vignette|Un groupe d'ornithologues amateurs pratiquant l'observation des oiseaux. Une grande année ( ) est un défi personnel ou une compétition informelle entre ornithologues amateurs qui tentent d'identifier le plus grand nombre possible d'espèces d'oiseaux à vue ou à l'oreille, au cours d'une même année civile et dans une zone géographique déterminée. L'identification peut se faire par observation directe ou par reconnaissance du chant et des cris de l'oiseau, sans qu'une capture ou une photographie soit nécessaire.

Popularisée en Amérique du Nord, une grande année se déroule couramment à l'échelle d'un seul État américain ou d'une province canadienne, ou encore dans des zones plus vastes telles que les 48 États contigus, dans l'aire officielle de l'American Birding Association (ABA), ou parfois à l'échelle du globe entier. La pratique repose sur un code d'honneur : aucun organisme officiel ne valide les observations, et les participants sont invités à consigner leurs données avec rigueur, souvent en les versant dans des bases de données citoyennes telles qu'eBird.

Une grande année mobilise des ressources considérables en temps, en déplacements et en argent, les participants les plus sérieux pouvant parcourir des dizaines de milliers de kilomètres au fil des saisons, à la poursuite d'espèces rares ou migratoires. Elle a été rendue célèbre auprès du grand public par le roman The Big Year de Mark Obmascik (2004), adapté au cinéma en 2011.

Le record de grande année dans l'aire de l'ABA, soit 840 espèces, a été établi par John Weigel, d'Australie, en 2019. Le record mondial, soit 6 852 espèces, a été établi en 2016 par Arjan Dwarshuis, des Pays-Bas.

Histoire vignette|Un homme observe des oiseaux sur l'île de Maui dans l'État de Hawaï, territoire comptabilisé dans l'aire géographique officielle de l'American Birding Association depuis 2016. La publication en 1934 du premier guide ornithologique moderne de Roger Tory Peterson révolutionna l'observation des oiseaux en Amérique du Nord. Les premières grandes années à l'échelle continentale furent le fait d'ornithologues itinérants : Guy Emerson en établit le premier record connu avec 497 espèces en 1939, suivi de Bob Smart (515 espèces en 1952), puis de Stuart Keith, qui porta la barre à 594 espèces en 1956 en suivant l'itinéraire du célèbre périple de Peterson et James Fisher à travers les États-Unis.

La fondation de l'American Birding Association (ABA) en 1969 standardisa la pratique en définissant une aire géographique officielle. Les décennies suivantes virent les records s'enchaîner rapidement : 626 espèces pour Ted Parker en 1971, 669 pour Floyd Murdoch en 1973, 699 pour James Vardaman en 1979, puis 710 pour Benton Basham en 1983. Sandy Komito porta le record à 722 espèces en 1987, avant de le repousser lui-même à 748 en 1998, année qui inspira le livre de Mark Obmascik adapté au cinéma en 2011 sous le titre The Big Year.

L'essor d'eBird et des réseaux sociaux à partir des années 2010 transforma profondément la pratique, en améliorant considérablement la diffusion des alertes aux oiseaux rares. Les records s'accélérèrent : Neil Hayward établit un nouveau record ABA à 749 espèces en 2013, avant que John Weigel ne le porte à 840 espèces en 2019 avec l'intégration de Hawaï dans l'aire comptabilisée, décidée par l'ABA en 2016. La même année, Arjan Dwarshuis établit le record mondial à 6 852 espèces.

La pratique s'est également diversifiée : Lynn E. Barber fut en 2008 la première femme à dépasser 700 espèces ; des couples, des frères et des ornithologues de plus en plus jeunes ont depuis intégré ces compétitions informelles. La pandémie de COVID-19 perturba les grandes années 2020 et 2021, limitant les déplacements vers le Canada et l'Alaska.

Grande année mondiale vignette|Un ornithologue amateur britannique observe un Hypolaïs rama dans la région de Bangalore en Inde. En 2008, le couple britannique Alan Davies et Ruth Miller parcourut le monde et recensa 4 341 espèces d'oiseaux, établissant le premier record mondial de grande année. Leur exploit démontra qu'une grande année à l'échelle planétaire était non seulement réalisable, mais susceptible de constituer un défi à part entière, distinct des compétitions nord-américaines qui avaient jusque-là dominé la pratique.

En 2015, l'ornithologue amateur Noah Strycker, originaire de l'Oregon, se lança dans une grande année mondiale avec l'objectif d'observer au moins 5 000 espèces, soit environ la moitié des espèces aviaires connues, au fil d'un tour du globe couvrant plus de quarante pays sur six continents. Le 16 septembre, en Inde, il battit le record de Davies et Miller en observant un Podarge de Ceylan comme 4 342 espèce de l'année. Il termina l'année avec 6 042 espèces, la dernière observée étant une Phodile calong en Assam, en Inde. Strycker relata son aventure dans l'ouvrage Birding Without Borders (2017), qui contribua à populariser la grande année mondiale auprès d'un public plus large.

Le record de Strycker fut immédiatement mis en jeu dès l'année suivante, lorsque l'ornithologue néerlandais Arjan Dwarshuis entreprit de le battre tout en levant des fonds pour le programme de prévention des extinctions de BirdLife International. Le 4 novembre 2016, Dwarshuis observa un Motmot nain au Panama, dépassant le total de Strycker. Il termina l'année avec 6 852 espèces observées, établissant le record mondial actuel de grande année.

La comparaison entre les deux records soulève toutefois une question taxonomique d'importance : Dwarshuis a principalement utilisé la liste de référence du Comité ornithologique international (COI), tandis que Strycker recourait à la liste Clements, utilisée notamment par eBird. Ces deux référentiels ne s'accordant pas sur le découpage de certaines espèces, leurs totaux ne sont pas entièrement comparables : la liste du COI recense généralement un plus grand nombre d'espèces que la liste Clements. Les deux ornithologues ont néanmoins établi des listes de correspondance permettant de rapprocher leurs résultats selon chaque référentiel.

Sur le plan logistique et éthique, les grandes années mondiales posent des défis considérables. De nombreux participants cherchent à en limiter les coûts grâce à des commandites, et à compenser leur empreinte écologique au moyen de programmes de compensation carbone.

Grande année alternative La grande année traditionnelle a été critiquée par des environnementalistes qui reprochent à ses participants de ne pas tenir compte de l'impact écologique de leurs déplacements. Plusieurs ornithologues amateurs ont entrepris des grandes années « vertes », ou alternatives, afin de sensibiliser le public à la fois à l'ornithologie et aux enjeux environnementaux.

En 2005, deux ornithologues britanniques adeptes du vélo décidèrent de se lancer dans une compétition : Chris Mills, dans le Norfolk, et Simon Woolley, dans le Hampshire, s'affrontèrent pour déterminer lequel observerait le plus grand nombre d'espèces en se déplaçant uniquement à vélo, s'appropriant ainsi le titre de détenteur du record de la « Green Year » britannique. Chris Mills remporta la compétition avec 251 espèces.

À partir de l'été 2007, l'adolescent Malkolm Boothroyd et ses parents, Ken Madsen et Wendy Boothroyd, tentèrent une grande année sans recourir aux énergies fossiles, prévoyant de parcourir plus de 16 000 kilomètres à vélo afin d'observer plus de 400 espèces. Partis de leur province natale du Yukon, ils descendirent la côte Pacifique, firent un crochet par l'Arkansas pour assister à la migration printanière du Texas, puis se dirigèrent vers la Floride. Ils préférèrent qualifier leur tentative d'« année des oiseaux » (bird year) plutôt que de grande année. Au final, ils parcoururent plus de 21 000 kilomètres à vélo, recensèrent 548 espèces et levèrent plus de 25 000 dollars américains pour la conservation des oiseaux.

En 2014 eut lieu la première « grande année verte » à l'échelle continentale, menée dans un souci de réduction maximale de l'impact environnemental. Dans une démarche particulièrement radicale, Dorian Anderson parcourut 28 700 kilomètres à vélo à travers les États-Unis, recensant 618 espèces en 365 jours sans recourir à aucun carburant fossile. Il traversa 28 États, parfois à deux reprises, et leva 49 000 dollars américains pour la conservation des habitats. Il refusa tout moyen de transport motorisé, y compris les traversiers qui lui auraient pourtant épargné des centaines de kilomètres de détours autour de divers plans d'eau. Renversé une fois par une voiture et frôlé à plusieurs autres reprises, il termina néanmoins l'année sans blessure grave.

En 2021, Niky Carrera Levy et Mauricio Ossa, un couple de publicitaires et photographes, réalisèrent la première grande année en Colombie, le pays comptant le plus grand nombre d'espèces d'oiseaux recensées au monde. Ils parvinrent à observer 1 471 espèces, soit le plus grand nombre d'espèces comptabilisées en une seule année dans un seul pays. Ils parcoururent les 32 départements colombiens sur une distance de plus de 35 000 kilomètres. Au-delà du recensement ornithologique, ils portèrent un message de conservation centré sur le Grèbe des Andes, seul animal disparu endémique du pays, et obtinrent de 789 enfants qu'ils prêtent serment de protéger les oiseaux.

Notes et références

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