Johann Heinrich Samuel Formey, né le à Berlin où il est mort le , est un pasteur et homme de lettres allemand.
Biographie Issu d’une famille de huguenots réfugiés français originaire de Dampierre-sur-Moivre, Formey perdit sa mère à l’âge de trois ans et fut élevé par deux de ses tantes. Ses dispositions s’étant manifestées de bonne heure, il fut placé, à l’âge de neuf ans, au collège français où il remporta les premiers prix dans toutes les classes. Ses humanités terminées, il passa en philosophie sous La Croze, en 1726, puis sous Achard, en 1728. En 1730, il commença ses cours de théologie sous Pelloutier, Lenfant et Beausobre.
Doué comme il l’était, d’une mémoire, d’un sens droit et d’un goût bien marqué pour l’étude et avec de tels maîtres, Formey devait faire de rapides progrès. Aussi n’avait-il pas encore accompli sa vingtième année, qu’il fut consacré au ministère par Forneret, et reçut vocation de l’église française de Brandebourg.
Il n’était rendu à son poste que depuis environ deux mois, lorsqu’il fut rappelé à Berlin, en qualité de pasteur adjoint de Forneret, à qui il succéda en 1736. L’année suivante il fut choisi pour remplacer Jean Audouy de Saumur dans la chaire de professeur d’éloquence au collège français de Berlin et, en 1739, il succéda à La Croze dans celle de philosophie.
Le mauvais état de sa santé ne lui permettant pas de remplir avec exactitude ses doubles devoirs, Formey renonça à sa place de pasteur mais sans renoncer à la prédication, car il saisissait toutes les occasions de monter en chaire et calcula, sur la fin de sa vie, qu’il avait prêché . Son successeur fut Jean-Henri de Boistiger.
Les leçons de Formey et ses travaux littéraires établirent en peu d’années sa réputation sur des bases assez solides pour que, lors de l’organisation de l’Académie royale des sciences de Prusse, en 1744, on lui offrit les fonctions de secrétaire de la classe de philosophie et conseiller privé qu’il accepta comme il accepta encore, en 1745, la charge d’historiographe et celle de traducteur au département des affaires étrangères. Il ne remplit cette dernière place que deux ans, mais, en 1748, sur la proposition de Maupertuis, il fut nommé secrétaire unique et perpétuel de l’Académie de Berlin. Enfin, vers la fin de sa vie, en 1781, il obtint le fauteuil de directeur de la classe de philosophie.
À ces emplois académiques, il en joignit d’autres qui lui furent donnés en diverses occasions. En 1778, la princesse douairière de Wurtemberg le choisit pour secrétaire de ses commandements, et après la mort de cette princesse, la cour de Mecklembourg-Schwerin le nomma son agent. Il remplit aussi différentes charges auprès de la colonie française, entre autres, celle de directeur de la Maison d’Orange, et de la liaison de charité, dont il fit la dédicace le , pais celle de conseiller privé du directoire supérieur, à laquelle il parvint en 1772. Il devint membre de la Royal Society le
Quoique de santé délicate, Formey remplit ses nombreux devoirs avec toute l’activité et la ponctualité désirables jusque dans les dernières années de sa vie, où une paralysie des jambes le confina dans son cabinet et le condamna à ne plus s’occuper que de ses travaux littéraires.
Ayant énormément écrit, et dans tous les genres, sans en excepter la politique, les ouvrages de Formey, auquel les hommes les plus distingués de son siècle se plurent à prodiguer des éloges, composeraient une bibliothèque. On y remarque, dit Bartholmèss, dans son Histoire philosophique de l’académie de Prusse (Paris, 1851, in-8°), une érudition variée et choisie, un sens droit et ferme, beaucoup de modération et de franchise, un esprit aimable et doux. Dans son Éloge de Formey, Merian loue également les qualités du style qui est clair, précis, léger, coulant ; il aurait pu ajouter simple jusqu’à la négligence, car, écrivant pour de l’argent, Formey ne se donnait pas beaucoup de peine. Ce défaut, au reste, ne nuisit en rien à la réputation du secrétaire de l’académie de Berlin. Non seulement ses ouvrages furent parfaitement accueillis, comme le prouvent les traductions qui en furent faites de plusieurs en allemand, néerlandais, anglais, italien ou russe. L’abbé Guillon a écrit, dans son Histoire générale de la philosophie, que la mémoire de Formey restera chère « à tous les amis de la religion, des lettres et de la vraie philosophie. »
Formey avait épousé, en 1734, Susanne Bonnafous, qu’il perdit en 1743, n’en ayant eu qu’une fille, morte de la petite vérole au printemps de son âge. Il se remaria, en 1744, avec Elisabeth Caumont d’Ausin, qui lui donna quatorze enfants, dont sept lui survécurent, cinq filles et deux fils, dont l’un entra dans la diplomatie et l’autre étudia la médecine.
Formey a donné des articles d’une érudition variée à une foule de recueils contemporains, surtout aux Mémoires de l’Académie de Berlin qui contiennent un grand nombre d’éloges, de mémoires et de ses dissertations depuis 1746 jusqu’en 1793. On citera, entre autres, l’Essai sur les songes (1746), un de ses écrits les plus remarquables ; De l’obligation de se procurer toutes les commodités de la vie (1750) ; De la conscience (1751) ; De l’étendue de l’imagination (1754) ; Sur les allégories philosophiques (1755) ; Sur l’origine du langage, des idées et des connaissances humaines (1759) ; Sur le goût (1760) ; Sur les spectacles (1761) ; Sur l’influence de l’âme sur le corps (1764) ; Considérations sur ce qu’on peut regarder aujourd’hui comme le but principal des académies et comme leur but le plus avantageux (1767 et 68) ; Sur la culture de l’entendement (1769) ; Considérations sur l’Encyclopédie française (1770) ; Éloge de J.-B. Boyer, marquis d’Argens (1771), Discours sur la question : Pourquoi tant de personnes ont si peu de goût ou même un si grand éloignement pour tout ce qui demande l’exercice des facultés intellectuelles (1772) ; Sur la physiognomie (1775) ; Examen de la question : Si toutes les vérités sont bonnes à dire (1777) ; Sur quelques anciennes procédures contre les magiciens (1778) ; Éloge de Sulzer (1779) ; Éloge de Cochius (1780) ; Éloge de Beguelin (1788 et 89) ; Sur les rapports entre le savoir, l’esprit, le génie et le goût (1788-89) ; Sur le fanatisme (1792-93) ; etc.
Il rendit la pensée de Christian Wolff familière au milieu encyclopédique français en donnant, en 1758, sous le titre Principes du droit de la nature et des gens des extraits substantiels du Jus naturae et du Jus gentium publiés par le philosophe allemand en 9 volumes in-quarto de 1740 à 1749. Ces extraits se terminent par une traduction résumée des Institutiones juris naturae et gentium, abrégé publié par Wolff lui-même en 1750.
Quelques années plus tôt, il avait été invité par à établir un plan de réformation de la justice qui guidera les rédacteurs du Corpus juris federicianum ou Codex juris fredericianus, dont la traduction française paraîtra en 1750-1751 sous le titre de Code Frédéric pour les États de Sa Majesté le roi de Prusse.
Indépendamment des publications périodiques dont il fut le fondateur ou le principal rédacteur, il a travaillé à l’Encyclopédie de Diderot et à l’Encyclopédie d’Yverdon de De Felice, aux Nouvelles littéraires, au Journal encyclopédique. C’est à lui qu’on doit l’Éloge de Beausobre mis en tête de l’Histoire critique de Manichée et du Manichéisme, dont il a rédigé et publié le second volume ; et c’est encore lui qui a dirigé l’impression des Sermons de Forneret. De plus, il a annoté la traduction allemande du discours d’Apulée sur les Moyens d’être heureux (Glogau, 1768, in-8°), et mis une Préface à la Nouvelle méthode pour apprendre à lire de Palairet (Berlin, 1775, in-8°).
Publications Recueil des pièces sur les affaires de l’élection du roi de Pologne, 1732, in-4°. Le Fidèle fortifié par la grâce, ou Sermon sur Phil. , 13, Berlin, 1736, in-4°. Articles des Pacta contenta d’Auguste, traduit du latin, 1736, in-4°. Commerce de lettres entre deux amis, 1738, in-4°. Ducatiana ou Remarques de Le Duchat, sur divers sujets d’histoire et de littérature, Amsterdam, P. Humbert, 1738, 2 parties, en in-8°. Mercure et Minerve, ou Choix des nouvelles politiques et littéraires les plus intéressantes pour Tannée 1738, Berlin, 1738, in-8°. Sermons de Reinbeck, traduit de l’allemand, Berlin, 1738, in-8°. Correspondance entre deux amis sur la succession de Juliers et de Bergues, Berlin, 1738, in-4° ; réimp. à la suite de l’Histoire de la succession de Juliers et de Bergues ; 1739, in-12. Sermons sur divers textes de l’Écriture sainte, Berlin, 1739, in-8° ; Leyde, 1772, in-8°. Remarques historiques sur les médailles et les monnoyes, traduit de l’allemand de Köhler, t. , Berlin, 1740, in-4°. Journal de Berlin ou nouvelles politiques et littéraires, Berlin, 1740, in-4°. Mémoires pour servir à l’histoire et au droit public de Pologne, traduit du latin de Lengnich, La Haye, 1741, in-8° ; Francfort, 1754, in-8°. Vie de J.-Ph. Baratier, Utrecht, 1741, in-8°; Brunsw. 1755, in-8°. La Belle Wolfienne, ou Abrégé de la philosophie wolfienne, La Haye, 1741- 53, in-8° ; nouv. édit., avec deux Lettres philosophiques, l’une sur l’immortalité de l’âme et Vautre sur l’harmonie préétablie, La Haye, 1752-53-60, in-8°. Texte en ligne Les Œuvres de François Villon, avec les notes de Clément Marot, Eusèbe de Laurière, Le Duchat et Formey, publié par Prosper Marchand, La Haye, 1742, in-8°. L’Anti-Saint-Pierre, Berlin, 1741, in-8° ; [s.l.], 1748, in-8°. Sermon sur la paix, Berlin, 1742, in-8°. Réflexions philosophiques sur l’immortalité de l’âme raisonnable, traduit de l’allemand de Reinbeck, Amst., 1744, in-8°. La Balance de l’Europe, traduit du latin de Kahle ; Berlin et Göttingen, 1744, in-8°. Panégyrique du roy, Berlin, 1745, in-4° ; traduit en allemand et en anglais. Nouvelle bibliothèque germanique, Amst., 1746-60, in-8°. Remarques sur la cour de Prusse concernant la succession d’Ost-Frise, traduit de l’allemand de Cocceii, Berlin, 1746, in-4°. Sermon sur les gratuités de l’Éternel, Berlin, 1746, in-8°. Projet d’un établissement en faveur des pauvres, Berlin, 1746, in-4°. Elementa philosophiæ seu Medulla Wolfiana, Berlin, 1746, in-8°. Conseils pour former une bibliothèque peu nombreuse, mais choisie, Berlin, 1746, in-8° ; ., 1775, in-8°. Bibliothèque critique, ou Mémoires pour servir à l’histoire littéraire ancienne et moderne, Berlin, Formery, 1746, 3 parties in-12. Essai sur la nécessité de la Révélation, Berlin, 1747, in-8°. La Logique des vraisemblances, Francfort, 1747, in-8°; Leyde, 1747, in-8°; trad, en allemand et en anglais. Recherches sur les éléments de la matière, Berlin, 1747, in-12 ; traduit en allemand. Mémoire pour l’établissement d’une école de charité, Berlin, 1747, in-8°. Sermon pour la dédicace de cette école, Berlin, 1747, in-4°. Relations de ladite école, Berlin, 1748-56, in-4°. L’Idée, la règle et le modèle de la perfection, en trois sermons sur Matt. . 48. Berlin, 1748, in-8°. Traité des dieux et du monde, traduit du grec de Salluste le Philosophe, avec des réflexions philosophiques et critiques, Berlin, 1748, in-8° ; réimp. avec le n° . Épître à M. le comte de Manteuffel, 1748, in-8°. Exposition abrégée du plan du roi pour la réformation de la justice, Berlin, 1748, in-8°. Epistola ad eminent. cardinal. Quirinum, Berolini, 1749, in-4° ; traduit en allemand Pensées raisonnables opposées aux Pensées philosophiques, avec un essai de critique sur le livre des Mœurs, Berlin [Amst.], 1749, in-8°. Dictionnaire étymologique de Ménage, Paris et Gen., 1750, in-8°. Lettre de M. Gervaise Holme à l’auteur de la Lettre sur les aveugles, Cambridge [Berlin], 1750, in-8°. Vindiciœ reformatorum, Berol., 1750, in-8°. Histoire de l’Académie des sciences de Berlin, 1750, in-4°. Le Système du vrai bonheur, Berlin, Paris et Genève, 1750 et 1751, in-8°. Le Philosophe chrétien, Leyde et Lausanne, 1750-56, in-8° ; traduit en allemand, Frankfort 1753-59, 4 parties in-8°.