Moussa Ould Samba Sy est un journaliste mauritanien, directeur de publication et cofondateur du Quotidien de Nouakchott, ainsi que président du Regroupement de la presse mauritanienne (RPM). Figure centrale du paysage médiatique indépendant de Mauritanie, il est également connu comme défenseur de la liberté de la presse, consultant en communication stratégique et auteur d'un roman paru en 2025.

Biographie

Formation et débuts professionnels Moussa Samba Sy suit une formation dans le domaine du journalisme et de la communication avant de faire ses premières armes dans plusieurs organes de presse mauritaniens. Il collabore successivement avec les titres Les Temps, Maghreb Hebdo, Al Mostagbal et Carrefour, des publications qui lui permettent d'acquérir une solide expérience rédactionnelle et de se constituer un réseau au sein de la profession.

Carrière En 2008, Moussa Samba Sy cofonde avec son confrère Jedna Deida le Quotidien de Nouakchott, journal indépendant d'informations générales paraissant à Nouakchott. La publication se donne pour mission de fournir une information fiable, vérifiée et accessible, en se positionnant comme un acteur clé du paysage médiatique national et régiona.

Moussa Samba Sy en assume la direction de publication, veillant à maintenir une ligne éditoriale équidistante des acteurs politiques. Cette posture lui vaut d'être régulièrement accusé, d'un côté, d'être proche de l'opposition, et de l'autre, d'être proche du pouvoir, ce que lui-même considère comme une preuve de l'indépendance réelle du journal. À l'occasion du millième numéro du Quotidien de Nouakchott, il réaffirme cet engagement.

Sous sa direction, le journal réalise des enquêtes et des scoops, et acquiert une réputation de média privé critique envers le gouvernement de Nouakchott.

Moussa Samba Sy occupe la présidence du Regroupement de la Presse Mauritanienne (RPM), organisation fondée en 2005 et rassemblant, à son apogée, 32 organes de médias, journaux, chaînes de télévision, radios et sites en ligne. Le RPM est le partenaire national de la Media Foundation for West Africa (MFWA), organisation panafricaine de défense de la liberté de la presse basée à Accra.

À ce titre, il est l'une des voix les plus audibles du secteur médiatique mauritanien. En 2015, dans une interview accordée au journal Le Calame, il critique publiquement la distribution du fonds d'aide à la presse, estimant que l'enveloppe de 200 millions d'ouguiyas, fixée à une époque où seule la presse écrite existait, n'a pas été révisée pour prendre en compte l'essor de la presse électronique et audiovisuelle. Il y compare la situation mauritanienne défavorablement à celle de pays voisins comme le Sénégal, le Mali, le Maroc ou l'Algérie.

Moussa Samba Sy s'exprime également sur la liberté de la presse en Mauritanie. Interrogé sur le classement favorable de son pays en matière de liberté d'expression dans le monde arabe, il déclare préférer que la Mauritanie soit dernière parmi les bons élèves plutôt que première parmi les mauvais.

Fin 2017, la presse mauritanienne traverse l'une de ses crises les plus graves. L'imprimerie nationale de Mauritanie fait face à une pénurie de papier qui prive les kiosques de journaux pendant plusieurs semaines. Moussa Samba Sy, en sa qualité de directeur du Quotidien de Nouakchott et de président du RPM, est l'une des premières voix à dénoncer la situation. Il pointe l'opacité des responsables de l'imprimerie nationale, qui donnent des explications contradictoires, et souligne que les quotidiens publics, Chaab et Horizons, continuent d'être édités normalement malgré les mêmes conditions contractuelles.

Dans une déclaration à l'agence IFEX, il exprime ses soupçons d'une manœuvre gouvernementale destinée à étouffer la presse indépendante : l'imprimerie nationale dépend de l'État, et cette dépendance fragilise structurellement les médias privés. Pour lui, cette crise s'inscrit dans un contexte plus large de rétrécissement de l'espace médiatique, conjuguant la fermeture des chaînes satellitaires privées en octobre 2017 et l'interdiction faite aux institutions publiques de contracter de la publicité dans les médias privés, décidée un an plus tôt.

En 2018, il prononce un appel fort en faveur de l'unité des journalistes mauritaniens lors d'une conférence de presse réunissant le syndicat des journalistes, l'association des journalistes, l'union des sites électroniques et le RPM, qu'il salue comme une nouvelle ère de fraternité et de cohésion pour les médias nationaux.

Pressions et arrestations Le 25 août 2017, Moussa Samba Sy est interpellé par la police mauritanienne. Des agents font irruption dans les locaux du Quotidien de Nouakchott, l'interrogent sur place avant de le conduire pour un interrogatoire prolongé au siège de la direction générale de la sûreté de Nouakchott. Jedna Deida (Mauriweb), Babacar Baye Ndiaye et Rella Ba (Cridem) sont également arrêtés le même jour, tous directeurs ou responsables de médias privés indépendants et critiques du gouvernement.

L'interrogatoire est mené dans le cadre d'une enquête concernant notamment le sénateur Mohamed Ould Ghadda, poursuivi pour « crimes transfrontaliers », et porte sur les sources de financement de ces médias. La Media Foundation for West Africa (MFWA) dénonce des actes d'humiliation et d'intimidation, et appelle la police mauritanienne à respecter les procédures légales et la dignité des journalistes. Dans un communiqué du 26 août 2017, l'Institution de l'opposition démocratique accuse le régime d'utiliser le pouvoir judiciaire pour museler les voix dissidentes.

Le 10 décembre 2017, la MFWA et le RPM adressent conjointement une lettre ouverte au président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, lui demandant de mettre fin aux violations de la liberté d'expression, citant explicitement les arrestations du 25 août et qualifiant la directive interdisant aux institutions publiques de contracter de la publicité dans la presse indépendante de tentative d'asphyxie économique délibérée.

En janvier 2016, Moussa Samba Sy figure parmi quatre journalistes convoqués par le procureur de Nouadhibou, une ville située à plus de 500 kilomètres de Nouakchott, suite à une plainte déposée par la SNIM (Société nationale industrielle et minière). Le RPM dénonce alors un ciblage systématique des journalistes de la presse indépendante et rappelle que la liberté d'expression est un droit inaliénable.

Distinctions En décembre 2024, lors de la troisième édition du Prix africain du journalisme d'investigation (PAJI), organisée les 2 et 3 décembre à Nouakchott dans le cadre du programme RIMédi@s, avec le soutien de l'ambassade de France et en partenariat avec Radio France Internationale, le Quotidien de Nouakchott remporte un prix dans la catégorie « institutions de presse ».

Cette récompense consacre une enquête du journal portant sur l'attribution controversée du contrat du projet IDINI, destiné à sécuriser l'approvisionnement en eau potable de Nouakchott. L'enquête met en lumière des tentatives présumées de falsification de documents pour favoriser une entreprise égyptienne, la société AMSC, pourtant éliminée pour non-conformité technique.

Œuvres littéraires En 2025, Moussa Samba Sy publie son premier roman, intitulé Le Théâtre des ombres, aux éditions françaises. L'ouvrage explore les coulisses du pouvoir contemporain, mêlant espionnage, diplomatie et manipulation de l'information. La trame narrative suit Jan Eisenberg, personnage central orchestrant un réseau de surveillance clandestine permettant à une élite internationale de gouverner dans l'ombre. Lorsque son protégé accède à la Maison-Blanche, les mécanismes de contrôle se retournent contre leurs auteurs. Trois enquêteurs venus de Madrid, de Bruxelles et de Gaza se lancent à la poursuite de vérités susceptibles de renverser des empires.

Références

Catégorie:Journaliste mauritanien Catégorie:Patron de presse du XXIe siècle