La géopolitique de l’Arctique désigne l’analyse des rivalités et coopérations dans la région arctique entre les États riverains et proches de l'océan Arctique, en prenant en compte l’ensemble des facteurs politiques, géographiques, climatiques, économiques, démographiques et culturels qui les structurent. Longtemps perçu comme une périphérie marginale, l’Arctique est devenu au début du un espace stratégique majeur, en raison de la fonte accélérée de la banquise, de l’accès potentiel à d’importantes ressources naturelles et de l’ouverture progressive de nouvelles routes maritimes.

Centrée sur le pôle Nord, la zone arctique comprend des États appartenant aux continents américain et européen. La Russie, le Canada, les États-Unis (via l’Alaska), le Danemark (via le Groenland) et la Norvège disposent d’un accès direct aux mers arctiques et concentrent l’essentiel des enjeux de souveraineté maritime et d’exploitation des ressources. La Finlande, l'Islande et la Suède participent aussi activement à la gouvernance régionale, notamment dans le cadre du Conseil de l'Arctique. La région attire également l’intérêt d’États non riverains, tels que la Chine ou le Japon, et de l’Union européenne qui cherchent à y jouer un rôle croissant. Depuis l'entrée dans l'OTAN de la Finlande et de la Suède, la position stratégique de la Russie s'est affaiblie. Pour autant, la Russie affiche de grandes ambitions dans l'Arctique et y déploie d'importants moyens.

Les enjeux géopolitiques en Arctique sont la conséquence du réchauffement climatique qui se traduit par la fonte de la banquise de mer et le dégel du pergélisol, et offre en conséquence des perspectives élargies d'exploitation des richesses énergétiques et minières, et d'ouverture plus large de routes maritimes jusque là impraticables la majeure partie de l'année.

Depuis les années 2010, les tensions géopolitiques s'accentuent dans la région, en lien avec le regain de compétition entre les grandes puissances, les disputes territoriales, la militarisation croissante de la région et l’intérêt d’acteurs extérieurs comme la Chine ou l'Union européenne.

La géopolitique de l’Arctique est aussi indissociable d’enjeux environnementaux majeurs, la région étant l’une des plus affectées par le réchauffement climatique. La préservation des écosystèmes fragiles, les droits des peuples autochtones et la régulation des activités économiques constituent ainsi des dimensions essentielles des débats contemporains sur l’avenir de cet espace stratégique.

Délimitation et spécificités géographiques Définitions de la région arctique La zone Arctique ne figure pas dans la liste des régions du monde établie par l'ONU. Il existe plusieurs définitions de la zone Arctique qui reposent sur des critères géographiques, physiques ou politiques. Géographiquement, l’Arctique comprend principalement l’océan Arctique, recouvert en grande partie par une banquise saisonnière ou permanente, les marges continentales de l’Eurasie et de l’Amérique du Nord ainsi que de nombreux archipels, parmi lesquels l’archipel arctique canadien, le Svalbard et le Groenland, ce dernier constituant la plus grande île du monde. La définition politique la plus souvent retenue comprend les huit États qui sont membres du Conseil de l'Arctique : Canada, Danemark, États-Unis, Finlande, Islande, Suède, Norvège et Russie.

Certaines frontières terrestres de ces États n'ont été fixées qu'au voire au . Ainsi, l'achat de l'Alaska à la Russie par les États-Unis date de 1867. La frontière entre la Finlande et la Russie est modifiée par la Seconde Guerre mondiale.

La longueur de leurs littoraux arctiques est inégale, la Russie (environ 24 000 km) et le Canada (environ 19 000 km) disposant des façades les plus étendues. La Finlande et la Norvège sont les deux seuls États disposant d’une frontière terrestre avec la Russie en Arctique. Le statut de l'archipel du Svalbard est régi par le traité du Spitzberg de 1920 qui reconnaît la souveraineté de la Norvège mais établit un régime international qui restreint les activités militaires. Le Danemark, le plus éloigné du cercle polaire arctique parmi ces huit États, occupe une situation clé via le Groenland et, dans une moindre mesure, les îles Féroéles Îles Féroé sont géographiquement situées en zone subarctique, mais elles occupent une position stratégique dans le corridor maritime entre Arctique et Atlantique Nord, historiquement central dans la confrontation entre l'OTAN et l'URSS puis la Russie., territoires autonomes au sein du Royaume du Danemark. La Suède et la Finlande sont des États arctiques non riverains, bien que leur territoire s'étende au nord du cercle arctique.

L’océan Arctique est le plus petit des océans, avec une superficie d’environ . Il est entouré de vastes mers bordières, qui jouent un rôle central dans les dynamiques climatiques, économiques et géopolitiques de la région. Parmi les principales figurent, le long des côtes de la Russie, la mer de Barents, la mer de Kara, la mer de Laptev, la mer de Sibérie orientale et la mer des Tchouktches. S'y ajoutent la mer de Beaufort entre l’Alaska et le Canada, ainsi que la mer de Baffin entre le Groenland et le Canada. D’autres espaces maritimes, comme la mer du Groenland et la mer de Norvège, sont parfois inclus dans une définition élargie de l’Arctique en raison de leur rôle dans les circulations océaniques et climatiques. Ces mers bordières, souvent recouvertes de glace de mer de manière saisonnière ou permanente, constituent des interfaces essentielles entre l’océan central et les continents. Elles concentrent une grande partie des activités humaines et se trouvent au cœur des enjeux de délimitation maritime et de souveraineté.

Population peu nombreuse +Population de l’Arctique par pays (estimations)Pays (partie arctique)Superficie (M km2)PopulationPopulation autochtonePrincipaux peuples Russie4,3~2 500 000~250 000Nénètses, Khantys,Evenks, Tchouktches Alaska1,5~730 000~120 000–150 000Iñupiat, Yupiks,Aléoutes Canada4,2~150 000~75 000–90 000Inuits, Premières Nations Groenland2,2~56 000~50 000Kalaallit Norvège0,1~480 000~40 000–60 000Samis Suède0,1~250 000~20 000–40 000Samis Finlande0,1~180 000~10 000Samis Islande0,1~380 000 La population de l’Arctique est peu nombreuse et inégalement répartie, avec environ d’habitants. La Russie compte à elle seule d'habitants, concentrés dans l’Arctique européen (oblast de Mourmansk, péninsule de Kola), tandis que la majorité du territoire arctique se situe en Sibérie (notamment à Norilsk) très peu densément habitée.

Une part significative de cette population est constituée de peuples autochtones — notamment les Inuits, les Samis et les peuples autochtones de Sibérie — qui représentent environ 10 % des habitants de l’Arctique. Ces populations, bien que minoritaires en nombre, occupent une place centrale dans les dynamiques sociales et politiques de la région, notamment à travers leur participation aux instances de gouvernance comme le Conseil de l’Arctique. L’Arctique se caractérise ainsi par une faible densité de population, une urbanisation concentrée dans quelques pôles industriels ou administratifs, et une forte diversité culturelle, qui constituent autant d’éléments structurants de sa géopolitique.

Réchauffement climatique rapide vignette|Surface annuelle minimale de la banquise L'Arctique s'est réchauffé à un rythme environ trois fois supérieur à la moyenne mondiale entre 1975 et 2025, la température de surface de la région augmentant de près de . L'Arctique est la région du globe qui se réchauffe le plus rapidement, au rythme de par décennie entre 1995 et 2025. Ce phénomène entraîne de nombreuses conséquences. La glace de mer et de terre fond à un rythme qui s'accélère. Depuis 1979, la banquise de mer a perdu 40 % de sa superficie à son minimum de septembre. L'inlandsis du Groenland fond depuis 2010 six fois plus vite que dans les années 1980, contribuant à la hausse du niveau des océans. Le pergélisol fond également rapidement, réduisant la période durant laquelle le sol gelé permet la circulation sur des routes de terre, obligeant à construire à grands frais des routes fragiles. En revanche, le trafic maritime s'en trouve facilité, ouvrant des perspectives nouvelles de développement des voies commerciales et des activités économiques.

Nouvelles routes maritimes vignette|upright=1.3|Passage du Nord-Ouest (Northwest Passage) et passage du Nord-Est (Northern Sea Route). Au-delà du cercle polaire arctique, deux routes maritimes permettent de relier l'Asie et l'Amérique du Nord à l'Europe : le passage du Nord-Ouest (PNO) dans l'archipel arctique canadien, et le passage du Nord-Est (PNE), aussi appelé route maritime du Nord, le long des côtes sibériennes de la Russie“US Strategic Interests in the Arctic”, Center for Strategic & International Studies, avril 2010. Elles débouchent vers l'Océan Pacifique Nord via le détroit de Béring bordé par les États-Unis et la Russie. Ces routes demeurent soumises à une variabilité saisonnière avec un cycle normal d’extension hivernale et de fonte estivale. La diminution de la surface de la banquise entraîne un allongement de la saison navigable. Celle-ci reste cependant tributaire d'aléas climatiques importants qui rendent la navigation incertaine et dangereuse et constituent donc des freins importants au développement de la navigation commerciale de transit.

L'attrait de ces routes concernant le trafic commercial de transit tient au fait qu'elles diminuent d'un tiers environ la durée de la navigation entre l'Asie et l'Europe : par exemple le trajet entre Hambourg et Yokohama est plus court de et dure 15 jours au lieu de 22 jours par la route maritime traditionnelle. À fin 2025 le trafic maritime de transit empruntant ces voies demeure très faible.. Le trafic commercial de destination, c'est-à-dire dont le point de départ ou d'arrivée est situé dans un port arctique, croît en revanche de manière soutenue, notamment depuis 2014. De même, la navigation de croisière se développe, principalement au Groenland et au Svalbard.

Le PNO comme le PNE traversent des détroits qui les exposent aux mêmes risques géopolitiques que les grandes routes maritimes actuelles. D'ouest en est, du détroit de McClure en mer de Beaufort au détroit de Lancaster dans la baie de Baffin, le PNO traverse l'archipel arctique canadien sur une distance de plus de pour la route la plus courte. Concernant le PNE, les principaux détroits traversés sont, d'ouest en est, le détroit de Kara, le détroit de Vilkitski et le détroit de Sannikov. Selon leur interprétation de l'UNCLOS, le Canada et la Russie considèrent que ces détroits sont inclus dans leurs eaux intérieures ou du moins relèvent de leur juridiction renforcée. Les États-Unis et l'UE contestent cette interprétation.

thumb|upright=1.3|Le brise-glace à propulsion nucléaire Yamal. Les brise-glaces sont indispensables à la navigation en Arctique. Ils assurent la sécurisation des routes maritimes, l'exploitation des ressources naturelles et des fonctions de soutien auprès des populations et des missions scientifiques. Leur possession revêt également une dimension géopolitique, en ce qu’elle contribue à l’affirmation de la souveraineté des États riverains. La Russie dispose de 51 brise-glaces en 2022, soit de loin la flotte la plus importante. Elle est le seul pays à exploiter des brise-glaces à propulsion nucléaire. Le Canada en compte douze, la Finlande neuf et les États-Unis cinq. Pour commencer à combler leur retard, les États-Unis ont conclu un accord de construction de brise-glaces avec le Canada et la Finlande (ICE Pact).

Richesses minières difficilement accessibles