(en ) est une encyclique du pape Léon XIV signée le et publiée dix jours plus tard. Elle porte sur « la protection de la personne humaine à l’ère de l'intelligence artificielle ».

Le pape inscrit cette encyclique dans la lignée de de Léon XIII, et y exprime les inquiétudes liées à un usage de l'intelligence artificielle qui déshumanise l'être humain.

Synopsis Magnifica Humanitas propose une réflexion sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, en interprétant le développement technologique comme l’un des aspects décisifs du changement d’époque contemporain. L’encyclique place au centre la dignité de l’être humain, considérée comme un critère fondamental pour orienter le progrès technique et en évaluer les répercussions sociales, culturelles et morales. Dans cette perspective, elle rappelle les principes de la doctrine sociale de l’Église - en particulier le bien commun, la solidarité et la subsidiarité - comme outils d’interprétation de la transformation en cours. Face aux risques d’une culture marquée par la puissance, la domination et la guerre, le document propose l’horizon d’une civilisation de l’amour fondée sur la justice, le dialogue et la responsabilité partagée.

Contexte La publication de l'encyclique a lieu environ un an après l'élection de Léon XIV ; à cette date, ce dernier a réalisé son voyage pastoral en Afrique. Durant ce voyage, il a notamment répondu aux critiques directes émises contre lui par Donald Trump et J. D. Vance, mais également par Peter Thiel qui n'apprécie pas que Léon XIV prône la paix contre la crise du multilatéralisme et la régulation de l'intelligence artificielle ..

Le choix du 15 mai, jour anniversaire de Rerum novarum, revêt une valeur programmatique. En choisissant le nom de Léon, Robert Francis Prevost a manifesté sa volonté de situer son pontificat dans le sillage tracé par Léon XIII et par le magistère social inauguré par l’encyclique de 1891, communément considérée comme l’un des textes fondateurs de la doctrine sociale moderne de l’Église. Magnifica Humanitas s’inscrit dans cette ligne, en se référant à Rerum novarum et en réinterprétant son exigence sociale à la lumière des transformations engendrées par l’intelligence artificielle. Sa réflexion théologique s’enracine en effet dans les principes et les fondements de la doctrine sociale, pris comme critères pour discerner les défis du temps présent.

Le thème de l’encyclique du pape Léon XIV, à savoir la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, s’inscrit dans la continuité des réflexions déjà engagées au sein du Saint-Siège sur ce sujet.

Une réflexion approfondie sur l’avenir de l’intelligence artificielle avait été proposée en janvier 2024, à travers le message du pape François pour la Journée mondiale de la paix, intitulé « Intelligence artificielle et paix ». Dans ce message, François réfléchit aux progrès de la science et de la technologie comme voie vers la paix et aborde également la dimension éthique de l’IA, y compris les questions relatives à la vie privée, aux préjugés et à l’impact de l’IA sur la dignité humaine, et encourage à relever les défis de l’éducation et du développement du droit international.

Dès 2019, la Curie romaine avait entamé un débat sur les implications sociales, éthiques et politiques des changements induits par les technologies numériques, dont l’intelligence artificielle. À cette occasion, le Dicastère pour le service du développement humain intégral (DPIHD) et le Conseil pontifical de la culture (PCC) organisent un séminaire d’experts afin de promouvoir un débat approfondi sur le thème du bien commun à l’ère numérique. Ces mêmes organismes avaient organisé, deux ans plus tôt, une conférence intitulée « Promouvoir le développement humain intégral et la paix à l’ère numérique. Les nouvelles technologies dans le monde post-Covid ». Au cœur du débat : comment la pandémie et le confinement qui s’en est suivi ont accéléré le processus de numérisation ; si, d’un côté, cela a permis l’accès à distance à divers services dans le domaine social, de l’autre, cela n’a pas laissé suffisamment de temps ni pour une réflexion éthique ni pour une réglementation législative exhaustive.

Rédaction Le pape commence la rédaction de cette encyclique dès l'été 2025 .. C'est sa première encyclique.

Publication L'encyclique est annoncée dès octobre 2025, soit quelques mois après le conclave ; les premières spéculations envisagent alors une publication rapide, à la fin de l'année.. C'est néanmoins en mai 2026 que la publication intervient ..

L'encyclique est signée par le pape le , soit jour pour jour après de son prédécesseur homonyme Léon XIII, et elle est publiée dix jours plus tard, le lundi de Pentecôte..

La présentation de l'encyclique le est effectuée par le pape lui-même, ce qui est une nouveauté, analysée par Mikael Corre de La Croix et par Sarah Belouezzane du Monde comme une attention particulière portée par Léon XIV à ce sujet. En outre, le pape est accompagné, pour cette présentation, du cardinal Fernández (préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi), du cardinal Czerny (représentant le dicastère pour le service du développement humain intégral), des théologiennes Anna Rowlands et Léocadie Lushombo (travaillant sur la doctrine sociale de l'Église), de Chris Olah (spécialiste de l'intelligence artificielle et fondateur de l'interprétabilité mécaniste), et enfin du cardinal Parolin (secrétaire d'État) . ..

Titre Le titre Magnifica Humanitas évoque la grandeur et le caractère central de la personne humaine. L’encyclique relie cette dignité à son fondement théologique : l’être humain est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et est appelé à vivre son existence dans la relation et la communion. Dans cette perspective, l’expérience humaine et l’intelligence qui l’exprime ne peuvent être assimilées au fonctionnement des systèmes d’intelligence artificielle. Le document insiste donc sur la nécessité que ces systèmes soient développés et utilisés dans un cadre de responsabilité humaine, éthique et institutionnelle.

Le titre renvoie en outre à la responsabilité partagée de préserver l’humain à l’ère de l’intelligence artificielle. Cette préservation implique la reconnaissance d’une communion plus large, dans laquelle la fraternité devient une responsabilité concrète envers les plus fragiles.

Le titre fait également référence au Magnificat, le cantique de louange prononcé par Marie dans l’Évangile de Luc (Lc 1,46-55). Cette référence introduit une dimension biblique et spirituelle : Marie est présentée comme une icône de foi humble et d’espérance. Dans le cadre de l’encyclique, la référence mariale invite les chrétiens à persévérer dans la prière et à devenir des « tisserands d’espérance » même dans les moments les plus sombres de l’histoire.

Les journalistes analysent le titre de l'encyclique comme une proclamation de la nature intrinsèquement magnifique de l'humain malgré les tentatives récentes, motivées notamment par la technologie, de redéfinir les limites de l'humanité.

Contenu Dès octobre 2025, il est annoncé que l'encyclique abordera des thèmes liés aux nouvelles questions anthropologiques, avec une attention particulière sur le sujet de l'intelligence artificielle. Durant son discours à Yaoundé, le pape avait déjà déploré que l'intelligence artificielle remplace progressivement , ainsi que la mainmise des nouvelles technologies sur les ressources et notamment les terres rares .. Toutefois certaines sources vaticanes affirment que le texte ne se cantonnera pas aux sujets liés à la technologie, mais développera une réflexion globale sur les grands défis du , s'inscrivant dans la doctrine sociale de l’Église.

Dès avant la publication, certaines analystes spéculent sur le fait que cette encyclique constitue pour Léon XIV l'équivalent de Rerum novarum pour son prédécesseur éponyme Léon XIII. De la même manière que l'encyclique du avait posé certaines bases de la doctrine sociale de l'Église catholique, ces mêmes commentateurs estiment que l'encyclique prévue par Léon XIV doit devenir un texte fondateur pour l'ère numérique. Des commentateurs s'attendent à un positionnement clair du pape sur les aspects négatifs et souvent éludés de l'intelligence artificielle : notamment son manque de rentabilité intrinsèque, ses externalités négatives sur le cerveau, sur l'environnement, sur le lien social, sur les libertés, sur l'égalité, sur la dévalorisation du travail ou celle de l'art ..

Le pape impute la croissance fulgurante de l'intelligence artificielle à une « culture de pouvoir » qu'il dénonce, ainsi que les qu'induit l'économie digitale, et qu'il impute plus particulièrement aux grandes entreprises des technologies numériques, critiquant notamment le fait qu'un pouvoir important était placé entre les mains de quelques acteurs, où ce pouvoir tendait à ..

Le paragraphe 110 interpelle particulièrement la presse, Léon XIV décrivant l'intelligence artificielle comme un ; à ce titre, . Ce terme de « désarmement » fait l'objet d'une insistance du pape, qui précise qu'il lui . . ..

Structure Le texte de l'encyclique est assez long, tenant en et 245 paragraphes, soit une longueur comparable à Laudato si' et trois fois la taille de Rerum novarum.

Chapitres 1 et 2 : contexte Les deux premiers chapitres de l'encyclique rappellent le cheminement de la doctrine sociale de l'Église, depuis les pontificats de Léon XIII jusqu'à celui de François, et notamment le fait que cette doctrine soit un « discernement communautaire » permettant de s'adapter aux questions nouvelles. Ces deux chapitres précisent également les principes de cette doctrine en les liant aux défis liés au numérique et rappelant à l'Église que ces principes s'appliquent également à elle et en invitant cette dernière à un examen de conscience face notamment aux divers abus commis par des membres de l'Église.

Ce chapitre constitue également un rappel du fait que l'Église soit légitime à s'exprimer sur les questions sociétales, s'inscrivant notamment en cela dans les pas de son prédécesseur François. Le pape réaffirme même que c'est le devoir de l'Église et un service qu'elle rend à l'humanité de prendre la parole si la dignité humaine et l'avenir des populations sont remis en cause .. À ce propos, le pape rappelle que le principe soutenu par l'Église de la destination universelle des biens, matériels, immatériels et culturels, afin qu'ils ne soient pas confisqués par une minorité, principe déjà présent chez les papes précédents, mais également dans la théologie de Thomas d'Aquin, Augustin d'Hippone ou Ambroise de Milan ..

Chapitre 3 : risques liés à l’intelligence artificielle Le chapitre 3 dénonce plus particulièrement les risques liés à l'intelligence artificielle, notamment son absence de neutralité morale (§ 104), sa gouvernance confisquée par une poignée de personnes (§ 107), la confiscation des données par le secteur privé (§ 108), les monopoles et l' qu'ils créent. De manière plus systématique, c'est le paradigme technocratique qui s'impose, notamment au nom de l'efficacité, qui est dénoncé ici, faisant craindre un asservissement de l'homme à la technique. En outre, le pape dénonce dans ce chapitre la tendance des acteurs de l'intelligence artificielle à définir eux-mêmes les critères éthiques de leur métier ; il estime que ces critères doivent venir d'une autorité extérieure ..

Chapitre 4 : préserver l'humain