydrocarbures, uranium, etc. Il s'agit bien sûr de l'ensemble de la région, y compris notamment la province voisine de Misiones, ainsi que les régions brésiliennes adjacentes situées dans les états de Mato Grosso do Sul, Paraná, Santa Catarina et Rio Grande do Sul (voir la centrale hydroélectrique d'Itaipu).

Quoique l'on puisse en penser, il est tout à fait exact que la région bénéficie, en plus de son potentiel énergétique, d'un climat extrêmement favorable à la vie humaine, animale et végétale, avec des hivers très doux, de beaux étés pluvieux - soutien majeur d'une riche agriculture -, et des engrais naturels en grande quantité sous forme de limons régulièrement apportés par de généreux et puissants cours d'eau, et stockés dans d'immenses étendues marécageuses régulièrement inondées. Il faut aussi souligner l'importance de vastes forêts contenant des espèces de grande valeur pour la menuiserie. Cette zone très "anthropophile" s'étend en fait depuis le Pantanal brésilien jusqu'au rio de la Plata (axe nord-sud), et depuis le Chaco humide jusqu'à l'Atlantique (axe ouest-est).

Villes principales

Villes de plus de selon le recensement de 2010 : Corrientes (). La ville située en moyenne à d'altitude domine le rio Paraná qui coule en contrebas (moins de ). La rive est caractérisée par des abrupts et de grands bancs de sable, où sont situées de belles plages. La cité est riche de monuments historiques, et de belles avenues. Grand et presque unique point de passage entre l'est et l'ouest du continent, elle semble promise à un bel avenir. Goya (). La ville située dans un milieu amphibie sur la rive gauche du rio Paraná se propose de bien protéger son centre historique et d'accroître ainsi ses revenus basés sur le tourisme culturel complémentaire au tourisme sportif et d'aventure. La ville peut dès lors attirer des touristes exigeants (festivals). Paso de los Libres (). Sise sur le rio Uruguay, à la frontière brésilienne, la ville possède un riche patrimoine architectural et est devenue en plus un grand point de passage vers le grand pays voisin.

thumb|300px|right|Patio du Palais du Gouvernement Provincial à Corrientes.

Curuzú Cuatiá () est une petite ville pittoresque datant de la fin du . Au début ce n'était qu'une agglomération de maisons faites d'argile et de paille. Aujourd'hui elle se trouve au centre d'une riche région agricole basée sur la culture du soja. Mercedes () Gobernador Virasoro () Bella Vista (), sur la rive du Paraná, la ville est le siège de la Fiesta Nacional de la Naranja (fête nationale de l'orange) en novembre. Santo Tomé (), ville pittoresque et ancienne réduction jésuite, elle se trouve en bordure du rio Uruguay à la frontière du Brésil. La ville compte deux musées. La place San Martin est de style colonial. Elle possède une cathédrale, la Catedral de la Inmaculada Concepción. Monte Caseros () Esquina () est située sur la rive gauche (orientale) de l'abondant río Corriente inférieur, là où ce dernier forme un delta dans sa confluence avec le río Paraná. La zone riveraine comprend 17 ports privés. Ituzaingó (), grand centre balnéaire sur la rive sud du fleuve, face au Paraguay. En aval du grand barrage de Yacyretá et de son énorme lac.