L'avortement au Burkina Faso n'est légal que dans les circonstances suivantes selon la loi n° 025-2018/AN du code pénal: si l'avortement sauve la vie de la femme, si la grossesse met gravement en danger la santé physique ou mentale de la femme, si l'enfant risque de naître avec une maladie incurable ou en cas de grossesse résultant d'un viol ou d'un inceste, à condition que cela soit prouvé par un procureur de l'État. Outre le Code pénal, d'autres textes juridiques nationaux encadrent cette pratique au Burkina Faso. La loi 23/94/ADP portant Code de la santé publique et la loi 049-2005/AN portant santé de la reproduction autorisent l'interruption de grossesse dans les mêmes conditions que celles prévues par la loi pénale. Même ces avortements sont limités aux dix premières semaines de grossesse.
Au Burkina Faso, tout avortement pratiqué dans d'autres conditions expose l'auteur de la procédure à une peine d'un à cinq ans d'emprisonnement et à une amende de 300 000 à 1 500 000 francs CFA. Impact des lois restrictives sur l'avortement Au début des années 1990, au moins 5% des femmes admises dans les établissements de santé pour des problèmes de santé maternelle présentaient des complications vitales dues à des avortements non sécurisés, et 70% de ces femmes étaient âgées de 16 à 24 ans. Durant la même période, 35% des femmes ayant sollicité un traitement médical pour infertilité avaient auparavant eu recours à un avortement illégal.
L'incapacité à recevoir un traitement pour les complications liées à l'avortement peut avoir de graves répercussions, car ces complications contribuent à hauteur de 10 à 18% de la mortalité maternelle qui, avec 330 décès pour 100 000 naissances, reste bien au-dessus des objectifs des ODD 2030. Les expériences des femmes en matière d'avortement sont considérablement façonnées par les inégalités structurelles liées au genre et à la richesse.
Profil des femmes et statistiques Les femmes qui avortent au Burkina Faso sont souvent plus jeunes, plus instruites et plus souvent citadines que la moyenne. En 2008, plus de la moitié d'entre elles avaient entre 15 et 24 ans et n'avaient pas encore d'enfant. Le recours à l'avortement est aussi beaucoup plus fréquent chez les femmes célibataires. En 2012, on a recensé environ 105 000 avortements dans le pays. Le taux est plus élevé dans les villes de province que dans la capitale ou dans les villages.
Méthodes et risques pour la santé Le recours aux médecins reste rare, concernant seulement 3% des cas. La plupart des femmes se tournent vers des guérisseurs traditionnels ou tentent d'interrompre leur grossesse elles-mêmes. Elles utilisent souvent des méthodes risquées comme des mélanges de plantes, des doses massives de médicaments ou des produits toxiques comme l'eau de Javel. En zone rurale, la quasi-totalité des avortements est pratiquée dans des conditions considérées comme dangereuses pour la santé.
Conséquences et besoins en santé Chaque année, des dizaines de milliers de femmes au Burkina Faso présentent des complications liées à l'interruption de grossesse. Environ 40% d'entre elles ne reçoivent pas les soins nécessaires, une proportion qui s'élève chez les populations rurales économiquement vulnérables. Ces complications constituent l'un des principaux facteurs de mortalité maternelle. Cette situation est liée à un accès limité à la contraception. Un tiers des grossesses ne sont pas désirées, et 20% des femmes n'ont pas accès aux méthodes de planification familiale souhaitées. L'éducation des filles et la diffusion d'informations relatives à la législation en vigueur sont identifiées comme des facteurs déterminants pour la réduction des risques sanitaires.
Références
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