Les élections municipales de 1965 à Toulouse voient la réélection du socialiste Louis Bazerque face aux communistes et aux gaullistes.
Fief historique de la SFIO depuis le début du siècle, et avant cela des radicaux, dans un contexte de changement de mode de scrutin, les socialistes concluent une alliance de type troisième force pour s'assurer la victoire, notamment avec les indépendants.
Avec un score de 51,71 % dès le premier tour, Louis Bazerque maintient la mainmise des socialistes sur la ville rose.
Mode de scrutin Suite à une réforme du mode de scrutin, la ville de Toulouse ayant plus de 30.000 habitants, l'élection des conseillers municipaux se fait désormais avec un scrutin majoritaire à deux tours dont la liste majoritaire remporte l'ensemble des 37 sièges, et non plus à la proportionnelle. Ce mode de scrutin, et l'absence de possibilité de modification de la liste au second tour, favorise les alliances avant les élections, limitant naturellement le nombre de candidatures. Cette réforme est voulu pour éliminer les minorité dans les conseils municipaux et plus particulièrement pour forcer une bipolarisation qui éliminerait les communistes et renforcerait les gaullistes.
Contexte Si les socialistes dirigent la ville depuis le début du XXe siècle quasiment sans discontinuité (en dehors des mandats de Raymond Leygue et Paul Feuga), depuis l'après-guerre le Capitole est en réalité le lieu d'une coalition de type " Troisième Force " menée par les socialistes avec les radicaux (centre gauche) et le MRP (centre droit).
Or, le temps passant, les socialistes durent s'allier de plus en plus avec les centristes, et parfois même à la droite gaulliste, ce qui fut le cas lors des élections municipales de 1959 où Louis Bazerque accorda 5 postes d'adjoint à l'UNR pour conserver la direction de la municipalité face aux communistes. Une alliance de circonstance qui aura du mal à passer, y compris pour les socialistes, et qui provoquera de multiples échauffements au conseil municipal.
Et ce dès le premier conseil, où le communiste Jean Llante met les socialistes sous pression en affirmant " que les Toulousains ont envoyé siéger au Conseil Municipal une majorité de gauche, une majorité laïque, une majorité républicaine ", faisant ainsi référence aux 64.000 électeurs qui avaient voté pour le PCF, la SFIO et le PSU, soit 24 conseillers sur les 37 de l'assemblée.
La présence de l'UNR au sein de la majorité municipale mettra de plus en plus à mal l'alliance. Sur la question de la guerre en Algérie, le conseil vient à voter plusieurs motions. En janvier 1960, suite à la semaine des barricades, le maire propose le vote du texte suivant :Le Conseil Municipal de Toulouse, réuni le 29 janvier 1960 en séance extraordinaire, adresse au Général De Gaulle, Président de la République, l'expression de son accord sur la politique définie dans sa déclaration du 16 septembre 1959;
Lui demande de tout mettre en œuvre pour le retour à l'ordre et à la paix de tous les citoyens dans le cadre des institutions républicaines;
Lui fait pleine confiance pour réaliser ces buts avec l'appui du Parlement et de la Nation toute entière avec fermeté et sagesse.Une motion suffisamment vague pour que chaque groupe y voie ce qu'il veut. Les socialistes approuvent en totalité la notion d'autodétermination et de paix, les radicaux et indépendants déplorent que le conseil s'exprime sur le sujet mais approuve le texte, tandis que l'UNR approuve en affirmant que " l'Algérie, Province Française, restera Province Française " et que les communistes et socialistes du PSU dénoncent le dernier paragraphe en pointant les contradictions des différents groupes. Par ailleurs, Raymond Badiou proposa à "la population toulousaine [de] se rassembler le 30 janvier à 17 heures sur la Place du Capitole pour manifester son opposition résolue à la sédition et son attachement aux principes de la République", ce que refusa le maire tandis que l'UNR compara cela à un appel à une émeute. La même scène se reproduira en avril 1961, suite au putsch des généraux, où 2 conseillers de l'UNR finiront par quitter le conseil du fait de propos tenus par les élus communistes et du PSU.
Autre illustration de ces distancions, la grève des mineurs de 1963 durant laquelle le conseil de Toulouse vote une motion de soutien aux mineurs en grève, à leurs revendications et nomme le gouvernement responsable de la situation, le tout en versant une aide de 400.000 francs à la Commission des Communes Minières de France de l'Association des Maires de France, destinés aux familles des mineurs éprouvées par les grèves. Un vote qui réunit tous les groupes (30 voix sur 37) à l'exception de l'UNR, pourtant dans la majorité municipale (contrairement aux communistes et au PSU) mais qui ne peut voter à l'encontre du gouvernement auquel il participe.
Face à cette situation, et à l'approche des élections présidentielles qui ont lieu en fin d'année, l'alliance entre la SFIO et l'UNR prend fin. Une rupture d'autant plus logique du fait du changement de mode de scrutin, et de la stratégie nationale des socialistes de créer une "grande fédération" avec les centristes face aux Gaullistes sous l'impulsion de Gaston Defferre. Une stratégie qui se retrouve au niveau local avec le retour de la coalition de type Troisième Force entre la SFIO, les radicaux, le MRP et désormais, les indépendants.
Candidatures déclarées
Premier tour Trois candidats briguent la mairie de Toulouse :
Louis Bazerque (SFIO) « Union Démocratique et Sociale pour les Libertés et l'Expansion Communales », avec le CNIP, les radicaux et le MRP Âgé de 53 ans, conseiller municipal depuis 1953 et maire depuis 1958, Louis Bazerque se représente avec une liste composée de 19 socialistes, 9 indépendants, 5 radicaux et 4 MRP. La seconde place de la liste, et donc promis à être premier adjoint, revient à Pierre Baudis qui était jusqu'alors conseiller municipal indépendant dans le conseil sortant. Suite au retour des pieds-noirs, la liste prend soin d'accueillir des rapatriés qui représentent 12.000 personne à Toulouse, avec 4 personnalités, comme Paul Marty, ancien dentiste de Bab-El-Oued et président de la section Toulousaine du RANFRAN.
Le nom de la liste fait clairement référence à l'ambition de Bazerque, depuis son arrivée à la tête du Capitole, de faire de Toulouse une ville à dimension européenne en lançant de nombreux grands chantiers. Une transformation de la ville qui s'inscrit dans un mouvement national d'adaptation de la ville à la voiture. On peut ainsi citer le réaménagement des allées Jean Jaurès en "expressway", la destruction des halles métalliques des marchés Victor Hugo et des Carmes par des parkings silos abritant aux rez-de-chaussée les marchés, ou encore les projets en cours d'aménagement d'une "seconde ville" au Mirail, la construction du quartier scientifique de Rangueil-Lespinet accueillant la nouvelle université de sciences et de médecine, le CHU, le CNES ou encore des cités universitaires.
Jean Llante (PCF) « Union de la Gauche Démocratique et Laïque », avec le PSU et des radicaux dissidents Après avoir tenté en vain une " union sacrée contre le pouvoir ", où les socialistes auraient eu le poste de maire, les communistes font l'union avec le reste de la gauche où ils acceptent de ne pas avoir la majorité absolue. En plus des 18 PCF, la liste comporte 10 PSU ainsi que 9 personnalités républicaines parmi lesquelles se trouvent 5 radicaux. En deuxième position, on retrouve Raymond Badiou, ancien maire Toulousain SFIO de l'après-guerre, qui s'oppose une nouvelle fois à son ancien adjoint Louis Bazerque. En troisième position, René Escaffre, membre de la chambre de commerce et secrétaire général de la fédération toulousaine du parti radical. Comme les 4 autres radicaux, ils seront exclus dans les jours suivant l'annonce de la liste, le parti étant déjà engagé avec les socialistes.
Henri Sarramon (UNR) « Renouveau économique et social » Isolés, d'autant plus du fait de l'union Bazerque-Baudis, les Gaullistes s'impliquent peu dans l'élection, en mettant en avant une liste apolitique menée par Henri Sarramon, représentant du patronat local, membre du Conseil économique et social et président de la chambre de commerce de la région Midi-Pyrénées. L'UNR possède 12 places sur la liste.
Résultats + Résultats des municipales de 1965 à ToulouseFichier:Toulouse_1965.svgTête de listeListePremier tourSiègesVoix%Louis BazerqueSFIO, CNIP, Rad, MRP51,7137 Jean LlantePCF, PSU, Rad diss27,140 Henri SARRAMONUNR21,150 Exprimés97,22 Votes nuls2,78 Total10037 Abstention34,07 Inscrits / participation65,93
Notes et références
Liens externes
Toulouse 1965