Les prisonnières politiques dans l'Espagne franquiste se sont souvent retrouvées en prison à cause de la répression spécifiquement dirigée contre les femmes. Pendant la Guerre civile espagnole, beaucoup de femmes ont été incarcérées uniquement parce que leurs proches avaient des sympathies républicaines ou comme appâts de la part des autorités pour attirer leurs parents hommes affiliés au mouvement Républicain. Il ne s'agissait pas de la conséquence directe d'une quelconque action de la part de ces femmes. La Loi de Responsabilités Politiques, approuvée le 13 février 1939, a facilité cette forme de répression et n'a cessé d'exister formellement dans le Code Pénal qu'en 1966. Le nombre de prisonniers et personnes internées dans des camps de concentration, aussi bien hommes que femmes, s'élèverait à plus de 750.000 à la fin de la guerre civile. Parmi eux, environ 14.000 femmes ont été détenues dans la prison pour femmes de Ventas, à Madrid. 

Le début officiel de la période franquiste fin 1939 a poursuivi la répression spécifique contre les femmes à travers le système pénitentiaire et la peine de mort. La grossesse faisait que les femmes ne pouvaient pas échapper à l'exécution ni aux conditions insalubres qui conduisaient à des niveaux élevés de mort infantile. Les femmes étaient aussi incarcérées dans des centres de redressement, sans jugement, pour atteinte à la moralité féminine, dans un système de type pénitentiaire parallèle. Logées dans des conditions de surpopulation, elles se voyaient obligées à embrasser le catholicisme pour éviter d'être harcelées ou obtenir des bénéfices. Elles avaient faim et risquaient de contracter des maladies comme le typhus.

Pendant la période de transition démocratique, les femmes ont manifesté pour exiger la liberté des prisonniers politiques. L'amnistie partielle est arrivée fin 1976, et l'amnistie générale en 1977. Dans l'Espagne post-franquiste, les prisonnières ont été largement oubliées en tant que victimes de la répression du régime. Les ossements de nombreuses femmes victimes du franquisme demeurent dispersés dans les campagnes. En 2013, un tribunal argentin a commencé à enquêter sur les abus subis par certaines femmes aux mains d'Antonio González Pacheco à Madrid lorsqu'elles étaient incarcérées.

Histoire

Forces franquistes dans la période de la Guerre Civile (1936-1939) alt=|gauche|vignette| Femmes suppliant les nationalistes de laisser la vie aux prisonniers à Constantine, Séville en 1936. Le régime franquiste a organisé la répression contre les femmes dès le début de la Guerre civile. Nombre de ces femmes n'avaient commis aucun délit et ont été attaquées uniquement parce que leurs proches avaient des sympathies républicaines. Ce fut le cas des femmes au foyer qui se trouvaient en prison. Matilde Eiroa indique: «Elles étaient souvent utilisées comme appât pour attirer les hommes de la famille qui étaient en fuite». Les conseils de guerre établissaient les punitions, et parmi les personnes qu'ils ordonnaient d'exécuter, 5 % étaient des femmes. Plus de 100 femmes ont été condamnées à mort par les conseils de guerre et exécutées, beaucoup d'entre elles à Madrid et en Andalousie. Le cas le plus connu en Espagne est celui des Treize Roses, fusillées en août 1939. Beaucoup d'épouses, veuves, sœurs ou filles de républicains ont été humiliées et punies "en étant exhibées dans les rues de la ville et dépouillées de leurs biens". alt=|gauche|vignette|250x250px| Plaque sur le mur du cimetière en hommage aux Treize Roses . La Loi de Responsabilités Politiques a été proclamée par la dictature franquiste le 13 février 1939, deux mois avant la fin de la Guerre civile. La loi s'adressait à tous les partisans loyaux de la Seconde République Espagnole, et pénalisait l'appartenance au Front Populaire de la république vaincue. La loi déclarait coupables d'un délit de rébellion militaire tous ceux qui avaient été membres d'un parti du Front Populaire à partir du 1er octobre 1934 et tous ceux qui s'étaient opposés au putsch militaire des 17 et 18 juillet, y compris tous les fonctionnaires du gouvernement de la République et tous les membres des Forces Armées RépublicainesBeevor, Antony (2006). The Battle for Spain. The Spanish Civil War 1936-1939. London: Penguin Books, p. 385. La loi était rétroactive et pouvait s'appliquer à partir d'octobre 1934, une aberration juridique pour ceux qui avaient suivi les lois du gouvernement légalement constitué de la République Espagnole. Ils étaient soudain accusés "d'aide à la rébellion".

La Loi de Responsabilités Politiques établissait des amendes et des expropriations pour les accusés et leurs familles (allant de 100 pesetas jusqu'à la confiscation de tous les biens de l'accusé). D'autres sanctions étaient la restriction d'activités professionnelles, la limitation de la liberté de résidence et la perte de la citoyenneté espagnole. Les personnes mortes et disparues pouvaient être considérées responsables et leurs familles héritaient des sanctions économiques.

En 1939, il y avait officiellement plus de 270.000 prisonniers en Espagne. Il y avait aussi environ 500.000 personnes dans des camps de concentration. Lorsque des personnes étaient arrêtées, Franco les utilisait comme main d'oeuvre esclave bon marché. Parmi ceux qui étaient dans les camps, 90.000 appartenaient à des bataillons de travailleurs, et 47.000 à des bataillons militaires. Parmi ceux-ci, 13.779 étaient impliqués dans des projets de reconstruction urbaine, tandis que 9.500 de ceux intégrés dans des bataillons militaires travaillaient à des fortifications, et 8.898 à la récupération de matériels de guerre. Beaucoup de ces prisonniers et victimes des camps de concentration étaient des femmes. À la fin de la guerre, la seule prison qui n'abritait que des femmes, la prison pour femmes de Ventas, à Madrid, dirigée par les nationalistes, hébergeait plus de 14.000 femmes. En 1938 il y avait plus de 190 camps de concentration qui hébergeaient 170.000 prisonniers, et lorsque la guerre a terminé en 1939 il restait entre 367.000 et un demi-million de prisonniers. La plupart des campements ont été créés pendant la Guerre civile, et seuls quelques-uns dans les années qui ont suivi. Le camp de concentration Hostal de San Marcos de León a hébergé 7.000 hommes et 300 femmes de 1936 à 1939.

Le Caserón de la Goleta, la prison pour femmes de Málaga, a hébergé des milliers de femmes tout au long de son histoire. Les femmes se retrouvaient là pour une variété de délits, parmi lesquels l'infidélité, le divorce ou des relations lesbiennes. Elles étaient là aussi parce que l'État a déterminé qu'elles étaient délinquantes, alcooliques, psychopathes ou femmes "dégénérées". Les femmes incarcérées pendant les débuts de la prison n'avaient pas la possibilité de se défendre, puisqu'elles étaient là suite à des sentences d'un conseil de guerre. Les conditions de vie des 4.000 prisonnières du Caserón de la Goleta étaient horribles et insalubres, les prisonnières étant entassées dans des espaces réduits qui contribuaient à la propagation de maladies.

Période franquiste (1939-1975) Dans les premiers temps du franquisme, être mère, fille, sœur ou épouse d'un "rouge" était un délit, et il pouvait être puni de longues peines de prison ou même de mort. La Loi de Responsabilités Politiques, réformée en 1942 et restée en vigueur jusqu'à 1966, avait été promulguée afin de donner une couverture légale à la répression menée pendant le démantèlement des institutions républicaines, ainsi que pour pénaliser ceux qui étaient restés loyaux au gouvernement légalement constitué, au moment du soulèvement de juillet 1936 contre la République Espagnole. La punition pour être parente d'un homme "rouge" a été utilisée à nouveau entre 1945 et 1947, lorsqu'il y a eu une augmentation de l'activité de guerrilla. Ceci a donné lieu à ce qu'un grand nombre de femmes rurales viennent grossir les rangs des prisons espagnoles, y compris les prisons pour femmes de Madrid, Cordoue, Málaga et Ségovie. Elles ont été condamnées à des peines allant de 20 à 30 ans seulement pour avoir nourri leurs parents hommes “rouges”. L'âge n'avait pas d'importance, puisque des petites filles de neuf ans étaient envoyées en prison, où elles étaient agressées physiquement par les gardes. vignette| Fosse commune à Estépar, province de Burgos, où ont été trouvées 26 victimes républicaines. L'excavation a eu lieu en juillet et août 2014. Les femmes républicaines ont aussi été victimes de la répression dans l'Espagne de l'après-guerre. Des milliers de femmes ont subi des humiliations publiques (on les faisait défiler nues dans les rues, on les tondait et on les obligeait à ingérer de l'huile de ricin pour se souiller en public), du harcèlement sexuel et des viols. Dans de nombreux cas, les maisons et les biens des veuves des républicains ont été confisqués par le gouvernement. Ainsi, beaucoup de femmes républicaines, qui se retrouvaient dans la misère, ont été contraintes de se prostituer. Selon Paul Preston, «l'augmentation de la prostitution a bénéficié aux hommes franquistes, qui satisfaisaient ainsi leur luxure, et les assurait aussi que les femmes «rouges» soient une source de saleté et corruption». En plus, des milliers de femmes ont été exécutées (par exemple les Treize Roses), parmi lesquelles des femmes enceintes. Un juge aurait dit: «Nous ne pouvons pas attendre sept mois pour exécuter une femme».

Des années 1940 aux années 1980, des familles, des figures religieuses et des inconnus pouvaient dénoncer les femmes devant les autorités pour atteinte à la morale féminine. Ces femmes pouvaient alors être incarcérées sans jugement dans des maisons de redressement. Parmi les motifs d'incarcération se trouvaient "avoir été avec les comparsas de la Marisol Film Artist" et "ne pas obéir à sa mère. Elle aime beaucoup la rue et ne veut pas travailler". Ces maisons de redressement n'ont fermé que dans les années 1980, et alors seulement à cause des abus documentés par les femmes impliquées.

Les prisonnières du Caserón de la Goleta avaient entre 13 et 85 ans, pour la plupart entre 21 et 40. On savait que 38 % étaient mariées, 17 % célibataires et 18 % veuves; pour les autres l'état civil était inconnu. Par souci de protéger leur famille ou par antipathie envers l'Église, certaines femmes ne révélaient pas leur état civil aux autorités. La plupart des femmes en prison étaient analphabètes; la prison n'essayait pas de les alphabétiser mais s'appliquait à leur donner des tâches spécifiques pour leur genre, comme coudre, qui ne requérait pas d'alphabétisation.

La Loi de Responsabilités Politiques n'a été abolie en théorie qu'en février 1945. Une Commission de Liquidation de Responsabilités Politiques a continué à fonctionner jusqu'en 1966, où la loi a été réellement abolie. Entre 1939 et 1945, 500.000 personnes sur une population de 23 millions (2 % de la population de l'Espagne) ont été soumises à des procédures de Responsabilité Politique. Pour soulager la surpopulation dans les prisons, des camps de concentration ont été ouverts, où les prisonnières étaient obligées à réaliser des travaux manuels. En raison des problèmes économiques des années 1950 et dans le cadre des efforts pour sembler moins totalitaire vis-à-vis de l'extérieur, le régime a libéré beaucoup de femmes de la prison.