Abdoul Birane Wane est un militant des droits civiques, enseignant d'histoire et écrivain mauritanien, né vers 1975 ou 1976 à Aleg, dans le sud de la Mauritanie. Figure majeure de la défense des droits des populations noires de son pays, il est surtout connu comme fondateur et coordinateur du mouvement citoyen « Touche pas à ma nationalité » (TPMN), créé en 2011 pour dénoncer ce que ses partisans considèrent comme un recensement biométrique discriminatoire envers les Négro-Mauritaniens.
Biographie
Enfance et formation Abdoul Birane Wane naît à Aleg, ville du sud de la Mauritanie, vers 1975-1976, dans la communauté négro-mauritanienne. Il effectue ses études primaires et secondaires à Rosso, ville frontalière avec le Sénégal et principal point de passage entre les deux pays.
C'est à Rosso, à l'âge d'environ quinze ans, qu'il entame sa vie militante en rejoignant l'Union des forces démocratiques (UFD) d'Ahmed Ould Daddah, à l'époque l'une des principales formations d'opposition mauritanienne.
Carrière politique Wane est marqué par les violences des années 1989 à 1991, période durant laquelle des milliers de civils et de militaires noirs sont victimes de persécutions, de déportations et d'exécutions extrajudiciaires sous le régime du général Maaouiya Ould Sid'Ahmed Taya. Il s'engage alors dès les années 1990 dans la défense des droits de la communauté négro-mauritanienne.
Il intègre l'Alliance pour la justice et la démocratie/Mouvement pour la rénovation (AJD/MR), parti d'Ibrahima Moctar Sarr, dont il devient l'un des cadres. Il en est toutefois exclu en 2008 à la suite de divergences avec le bureau exécutif. Il fonde alors l'Initiative mauritanienne pour l'égalité et la justice (IMEJ), structure qui reste peu connue dans un premier temps, mais qui lui permet de maintenir un réseau militant.
Il devient également le premier secrétaire général du COVIRE (Comité de vigilance pour la réinsertion), organisation créée pour défendre les droits des populations déplacées et déportées.
En juin 2011, Abdoul Birane Wane cofonde le collectif « Touche pas à ma nationalité » (TPMN) en fédérant plusieurs organisations : l'IMEJ qu'il dirige, Conscience Citoyenne, Kawtal et Fedde Jokkere Endam. Il en devient le coordinateur principal. Le mouvement, non reconnu par l'État mauritanien et dépourvu de siège officiel, se structure rapidement en cellules locales à Nouakchott et dans les villes du sud, tout en s'appuyant sur des relais au sein de la diaspora établie en France et en Belgique.
Dès l'été 2011, le TPMN organise des marches et des sit-in à Nouakchott ainsi que dans les villes du sud du pays, en particulier à Maghama où un jeune manifestant, Lamine Mangane, est tué par balle lors d'une protestation contre le recensement en septembre 2011.
En novembre de la même année, le collectif commémore les martyrs d'Inal, soldats noirs pendus dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990. Ces rassemblements sont régulièrement réprimés par les forces de l'ordre au moyen de bombes lacrymogènes et d'arrestations.
La visibilité d'Abdoul Birane Wane dans l'espace public mauritanien et international croît rapidement. En décembre 2011, Jeune Afrique le qualifie dans un long portrait de personnage central du mouvement et lui consacre un article intitulé « Le missionnaire », soulignant à la fois son ascétisme et sa détermination.
Un sondage réalisé par des médias mauritaniens à la fin de l'année 2011 le désigne comme « l'homme de l'année » parmi les leaders politiques du pays.
Le pouvoir mauritanien perçoit Wane comme une menace à l'unité nationale. En février 2012, il est arrêté à l'hôpital national de Nouakchott alors qu'il rend visite à un membre de sa famille hospitalisé. Les autorités l'accusent de diriger une organisation non reconnue et de liens supposés avec des troubles à l'Université de Nouakchott. Un responsable de la police confirme son arrestation à l'Agence France-Presse, imputant à Wane des ordres visant à perturber l'institution universitaire, accusations que le mouvement TPMN rejette fermement.
Après sa déférence devant le procureur de la République, il est libéré. La Cour nationale du droit d'asile française (CNDA), dans une décision du 20 novembre 2014, reconnaît le mouvement TPMN, sous la direction d'Abdoul Birane Wane, comme organisation non reconnue par l'État mauritanien et ayant subi des persécutions de la part des autorités.
Le 9 avril 2014, Abdoul Birane Wane est reçu en audience au palais de la République par le président Mohamed Ould Abdel Aziz.
Depuis mars 2012, le mouvement TPMN élargit ses revendications au-delà du seul recensement pour embrasser toutes les formes de discrimination : sous-représentation des Noirs à l'Assemblée nationale (13 députés sur 95 au moment de l'interview), absence de partage du pouvoir dans les gouvernements successifs, et marginalisation économique et administrative des populations halpulaar, soninké et wolof.
À partir de 2013-2014, des tensions internes fragilisent l'unité du TPMN. Certains cadres du mouvement, dont le porte-parole Alassane Dia, reprochent à Wane un monopole excessif de l'organisation à son profit personnel. Ces divergences conduisent à une scission : le mouvement se divise en deux factions, dont l'une reste sous la coordination de Wane.
Abdoul Birane Wane participe à plusieurs scrutins électoraux mauritaniens sans jamais être élu. Il s'est présenté à des élections locales dans le cadre de la coalition « Espoir Mauritanie », qui réalise des résultats notables lors des élections locales, avant de connaître des tensions internes.
Œuvres En juillet 2018, Abdoul Birane Wane publie aux Éditions Continentales, à Paris, son ouvrage intitulé Les Noirs de Mauritanie, entre résistance et résignation , préfacé par Albert Moutoudou, président de l'Union des populations du Cameroun.
Le livre retrace l'histoire des Négro-Mauritaniens depuis l'indépendance du pays en 1960 : les déportations de 1989, les massacres entre 1986 et 1991, l'épuration dans les rangs de l'armée, la spoliation des terres, et le recensement discriminatoire de 2011.
Son second ouvrage majeur, Le Fuuta Tooro : aristocratie, guerres fratricides et protectorat français, paraît en mars 2020, préfacé par Baba Alpha Oumar Konaré. L'auteur y reconstitue l'histoire politique et militaire de la région du Fouta Tooro durant la seconde moitié du XIXᵉ siècle, marquée par le conflit entre les provinces du Laaw et du Boosoya, et par l'intervention progressive de la France coloniale.
Il analyse les alliances avec les royaumes du Kajoor, du Jolof, du Xaaso, du Bunndu, et certains émirats maures, ainsi que le rôle du traité de Galoya du 24 octobre 1877 dans le démembrement du Fouta.
Vie personnelle À l'époque de son ascension politique, vers 2011, Abdoul Birane Wane choisit délibérément le célibat, estimant que les liens familiaux constituent en Afrique un moyen privilégié de pression sur les opposants politiques. Suite à ses nombreuses arrestations et aux menaces répétées des autorités mauritaniennes, il s'installe en France, où il poursuit son militantisme depuis l'exil.
Références
Catégorie:Naissance en 1976 Catégorie:Personnalité mauritanienne du XXIe siècle Catégorie:Écrivain mauritanien Catégorie:Militant mauritanien