Le Port neuf ou l'Arsenal de Toulon, pris dans l'angle du Parc d'Artillerie, est une huile sur toile réalisée en 1755 par le peintre français Joseph Vernet.

L'œuvre correspond au quatrième tableau de la série Les Vues des ports de France commandée par le marquis de Marigny en 1753 pour illustrer la puissance navale et commerciale du royaume de France sous Louis XV. Conservée au musée national de la Marine, l'œuvre est un dépôt du musée du Louvre depuis 1943.

Présenté au salon de 1755, le tableau confirme le statut de Vernet comme peintre officiel de marine du roi. La série constitue aujourd'hui un des témoignages artistiques les plus importants de l'activité maritime française au .

Genèse de l’œuvre Contexte de commande

La série des Vues des ports de France En 1753, un projet ambitieux est initié par le marquis de Marigny, surintendant des bâtiments du roi Louis XV et frère de madame de Pompadour. Il commande une série peinte de 24 vues des principaux ports du royaume. L'objectif est, d'une part, de documenter les infrastructures maritimes et les diverses activités qui en font la richesse et, d'autre part, de glorifier la politique de reconstruction navale de Louis XV.

C'est à Joseph Vernet, déjà reconnu pour ses marines, qu'est confiée la réalisation de l'ensemble du cycle. Le marquis de Marigny justifie son choix auprès du roi en vantant les qualités du peintre : 27 septembre 1753, Registre des lettres et des mémoires présentés au Roi.. Joseph Vernet y travaille de 1754 à 1765 en se déplaçant dans les différentes villes dépeintes pour mieux en saisir la vérité et ne livre finalement que quinze tableaux sur les vingt-quatre initialement prévus. Le Port neuf ou l'Arsenal de Toulon, pris dans l'angle du Parc d'artillerie est la première vue de la ville qu'il finalise, en 1755, précédant ainsi la Vue de la Ville et de la Rade de Toulon (1756) et Le Port vieux de Toulon. La vue en est prise du côté des magasins aux vivres (1756).

Pour s'imprégner de l'air et de la topographie de la ville, le peintre s'installe à Toulon de 1754 à 1756. S'il ne peint pas directement sur le motif, il réalise tout de même plusieurs dessins préparatoires Joseph Girard fait mention d'un « dessin au crayon noir » de Vue du port neuf de Toulon, prise de l'angle du parc d'artillerie. de Joseph Vernet donné par Horace Vernet au Musée Calvet en 1839, dans la section Pastels, aquarelles et dessins du catalogue du Musée Calvet d'Avignon, 1909, ..

La Marine française sous Louis XV La commande des Vues des ports de France intervient dans un contexte de transformation de la marine royale. Au lendemain de la guerre de succession d'Espagne (1701-1714) et à la fin du règne de Louis XIV, la flotte française traverse une période difficile. Dans les années 1720, elle conserve encore un grand nombre de navires hérités du siècle précédent, souvent vétustes et dont l'entretien est coûteux. Le budget alloué à la marine est absorbé par le maintien des galères et la protection du commerce côtier.

La situation évolue à partir des années 1730. Face à la domination numérique de la Royal Navy britannique, la France opte pour une rénovation qualitative de sa marine, se traduisant par le développement de nouveaux navires comme le vaisseau de 74 canons.

Dans ce cadre, le port de Toulon occupe une place prépondérante en tant que premier arsenal militaire de France sur la Méditerranée. La fin de la guerre de Succession d'Autriche (1748) n'apporte qu'une paix temporaire avant le déclenchement de la guerre de Sept Ans (1756-1763). Les tensions persistantes avec les Britanniques et les ambitions navales en Méditerranée appellent à la modernisation des ports. Toulon, un des plus importants ports du royaume, à la fois du point de vue défensif et du point de vue du commerce maritime avec le Levant et les colonies, n'échappe pas à ces travaux de modernisation.

L'Arsenal de Toulon Occupé depuis l'Antiquité, désigné sous le nom de Telo Martius portus dans l'Itinéraire d'Antonin, puis Tolon ou Tholon, le port de Toulon bénéficie d'une configuration naturelle composée d'une grande et d'une petite rade s'étendant sur 1500 hectares. Si le site est utilisé depuis l'époque romaine, c'est Henri IV qui offre à Toulon son premier rôle militaire. Il fait édifier, entre 1589 et 1595, une enceinte fortifiée sur les plans d'Ercole Negro. Le port continue de se développer et, en 1631, l'arsenal abrite déjà un chantier de construction navale ainsi que divers magasins de stockage.

C'est pourtant à l'époque de Louis XIV que l'Arsenal connaît ses plus importants travaux. Colbert, secrétaire d'État à la Marine de Louis XIV, souhaite . Il confie les travaux d'agrandissement de l'arsenal à Vauban, qui se rend à Toulon en février 1679 et fait valider son projet en 1682. Il ajoute une seconde rade et des bâtiments caractéristiques des grands ports de guerre, notamment une Corderie de 402 m de long. Les travaux durent quinze ans mais sont suspendus à cause des conflits avec les autres puissances européennes à la fin du siècle.

Une seconde campagne de travaux commence à la moitié du pour répondre à la volonté du ministre de la Marine de moderniser les infrastructures portuaires. Les Vues des ports de France de Vernet constituent un témoignage essentiel de cette période.

Description et analyse

Composition Le peintre concentre le point de vue sur le parc d'Artillerie, qui occupe entièrement le premier plan. L'entrée est délimitée par les piles de boulets de canons visibles en bas du tableau à gauche. Au sol, les pièces d'artillerie sont alignées. Certains canons portent les armes du roi, signalant l'appartenance du port à la Marine royale française.

Le peintre restitue avec précision la topographie du site et les différents bâtiments qui le composent, incluant la Corderie, tels qu'ils résultent des travaux d'aménagement entrepris dans la première moitié du . Au-delà du parc d'Artillerie, le plan intermédiaire dévoile les quais et les bassins du Port neuf. Plusieurs navires y sont amarrés, dont un vaisseau de trois-mâts visible en perspective dans le second bassin. L'arrière plan s'étend de la rade de Toulon au mont Faron. Le regard du spectateur est placé sur un point légèrement surélevé, surplombant l'activité humaine au premier plan et ouvrant sur le ciel qui occupe les 3/4 de la composition. D'un point de vue topographique, le tableau constitue un témoin fidèle de l'organisation du port de Toulon au milieu du .

L'activité portuaire Si le cadre architectural est précisément fidèle à la réalité des lieux, la répartition des activités humaines et navales au sein du tableau est une mise en scène visant à créer l'impression d'un port foisonnant et vivant. Vernet ne peint pas une scène observée sur le vif, mais opère une synthèse des diverses opérations portuaires. Il rassemble ainsi des scènes de déchargement et de vérification des marchandises, des scènes de construction et d'entretien des navires ainsi que des visites mondaines par des femmes de la bourgeoisie ou de l'aristocratie locale.

La disposition des navires, qu'ils soient à quai, en cours de manœuvre ou au mouillage, est organisée pour structurer l'espace et guider le regard depuis le premier plan vers l'horizon. Les pièces d'artillerie sont parfaitement alignées au second plan. De même, les personnages occupent l'ensemble de la scène, sans laisser de place au vide, et la lumière du matin vient projeter leurs ombres sur la gauche. Cette composition suggère une activité portuaire française continue et ordonnée.

Toutes les classes sociales sont rassemblées au sein de l'œuvre. À gauche, des ouvriers sont représentés en train de tarauder un canon de bronze. Plus au centre, un officier, entouré de jeunes enseignes, procède à l'inspection de bombes de mortier récemment réceptionnées.. Ces projectiles sont ensuite marqués au pinceau avant d'être acheminés vers leur lieu de stockage. À droite, un groupe composé d'officiers et d'ingénieurs, reconnaissables à leur équerre et compas, supervise les opérations.

À droite, un groupe de forçats, reconnaissable à leur blouse rouge, sont enchaînés les uns aux autres. Cet élément illustre le recours à la main-d'œuvre forcée, alors essentielle aux opérations portuaires.

La formation des membres de la marine est également évoquée. Au second plan à gauche, des apprentis canonniers manœuvrent des canons. Devant eux, on observe un groupe de bombardiers.

Une vision idéalisée La confrontation entre la véracité topographique et la mise en scène des activités s'inscrit dans un des objectifs de la commande royale. Si l'artiste ne respecte pas toutes les consignes, comme en témoigne l'absence du lancement à l'eau d'un vaisseau de guerre qui avait été demandé par le marquis de Marigny, il réussit tout de même à donner l'image d'un arsenal puissant et actif. La présence marquée du parc d'Artillerie au premier plan souligne la vocation militaire du site, tandis que les différentes activités illustrent la logistique d'un tel port au .

Cette composition, qui combine fidélité topographique et mise en scène narrative, participe à la valorisation des infrastructures navales du royaume de France. Vernet offre ici une image de synthèse de l'activité portuaire, visant, conformément à la volonté du marquis de Marigny, à documenter la puissance maritime française sous le règne de Louis XV.

Réception et postérité

vignette|Le Port Neuf ou l’arsenal de Toulon, gravé par Cochin et Le Bas d’après Vernet, vers 1776–1780. L'œuvre est présentée au Salon de 1755, aux côtés de L'Intérieur du Port de Marseille, vu du Pavillon de l'Horloge du Parc (1754), Tempête & naufrage d'un Vaisseau L'œuvre fut également commandée par le marquis de Marigny et fait aujourd'hui partie de la Wallace collection. et de La Madrague, ou la Pêche du Thon.. Le livret de l'exposition décrit certaines des conditions dans lesquelles l'œuvre a été peinte : .

La critique contemporaine salue la capacité de Vernet à concilier précision topographique et animation pittoresque. Denis Diderot, dans ses Salons, exprime son admiration pour le peintre et ses marines. À l'occasion du Salon de 1759, l'écrivain note :

Ces commentaires témoignent de la reconnaissance du peintre officiel de la Marine, qui réussit à rendre compte de l'état des port les plus importants du royaume tout en y inscrivant des scènes narratives et vivantes permettant de transmettre une image d'abondance et de puissance de la France sous Louis XV.

Vernet ne termine pas la série, et c'est Jean-François Hue qui est chargé en 1791 de la compléter. Il exécute entre 1792 et 1798 la série des Vues des ports de Bretagne, dont les tableaux sont aujourd'hui conservés au Palais du Luxembourg et au Musée national de la Marine.

Notes et références Notes

Références

Bibliographie

Articles connexes Vues des ports de France Histoire de la marine française sous Louis XV et Louis XVI

Liens externes

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