Moritz Schlick , né le à Berlin, en Allemagne, et mort le à Vienne, en Autriche, est un philosophe allemand.

Physicien de formation (il étudie la physique sous la direction de Max Planck), il est l’un des fondateurs du positivisme logique, qualifié de , il est l’un des premiers philosophes « analytiques. ».

Il meurt à Vienne le assassiné par un de ses anciens étudiants .

Biographie

Originaire d'une famille aisée, Schlick étudie la physique à Heidelberg, puis finalement à Berlin, comme élève de Max Planck : Et ils maintiendront une ... Il passe son doctorat en 1904 avec la thèse (). En 1907, il publie un opuscule sur l’eudémonisme : (La sagesse de la vie. Essai d’une théorie de la félicité.).

Son ouvrage d’habilitation, (La nature de la vérité selon la logique moderne), paraît en 1910.. Suivirent plusieurs essais sur l'esthétique, avant que Schlick ne tourne son attention vers des problèmes d'épistémologie, de philosophie des sciences, et de questions plus générales concernant la science. Il se distingua dans cette dernière catégorie en publiant en 1915 un article à propos de la théorie de la relativité, un sujet d’à peine 10 ans, article dont Einstein dira que c’est l’un des meilleurs sur le sujetPhilosophies des sciences, Vrin, 2004, ., estimant ainsi . Il publie également (), où il traite plus systématiquement de la physique post-newtonienne.

En 1922, Schlick devient professeur de philosophie des sciences inductives à l'université de Vienne, après deux postes insatisfaisants à Rostock et Kiel. Dans la même période surviennent deux événements qui vont marquer le reste de sa vie. Premièrement, un groupe de philosophes et de scientifiques (incluant entre autres Rudolf Carnap, Herbert Feigl, Kurt Gödel, Hans Hahn, Otto Neurath, et Friedrich Waismann) suggère à Schlick qu'ils se réunissent régulièrement pour discuter science et philosophie. Ils s'intitulent initialement la Société Ernst Mach, mais sont ensuite exclusivement connus sous le nom de Cercle de Vienne. Le second grand événement est la publication en 1921 du de Ludwig Wittgenstein, un opuscule lapidaire et brillant qui soutient, parmi d'autres éléments, une théorie du symbolisme et une théorie du langage comme image.

Schlick et son groupe sont passionnés par l'ouvrage : ils en font un sujet de discussion de presque toutes leurs réunions. Schlick contacte même Wittgenstein en 1924 et glorifie les vertus du livre de l'Autrichien auprès de ses proches du Cercle. Finalement Wittgenstein accepte de rencontrer Schlick et Waismann pour parler du et d'autres idées. Via l'influence de Schlick, Wittgenstein est encouragé à revenir à la philosophie, qu'il avait alors délaissée depuis quelques années. C'est partiellement sous l'influence de Schlick que Wittgenstein commence à rédiger les réflexions qui formèrent plus tard la « seconde » philosophie de Wittgenstein. Les rencontres entre Schlick, Waissmann et Wittgenstein continuent jusqu’à ce que ce dernier soupçonne Carnap d'avoir utilisé certaines de ses idées sans sa permission dans un essai. L'auteur du Tractatus maintient des conversations épistolaires avec Schlick, mais ses rapports formels avec le Cercle de Vienne se terminent en 1932.

Entre 1918 et 1925, Schlick travaille sur sa (), et, bien que les développements ultérieurs de sa philosophie vont rendre nombre de ses positions épistémologiques intenables, sa Théorie générale est peut-être sa plus grande œuvre pour ce qui est de sa critique de la connaissance synthétique a priori.

Schlick travaille ensuite de 1926 à 1930 pour finir ses Problèmes d'éthique (Fragen der Ethik), par lesquels il surprend certains de ses compagnons en intégrant l'éthique dans les branches viables de la philosophie. Pendant la même période, la Société Ernst Mach publie la fameuse « brochure jaune » : La Conception scientifique du monde, Le Cercle de Vienne. L’article, cosigné par Carnap, Hahn et Neurath, présentait la position farouchement anti-métaphysique qui caractérisait le Cercle de Vienne et rendait, dans sa préface, un hommage explicite à Schlick.

Face à la montée du nazisme en Allemagne et en Autriche, de nombreux membres du Cercle quittent le continent pour les États-Unis ou le Royaume-Uni. Toutefois Schlick demeure à l'université de Vienne : quand il reçoit la visite de Herbert Feigl en 1935, il exprime de la stupéfaction face aux événements ayant lieu en Allemagne. Le , alors qu'il monte les marches de l'université pour se rendre à un cours, Schlick est confronté à un ancien étudiant, Johann Nelböck, qui sort un pistolet et lui tire en pleine poitrine. Schlick meurt peu de temps après. L'étudiant est jugé et condamné. Bien que Schlick ne fût pas juif, mais protestant, la presse d'extrême-droite l'assimila aux milieux juifs et fit de son assassin un héros. Après l'Anschluss, Nelböck obtiendra une grâce, légèrement retardée, après avoir revendiqué l'assassinat d'un « juif ».

La pensée de Schlick

Critique du kantisme Dans l'une de ses premières œuvres, (1917), Schlick présente un examen critique des propositions synthétiques a priori sur l'espace et le temps telles qu'elles sont définies dans le transcendantalisme kantien. Suivant Poincaré et von Helmholtz, il fait reposer en premier lieu cet examen sur les changements provoqués par la théorie de la relativité dans les définitions et les principes de la physique classique. Schlick pensait, en accord avec l'opinion scientifique de son temps, que Kant avait cherché à établir la validité absolue de la mécanique newtonienne au moyen des formes transcendantales de l'intuition et de l'entendement : il aurait considéré les présupposés et les principes premiers de la mécanique classique comme des vérités nécessaires à propos de la réalité empirique, autrement dit, comme des propositions synthétiques a priori. Ce sont les mathématiciens qui, les premiers, ébranlèrent cette théorie ; puis le doute fut également jeté sur la qualité synthétique a priori des lois générales de la physique. Finalement, la théorie de la relativité rompit entièrement avec cette idée du fondement de la physique newtonienne. En effet, d'après la théorie de la relativité, les énoncés sur les états physiques (y compris ceux qui portent sur l'espace et le temps) sont, en conséquence des méthodes utilisées par les sciences naturelles, de caractère empirique : ce sont des propositions synthétiques a posteriori. De plus, vers la même époque, Poincaré montra qu'il était possible d'interpréter les lois universelles de la nature, tels que les jugements de connaissance relatifs à l'espace physique, comme des propositions analytiques ou conventionnelles. Il mit ainsi en évidence la nature conventionnelle de certaines étapes de la méthodologie de la recherche empirique.

Cette critique systématique, d'abord limitée aux problèmes de la fondation des mathématiques et des sciences naturelles, fut étendue par Schlick aux problèmes élémentaires de la connaissance humaine. Cette extension est le trait principal de sa pensée à cette époque, illustrée par (1918) : Schlick y fait une étude critique de toutes les propositions que Kant et ses successeurs décrivirent comme synthétiques a priori. Il parvient à la conclusion que ces propositions peuvent être formulées soit comme des vérités logiques nécessaires, et elles sont donc des propositions analytiques ; soit comme des jugements de connaissance possédant un contenu réel, et elles sont donc des propositions empiriques ou synthétiques a posteriori. Par conséquent, il n'y a pas de propositions synthétiques a priori.

Néanmoins, Schlick, en étudiant les théories fondationnalistes en logique et en mathématiques et, en particulier, le formalisme de David Hilbert, en vint à concéder que, dans le champ logico-mathématique, la question de la possibilité de propositions synthétiques a priori restait ouverte et devait le rester : nous ne sommes pas en mesure de parvenir à une position finale sur cette question. Mais, si même de telles propositions nécessairement valides existaient dans le domaine de la logique et des mathématiques (dans la perspective de l'intuitionisme mathématique par exemple), il reste que, selon Schlick, ces propositions ne peuvent en aucun cas être interprétées comme des jugements de connaissance absolus et valides portant sur la réalité empirique du monde.

Un réalisme critique Par cette critique des propositions synthétiques a priori, Schlick rejette tant la conception kantienne de la connaissance scientifique que la thèse plus générale de la possibilité de connaissances synthétiques réellement a priori, ce qui a pour conséquence le rejet de la prétention de la métaphysique à se constituer comme science (ce qui était l'objet et le but annoncés par Kant au début de sa Critique de la raison pure). Schlick va alors proposer une nouvelle théorie de la connaissance, reposant sur la distinction de l'empirique (connaissance synthétique) et de l'analytique, et dont le critère de vérité devra être déterminé par l'examen des propositions qui constituent les sciences.

Selon Schlick, l'épistémologie, lorsqu'il s'agit de chercher le critère de la réalité, ne requiert pas en premier lieu une connaissance absolument vraie de la réalité. Par exemple, la méthode cartésienne du doute conduit seulement à s'assurer des données immédiates de l'expérience, mais la certitude de ces données n'est en aucune manière suffisante pour répondre à la question de savoir ce qui est réel. Au lieu de chercher une connaissance absolument certaine, Schlick estime qu'il faut se tourner vers les systèmes de propositions par lesquels la science s'efforce de décrire la réalité, et, par un examen critique, éliminer de ces systèmes toutes les propositions qui peuvent être démontrées fausses. Et, s'il reste un système, alors c'est celui-là qui peint la réalité exactement telle qu'elle est. Par réalité dépeinte par les sciences naturelles, il faut entendre le genre de phénomènes décrits par des propositions spatio-temporelles vraies. Ainsi déterminés, Schlick identifie ces objets de la connaissance empirique à la chose en soi de Kant, et il désigne cette position philosophique qu'il défend par l'expression de réalisme critique.

Selon Schlick, la méthode par laquelle il est possible de parvenir à une connaissance de l'ordre spatio-temporel du monde possède cette particularité que, tandis que la vérité des propositions relatives à la réalité empirique et objective ne peut en principe être établie que de manière hypothétique, la fausseté de ces propositions peut, dans certains cas, être démontrée une bonne fois pour toutes. 20 ans plus tard, Karl Popper proposera une théorie asymétrique similaire, en attribuant une forme de certitude à la réfutation des lois naturelles, par opposition au caractère douteux de leur vérification.

Dans cette première période de son développement philosophique Schlick considère le conflit entre l'idéalisme et le réalisme comme un problème factuel qu'il est possible de résoudre par un réalisme critique qu'il va chercher à développer et à justifier en déterminant de manière plus précise ce qu'il faut entendre par connaissance empirique.

Langage, connaissance et métaphysique