Le marché de Sertius (en latin : ) est un macellum romain situé dans la ville antique de Timgad, dans l'actuelle wilaya de Batna, en Algérie. Implanté à proximité du Capitole et du , il occupe une place importante dans le secteur monumental central de la cité. Il fait partie du site archéologique de Timgad, inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1982.
Construit au cours du premier quart du , probablement sous les Sévères, le marché est financé par le notable Marcus Plotius Faustus et son épouse Cornelia Valentina Tucciana. De nombreuses inscriptions honorifiques les mentionnant ont été retrouvées sur l'édifice. Cette documentation épigraphique est à l'origine de l'appellation moderne de « marché des Sertii » donnée au monument. Les textes conservés témoignent du rôle joué par les élites municipales dans le financement et l'embellissement des équipements publics de la cité.
L'édifice adopte le plan caractéristique des marchés romains, organisé autour d'une vaste cour centrale entourée de portiques et de boutiques. Son architecture comprend notamment une entrée monumentale précédée d'une cour trapézoïdale, un bassin central, un hémicycle méridional comportant sept chambres rayonnantes ainsi qu'une annexe située à l'ouest. Les boutiques conservent plusieurs étals de pierre destinés à l'exposition des marchandises, offrant un témoignage rare sur l'organisation du commerce dans les provinces africaines de l'Empire romain.
Le marché connaît plusieurs campagnes de restauration au cours de l'Antiquité tardive, comme l'attestent les remaniements architecturaux, les matériaux de remploi et une inscription mentionnant le gouverneur Publilius Caeionius Caecina Albinus dans la seconde moitié du . Certaines parties du décor, notamment les consoles sculptées de l'hémicycle, présentent des influences artistiques gréco-byzantines révélatrices de ces transformations tardives.
Dégagé lors des fouilles entreprises à la fin du , le marché de Sertius est aujourd'hui considéré comme l'un des ensembles commerciaux les mieux conservés de l'Afrique romaine. Ses vestiges, ses inscriptions et ses installations marchandes enrichissent l'étude de l'architecture commerciale, de l'économie urbaine et de la vie municipale dans les cités romaines d'Afrique du Nord.
Localisation et contexte urbain Situation de Timgad
La cité de Timgad est implantée sur les contreforts septentrionaux du massif de l'Aurès, dans une zone de transition entre les montagnes et les plaines de l'intérieur de la Numidie. Elle occupe un emplacement largement ouvert, situé à proximité des principaux axes naturels de circulation reliant les hautes terres aurésiennes aux régions de plaine, dans un secteur qui revêt une importance stratégique particulière durant l'époque romaine.
La fondation de la colonie s'inscrit dans une politique de contrôle militaire et d'organisation territoriale menée par le pouvoir romain. Établie au pied de l'Aurès, la ville est conçue comme un point d'appui destiné à surveiller les voies d'accès vers les régions montagneuses et à encadrer les populations montagnardes de la région. Cette vocation défensive et administrative se reflète dans son urbanisme, caractérisé par un plan orthogonal inspiré du camp militaire romain et renforcé par une enceinte de protection.
Au sein de l'Empire romain, Timgad est un exemple caractéristique des colonies de droit romain fondées en Afrique du Nord. Sa position, à la jonction des espaces montagneux et des zones de plaine, favorise son développement comme centre urbain régional et son intégration aux dispositifs administratifs, militaires et territoriaux de l'Afrique romaine.
Situation dans la ville antique vignette|alt=Plan de Timgad indiquant rues, monuments et principaux édifices numérotés.|Localisation du marché de Sertius au centre-ouest du site (élément 44, en violet).
Le marché de Timgad occupe un emplacement majeur dans le tissu urbain de Timgad, à proximité immédiate du Capitole et du decumanus maximus. Le monument s'élève le long de la voie dite « voie du Capitole »L'appellation « voie du Capitole » apparaît dans l'ouvrage d'Émile Boeswillwald, René Cagnat et Albert Ballu, Timgad, une cité africaine sous l'Empire romain : Le Forum (Paris, Ernest Leroux, 1905)., axe reliant la place du temple capitolin à l'arc de Trajan. Sa construction modifie sensiblement le tracé régulier de cette rue, qui se rétrécit progressivement en direction du decumanus.
L'implantation du macellum s'adapte à la topographie du secteur et à l'obliquité du decumanus maximus. La place dallée précédant l'entrée principale adopte ainsi une forme trapézoïdale destinée à corriger les irrégularités de l'espace urbain. La pente de la rue impose également l'aménagement de plusieurs marches permettant de compenser la différence de niveau entre la chaussée et l'esplanade du marché.
Le complexe commercial s'insère dans un environnement monumental particulièrement dense. Le portique antérieur du marché communique avec une terrasse dominant le decumanus, tandis qu'un passage latéral permet de contourner l'édifice par l'ouest. Cette organisation facilite la circulation du public autour du monument et relie le macellum aux principaux axes de circulation de la ville.
Le marché est également associé à un second édifice de dimensions plus réduites, aménagé le long de son côté occidental. Cette construction, traditionnellement désignée comme une annexe du macellum, communique directement avec la terrasse et le decumanus.
Historique Histoire de la cité
La fondation de Timgad remonte à l'an 100, sous le règne de Trajan, qui établit dans cette région une colonie romaine placée sous l'autorité de la Troisième légion Auguste et de son légat Lucius Munatius Gallus = 17842 et 17843.. Implantée à de Lambèse, sur la route reliant cette dernière à Theveste, la cité s'établit sur une vaste plaine en altitude dominée par les reliefs de l'Aurès et du mont Bou Arif. Cette localisation lui confère une fonction stratégique essentielle dans le contrôle des passages menant vers les zones montagneuses voisines.. Son appellation officielle, , rend hommage à Marciana, sœur de Trajan, tout en conservant sous la forme le nom indigène préexistant. Grâce à des conditions naturelles favorables et à l'abondance des ressources en eau, notamment celles provenant de la source d'Aïn Morris, la colonie bénéficie rapidement d'un essor agricole et urbain significatif...
Au cours du Haut-Empire, Timgad s'impose comme l'une des principales cités civiles de Numidie, se distinguant de Lambèse dont la vocation demeure essentiellement militaire.. Cette prospérité profite de la stabilité instaurée par la , qui favorise l'intégration des populations locales romanisées aux institutions municipales et administratives romaines.. La ville se dote de nombreux équipements monumentaux : le forum, le théâtre, le marché, le Capitole, les temples et les thermes. Son économie repose sur un terroir productif associant culture céréalière, oléiculture, élevage et exploitation des ressources forestières... Sous Antonin le Pieux, puis durant le et les premières décennies du , plusieurs campagnes d'embellissement et de modernisation sont entreprises : réaménagement du forum, restauration de la curie, amélioration du réseau viaire et édification de nouveaux monuments, dont l' et le temple des eaux.. Au début du , la population de la ville est estimée à environ ..
À partir du , et plus encore au , Timgad s'affirme comme un centre chrétien de premier plan en Numidie. L'existence d'un évêché y est attestée dès le , et l'évêque Novatus figure parmi les participants au concile de Carthage de 256... Au fil du temps, plusieurs édifices cultuels y sont construits, notamment des basiliques, des chapelles, des baptistères, des oratoires ainsi qu'un monastère. La cité devient l'un des principaux foyers du donatisme en Numidie. En 388, l'évêque donatiste Optatus de Timgad a une grande influence religieuse et politique avant d'être arrêté à la suite de la défaite de Gildon.. Lors de la conférence de Carthage de 411, la ville est représentée simultanément par un évêque catholique et un évêque donatiste.
À partir de la fin de l'Antiquité, Timgad connaît un déclin progressif lié aux bouleversements politiques et militaires de la région. Après avoir intégré le royaume des Vandales, la cité subit les incursions maures ; elle semble avoir été prise puis évacuée au plus tard en 484, sans être totalement abandonnée... La reconquête byzantine marque un renouveau dans son histoire : en 539, le patrice Solomon restaure la ville et fait édifier le fort byzantin, dont les vestiges sont visibles aujourd'hui.. Malgré le recul du centre urbain antique, une présence humaine et religieuse est attestée aux , comme en témoignent plusieurs inscriptions chrétiennes découvertes sur le site.. Les données disponibles ne permettent pas de déterminer les circonstances de l'abandon définitif de la ville, ni la date exacte..
La famille des Sertii vignette|alt=Photographie ancienne montrant un homme debout au milieu de blocs de pierre sculptés et de vestiges antiques dispersés dans l’herbe, devant des ruines monumentales.|Consoles du marché de Sertius, avec l'arc de Trajan à l'arrière-plan. vignette|left|alt=Stèle funéraire rectangulaire en pierre portant une longue inscription latine gravée en lettres capitales sur sa face principale.|Stèle honorifique dédiée à Cornelia Valentina Tucciana = 17842 et 17843.
Le macellum demeure étroitement associé à la famille de Marcus Plotius Faustus et de son épouse Cornelia Valentina Tucciana, dont les inscriptions découvertes dans l'édifice permettent de restituer à la fois le rôle civique, la position sociale et l'importance dans la vie municipale de Timgad. Les nombreuses bases honorifiques retrouvées à l'entrée du marché, dans la cour centrale et sous les portiques rappellent constamment la mémoire de ces deux personnages, au point que les archéologues attribuent à l'édifice le nom de « marché des Sertii ».
Les premières inscriptions apparaissent dès l'entrée monumentale du marché, où deux statues encadrent l'accès principal. Celle placée à droite honore Marcus Plotius Faustus, chevalier romain ayant exercé successivement plusieurs commandements militaires dans des cohortes auxiliaires et une aile de cavalerie avant d'occuper les fonctions religieuses de flamen perpetuus et de sacerdos urbis. La statue opposée représente son épouse Cornelia Valentina Tucciana, qualifiée de flaminica perpetua et célébrée comme une femme d'. Les deux monuments sont dédiés par Plotius Thallus et Plotia Faustiana, anciens affranchis devenus les clients et protégés du couple fondateur.
D'autres piédestaux analogues, découverts sous les portiques de la cour intérieure, précisent la nature de leur intervention dans la construction du marché. Les inscriptions indiquent explicitement que Marcus Plotius Faustus et Cornelia Valentina Tucciana financent ensemble le macellum offert à leur patrie. Après la mort de son épouse, Faustus fait ériger de nouvelles statues pour embellir l'édifice qu'ils avaient fondé conjointement. La répétition de ces hommages à l'intérieur même du monument traduit la volonté de perpétuer durablement le souvenir des bienfaiteurs de la cité.
L'étude des titulatures et des formules épigraphiques permet de situer la construction du marché dans le courant du premier quart du . L'emploi des surnoms Sertio et Sertiae, l'absence de mention de la tribu ainsi que les références aux tres militiae correspondent aux usages épigraphiques de l'époque sévérienne. Ces indices montrent que le macellum ne fait pas partie du programme urbain originel de la colonie fondée sous Trajan, mais constitue un ajout postérieur financé par l'élite municipale locale.