Samir Amin (), né le au Caire et mort le à Relevé des fichiers de l'Insee, est un économiste politique franco-égyptien marxiste et militant anti-impérialiste. Il est notamment connu pour avoir été un des premiers à introduire des concepts comme l'eurocentrisme ou la théorie de la dépendance.

Biographie Samir Amin est né au Caire d'une mère française et d'un père égyptien, tous deux médecins. Il a passé son enfance et son adolescence à Port-Saïd où il suivit les cours dans une école française et obtint son baccalauréat (de type français), en 1947. De 1947 à 1957, il étudie à Paris où il passe avec succès un second baccalauréat option « mathématiques élémentaire » au lycée Henri-IV à Paris puis il décroche un diplôme de sciences politiques à Sciences Po Paris (1952) avant son diplôme en statistique (1956) et en économie (1957). Samir Amin est aussi professeur agrégé en sciences économiques. Dans son autobiographie Itinéraire intellectuel (1990), il écrit qu'afin de passer un temps substantiel en « action militante » il ne pouvait consacrer qu'un minimum de travail à la préparation de ses examens universitaires.

À son arrivée à Paris, Samir Amin rejoint le Parti communiste français (PCF), mais il se distanciera plus tard du communisme soviétique et s'associe pendant un certain temps à des cercles maoïstes.

Par la suite, il enseigne plusieurs années à l'université Cheikh-Anta-Diop de Dakar.

thumb|Tombe du Comité national du Parti communiste français, dans laquelle est inhumé Samir Amin, au cimetière du Père-Lachaise (division 97). Il a également assuré des charges dans différentes institutions. Samir Amin fut par exemple Secrétaire exécutif du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA) entre 1973-1975, directeur de l’Institut africain de développement économique et de planification (IDEP)Institut africain de développement économique et de planification des Nations unies Africa Development-Afrique et Développement, vol. 2, no. 1, 1977, pp. 111–119. JSTOR (Consulté le 8 Mai 2020), ou encore président du Forum du Tiers-Monde..

Hospitalisé depuis le , il meurt le à Paris à l'âge de 86 ans, atteint par une tumeur au cerveau. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise ( division), dans le tombeau du comité national du parti communiste français.

Théorie Sa théorie majeure est celle du développement inégal différenciant les centres du capitalisme où l'appareil de production s'est développé et où le prolétariat peut accéder au statut de classe moyenne consommatrice et leurs périphéries, où sont produites ou extraites les matières premières transformées et valorisées dans les centres et où le prolétariat ne peut accéder à l'autonomie matérielle. Théoricien principal de l'antimondialisme, puis l'altermondialisme, il préconise une manière de « développementisme marxiste » comme prolongement au tiers-mondisme de ses années maoïstes. Moins connu est le fait que sa grille de lecture économiste en fait un historien des « formes précapitalistes » des pays colonisés, notamment africains, mais aussi à propos de la ChineDéveloppement inégal, éd. Minuit, 1973, p. 21-48.. Sa compréhension de l'histoire à l'aune du mode de production en fait aussi un analyste critique de la géopolitique postérieure à la dissolution de l'Union soviétique.

Matérialisme historique Samir Amin s'inscrit dans la tradition marxiste du matérialisme historique. En partant des analyses de penseurs de cette école, Karl Marx, Karl Polanyi ou Fernand Braudel, la théorie d'Amin est une critique du capitalisme et de la structure économique mondiale. Il pointe notamment trois contradictions centrales du capitalisme :

Les intérêts des classes capitalistes, les profits, s'opposent aux intérêts et combats des classes laborieuses (les droits des ouvriers et salariés, ainsi que la démocratie, ont été conquis contre toute logique capitaliste). Le calcul économique rationnel à court terme s'oppose toujours à la logique long-termiste de préservation des ressources (humaines et naturelles) : (Karl Marx) La dynamique expansionniste du capitalisme amène à une polarisation géographique des structures économiques (modèle Centre-Périphérie)

Pour Amin, le capitalisme et son développement ne peuvent être analysés autrement que comme un système mondial composé de pays développés, le centre impérialiste, et de pays sous-développés, la périphérie. Le développement des centres et le sous développement des périphéries doit être vu comme les deux facettes d'une même pièce : le sous-développement des pays des périphéries n'est pas dû à une quelconque spécificité intrinsèque (sociale, culturelle ou géographique) mais est le produit du rapport de force avec les pays du centre et des structures permettant l'accumulation au profit de ces derniers .

Les théories d'Amin sont proches des théories de la dépendance, composée d'auteurs sud-américains comme Ruy Mauro Marini ou Raúl Prebisch, et de celles d'autres auteurs du Système-monde comme Immanuel Wallerstein et Giovanni Arrighi. Les principaux points de désaccords sont autour de la notion de semi-périphérie et de l'analyse du capitalisme comme cyclique, qu'Amin, minoritaire parmi les théoriciens du Système-monde, rejette toutes deux.

Pour Amin son matérialisme historique dit mondial est le marxisme pensé comme système mondial. Le concept de Loi de la valeur est central dans sa théorie, mais il insiste sur le fait que l'économie politique, bien qu'essentiel à la compréhension du fonctionnement du monde, ne peut l'expliquer à elle seule. Il lui manque pour cela la considération des origines historiques du système et des résultats de la lutte des classes.

Loi de la valeur mondialisée La théorie d'Amin de la Loi de la valeur mondialisée est façonnée pour décrire le fonctionnement de l'impérialisme et le sujet de son livre homonyme La loi de la valeur mondialisée. Pour un Marx sans rivage. (2011) . D’après cette théorie, il y a une différence plus importante entre les salaires des producteurs dans les centres impérialistes et ceux des périphéries qu'entre la productivité entre ses deux zones. Ceci est notamment instauré par une rente impérialiste imposée par les multinationales dans les pays des périphéries et ensuite partiellement redistribuée aux classes ouvrières des centres impérialistes.

Ceci s’expliquerait selon Amin, par la liberté accordée aux multinationales, par le libre-échange et l'ouverture (relative) des frontières, de s'installer là où elles trouveront les salaires les plus bas, alors que parallèlement les gouvernements œuvrent à empêcher à la force de travail, aux travailleurs, de se déplacer librement . De plus les pays périphériques, de la théorie d'Amin, ne sont pas totalement connectés au marché mondial dans le sens où les profits sont captés et la croissance parasitée par les firmes capitalistes forçant l'accumulation nationale et les salaires à stagner. Cette dynamique, baptisée « développement du sous développement », est rendue possible par l'existence et particulièrement dans ces pays dits du Sud, d'un taux de chômage très haut aussi appelée armée de réserve du capital dans la théorie marxiste.

Selon Amin, cette Loi engendrerait une sur-exploitation dans la périphérie du capitalisme mondialisé. Cette sur-exploitation, couplée à la redistribution de la rente impérialiste à l'aristocratie ouvrière des centres, constituerait selon lui l'obstacle principal à l'unité internationale de la classe ouvrière. Les pays du centre conserveraient par ailleurs, via ce qu'Amin qualifie de « parasitage » des économies du Sud, un monopole sur les technologies, la finance, la puissance militaire, la superstructure et l'accès aux ressources naturelles.

Le concept de "mode de production tributaire" Le mode de production tributaire est un concept forgé notamment par Samir Amin (puis d'autres économistes et marxistes) sur le caractère particulier de certains rapports de productions qui précèdent le mode de production capitaliste. Ce concept proposé par Samir Amin sur ce mode de production (ou cette famille de modes de production) dit « tributaire », qui engloberait les différents systèmes où le prélèvement du "surtravail" procédait d'une autorité politique. Dans les modes de production tributaires, la soumission d'une très large masse productive, paysanne et artisanale, permet de dégager un tribut grâce auquel peut vivre dans l'aisance, parfois dans le luxe, une certaine oligarchie détenant les armes et le contrôle des religions. Selon l'économiste Michel Beaud, cela serait par exemple le cas . Les individus et les collectivités dominés et dépendants sont assujettis à un tribut, pouvant être par exemple seigneurial.

Le mode principal d'extorsion du « surtravail », c'est-à-dire le processus d'exploitation (et l'appropriation unilatérale du travail des producteurs par une classe dominante), de ce mode de production est donc de nature « tributaire » : rentes de diverses natures et de formes variées versées par la paysannerie à la noblesse, à l'Eglise, à l'Etat royal.

Selon le sociologue Serge Jonas, l'exemple du mode de production seigneurial (ou féodal) est connecté à celui du mode de production tributaire. Les rapports sont de seigneur à serf, attaché au domaine qui constitue l'unité dé production, ou encore de seigneur à sujet dépendant ; où le contrôle de la production se fait par les seigneurs, c'est-à-dire par une caste militaire, et où l'extraction du surplus se fait sous forme de corvée, redevance, tribut ou rente foncière.

Samir Amin résume dans une formule ce qui distingue le mode de production tributaire à celui du mode de production capitaliste : dans le second, le pouvoir est mis au service de l’accumulation de richesses, tandis que dans le premier, ce sont les richesses qui sont mises au service de l’accumulation de pouvoir.

Publications

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Recueil de textes de introduit par Demba Moussa Dembélé, Samir Amin, éditions du CETIM, Pensées d'hier pour demain n°13, 2020, 95 p. Aidan Forster-Carter, The Empirical Samir Amin, in S. Amin: The Arab Economy Today, Londres, 1982, p. 1-40 Gerald M. Meier, Dudley Seers (ed.), Pioneers in Development, Oxford, 1984 Duru Tobi, On Amin’s Concepts - autocentric/ blocked development in Historical Perspectives, dans Economic Papers, 15 (1987), p. 143-163 Fouad Nohra, Théories du capitalisme mondial, Paris, 1997

Articles connexes Théorie de la dépendance Système-monde Immanuel Wallerstein Paul A. Baran Paul Sweezy

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