Léon Clapisson, né le 26 novembre 1836 à Paris et mort le 12 mars 1894 à Neuilly-sur-Seine, est un homme d'affaires, financier et collectionneur d'œuvres d'art français. Il est considéré comme l’un des premiers collectionneurs privés à avoir soutenu les peintres impressionnistes et les artistes modernes dans les années 1880.
Biographie
Jeunesse et formation Louis Aimé « Léon » Clapisson naît le 26 novembre 1836Archives de Paris - Fichier de l'état civil reconstitué - cote V3E/N 498 - https://archives.paris.fr/archives-numerisees/etat-civil-de-paris/etat-civil-reconstitue-xvie-1859 au 10 rue de la Grange-aux-Belles, dans le 10 arrondissement de Paris . Il est baptisé le 28 décembre suivant à l’Église réformée de Paris.
Il appartient à une famille issue des milieux artistiques bordelais et parisiens. Il est le petit-fils du compositeur et corniste Antoine Clapisson. Son père, Louis Clapisson (1808-1866), est un compositeur renommé sous la monarchie de Juillet et le Second Empire, auteur notamment de plusieurs opéras-comiques à succès, dont La Fanchonnette. Celui-ci réunit également une importante collection d’instruments de musique anciens, plus tard intégrée aux collections du Conservatoire de Paris, constituant aujourd'hui le Musée de la Musique de la Philharmonie de Paris.
Léon Clapisson effectue de brillantes études au lycée de Bourges, où il obtient de nombreux prix scolairesCourrier de Bourges, 17 août 1855.. En 1855, il obtient le baccalauréat, un diplôme peu répandu sous le Second EmpireJournal du Cher, 9 août 1855..
Carrière militaire et débuts dans les affaires En 1861, il s’engage comme volontaire dans l’armée française et rejoint le 3 régiment de zouaves à Philippeville en Algérie. Il y sert pendant quatre années et atteint le grade de sergent avant de rentrer à ParisDossier de la Légion d’honneur de Léon Clapisson. https://www.leonore.archives-nationales.culture.gouv.fr/ui/notice/83134.
À son retour, il s’oriente vers les affaires et la finance. Il débute comme intéressé auprès d’un agent de changeIndicateur des mariages, 7 mai 1865. avant de devenir lui-même agent de change. Grâce à plusieurs opérations financières et immobilières, il acquiert rapidement une importante fortune.
Mariage et guerre franco-prussienne Le 13 juillet 1865, il épouse à Sannois, Marie Henriette Valentine Billet, dite Valentine Clapisson (1849-1930), fille d’un agent de change. Le mariage réunit plusieurs personnalités du monde artistique et littéraire. Parmi les témoins du marié figurent Camille Doucet et Henri Vernoy de Saint-Georges, tandis qu’Ambroise Thomas assiste à la cérémonie. Pour l’occasion, son père Louis Clapisson compose la musique de la messeLe Ménestrel, 4 juin 1865..
Durant la guerre franco-prussienne de 1870, Léon Clapisson sert comme capitaine au 7 bataillon de la Garde nationale pendant le siège de Paris Le Figaro, 19 décembre 1870.. Il se distingue lors de la sortie de Montretout en janvier 1871, ce qui lui vaut d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur le 18 janvier 1872.
Collectionneur d’art
Les débuts d'une collection À partir de la fin des années 1870, Léon Clapisson constitue une importante collection de peintures modernes. Dès 1879, sa collection comporte environ 116 œuvres associant les peintres de l’école de Barbizon aux représentants des courants réalistes et impressionnistesNotice biographique de V. Carpiaux. https://www.ropslettres.be/fr/index-personnalite/clapisson-leon.
En Avril 1881, Clapisson prète une gouache de Camille Pissarro intitulée La Moisson pour la Sixième exposition impressionniste Catalogue de la 6eme Exposition Impressionniste (p.8) sur Gallica. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86184866/f3.item.
Installé dans un hôtel particulier situé au 48 rue Charles-Laffitte à Neuilly-sur-Seine, il fréquente les milieux artistiques et littéraires de son époque. Par l’intermédiaire de Paul Bérard, il fait la connaissance du marchand d’art Paul Durand-Ruel, principal soutien des impressionnistesAnne Distel, Les collectionneurs des impressionnistes, Bibliothèque des Arts, 1989.. En 1882, il acquiert auprès de celui-ci plusieurs œuvres de Pierre-Auguste Renoir réalisées lors du séjour algérien du peintre.
En Janvier 1884, il prête Le Banc d'Edouard Manet,acquis en 1882, à l'occasion de l'Exposition Manet à l'Ecole nationale des beaux-arts Exposition des oeuvres de Edouard Manet : Paris, Ecole nationale des beaux-arts, janvier 1884 (p.73) sur Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65738216.
thumb|center|400px|Le Banc, Édouard Manet, 1881
Sa collection comprend notamment des œuvres de Jean-Baptiste-Camille Corot, Charles-François Daubigny, Gustave Courbet, Théodore Rousseau, Narcisse Diaz de la Peña et Johan Barthold Jongkind, ainsi que des artistes impressionnistes tels que Pierre-Auguste Renoir, Claude Monet, Édouard Manet, Camille Pissarro, Alfred Sisley, Berthe Morisot, Mary Cassatt, Paul Gauguin et Gustave CaillebotteNotice biographique de V. Carpiaux..
Il a possédé notamment une douzaine de toiles de Claude Monet, dont Bord des falaises à Pourville (vers 1882) et Au bord de l'eau, Bennecourt (1868), achetées puis revendues par l'intermédiaire du galeriste Paul Durand-Ruel.
Relations avec Renoir Entre 1882 et 1883, Pierre-Auguste Renoir réalise plusieurs portraits de la famille Clapisson. Il peint notamment deux portraits de Valentine Clapisson. Une première version, dite Dans les roses, représentant Valentine assise sur un banc dans le jardin de la propriété familiale à Neuilly-sur-Seine, est refusée par le commanditaireCatalogue de la vente Sotheby’s New York, 6 mai 2003, lot 18.. Renoir écrit dans une lettre à Paul Bérard en octobre 1882 : « Il faut que je recommence le portrait de Madame Clapisson. J’ai fait un fort four. »
Renoir réalise ensuite un second portrait plus conventionnel, représentant Valentine Clapisson en robe de soirée dans un intérieur. Cette œuvre, signée et datée « Renoir 83 », est aujourd’hui conservée à l’Art Institute of ChicagoNotice de l’œuvre sur le site de l’Art Institute of Chicago. https://www.artic.edu/artworks/16622/madame-leon-clapisson. Ce portrait sera l'unique œuvre envoyée par Renoir au Salon de 1883.
Renoir peint également l'esquisse d'un portrait de Léon Clapisson, demeuré dans des collections particulières, ainsi qu'un portrait de son jeune neveu, Henri Prignot, aujourd'hui au Kunstmuseum de Saint-Galll.
Les deux hommes continuent de se fréquenter par la suite. Renoir relate notamment un déjeuner "chez M. Clapisson", accompagné de Monet, le 4 mai 1884Lionello Venturi, Les Archives de l’Impressionnisme, Durand-Ruel, 1939.Tome 1 (p.278).
Fréquentations artistiques et mondaines Le couple Clapisson a une activité mondaine importante. Léon Clapisson fréquente plusieurs amateurs et artistes proches des milieux symbolistes et impressionnistes, parmi lesquels l'éditeur Georges Charpentier et sa femme Marguerite, l'écrivain Ernest d'Hervilly, le docteur Albert Filleau et le graveur belge Félicien Rops. Celui-ci évoque dans sa correspondance les voyages et nombreuses soirées organisés avec le couple Clapisson, notamment un voyage en Belgique et aux Pays-Bas en 1882.
Rops réalise également plusieurs dessins et menus pour Léon Clapisson, ainsi que des lettrines destinées à son épouse.
En 1890, Léon Clapisson fait partie des donateurs de la souscription, lancée à l'intiative de Claude Monet, afin d'acheter et d'offrir à l'Etat l'Olympia de ManetLe Temps, 9 Février 1890.
Vente de la collection En mars 1885, Léon Clapisson organise à l’hôtel Drouot une vente d’une partie de sa collection. Cette vacation attire une importante affluence et confirme l’intérêt croissant du marché pour les peintres modernes.
Parmi les adjudications notables figurent La Femme au tigre de Corot, vendue 14 000 francs, et un Bords de l’Oise de Daubigny, adjugé 15 000 francs. Des œuvres de Diaz, Jongkind, Courbet ou Rousseau trouvent également preneur à des montants élevés. La vente atteint un total supérieur à 79 000 francsLe Matin, 15 mars 1885..
Mort Léon Clapisson meurt subitement le 12 mars 1894 dans son hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine, à l’âge de 57 ans. Sa disparition suscite l’émotion de plusieurs artistes proches, notamment Félicien Rops, qui lui rend hommage dans sa correspondance : « Mon pauvre ami Clapisson est mort cette nuit subitement, et cela me navre. Ils s’en vont tous, mes pauvres amis, et ils emportent avec eux des morceaux de ma vie. » .
Postérité Après sa mort, sa veuve organise la dispersion du reste de la collection lors d’une vente à l’hôtel Drouot le 28 avril 1894Catalogue de la vente Clapisson de 1894 sur Gallica. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1246067s.r. Quatre-vingt-une œuvres y sont présentées pour un montant total dépassant les 40 000 francs.
Le 12 novembre 1908, Valentine Clapisson, qui semble alors avoir besoin de liquidités, finit par céder à Durand-Ruel son portrait à l'éventail peint par Renoir, pour la somme substansielle de 15 000 francsFrançois Daulte, Auguste Renoir, Catalogue raisonné de l'œuvre peint, vol. I, Figures 1860-1890, pp. 298-299, n° 433..
Léon Clapisson est considéré comme l’un des premiers grands collectionneurs des débuts de l’impressionnisme. Les œuvres ayant appartenu à sa collection sont aujourd’hui conservées dans plusieurs grandes institutions, parmi lesquelles le Musée du Louvre, le Musée d'Orsay, le Metropolitan Museum of Art de New-York ou l’Art Institute of Chicago.
Références
Bibliographie Anne Distel, Les collectionneurs des impressionnistes, Bibliothèque des Arts, 1989. Colin B. Bayley (avec la participation d'Anne Distel), Les Portraits de Renoir, Gallimard, 1997. Catalogue de la vente Clapisson, Hôtel Drouot, 1894.
Voir aussi
Articles connexes Pierre-Auguste Renoir Paul Durand-Ruel Paul Bérard Félicien Rops Impressionnisme
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