Pio Gardenghi, né en 1888 à Castel Guelfo di Bologna et mort le 24 juillet 1943 à Bologne, est un journaliste et homme politique fasciste italien.

Biographie

Socialiste et rédacteur en chef de l'Avanti! Fils d'un ancien collègue de Mussolini, Pio Gardenghi devient militant du Parti socialiste italien (PSI) et rédacteur en chef du journal Avanti!. Harcelé par les squadristes dès 1919, dans une lettre adressé à Pietro Nenni datant du 14 avril 1919, Gardenghi s'inquiète des représailles de fascistes « armés de gourdins » ayants jurés de lui faire « sauter la tête », à lui et sa rédaction, suite à un article jugé injurieux.

Le ralliement au fascisme Ayant quitté sa fonction de rédacteur en chef en septembre 1926, il publie dans Il Popolo d'Italia, le 5 mai 1927, une longue lettre dans laquelle il annonce son ralliement au régime. Dénonçant la faillite du système parlementaire et la nécessité de renouveler les « vieilles classes réactionnaires », il fait au contraire l'éloge du régime pour son caractère social et populaire : « Les premières et vieilles déductions sur le fascisme sont — c'est généralement admis — dépassées. Face à l'épreuve des faits, face à l'expérience, il me semble que les vieux jugements doivent, en hommage à la vérité, être corrigés. On ne peut pas dire que le fascisme d'aujourd'hui soit celui d'hier ; on ne peut nier que consciemment ou inconsciemment, le mouvement fasciste — ironie de l'histoire — n'ait accompli et ne soit en train d'accomplir ce qui était dans les buts primordiaux du socialisme pour la vie italienne.

En substance, que se proposait, et vers quoi tendait historiquement le socialisme en Italie ? Il fut la rébellion contre les vieilles classes dirigeantes modérées et réactionnaires ; il fut l'annonce d'une nouvelle Italie ; il fut — et c'est là le mérite indéniable du socialisme révolutionnaire — le sursaut et le salut de la conscience nationale. Le socialisme fut pratiquement l'héritier de la branche vivifiante du Risorgimento italien.

Cette branche, que seul Oriani comme maître historique moderne a voulu revaloriser en écrivant La Lotta politica, avait pour but de chasser de la scène politique les vieilles classes, sans idéaux et sans cœur, qui barraient la route au progrès de l'Italie. Le socialisme a commencé la lutte ; celui qui l'a menée à son terme définitivement et victorieusement a été — comment le nier ? — le fascisme. Sous cet aspect, le fascisme a été véritablement la continuation historique du socialisme ».Ou encore : « Face à ces faits, face aux résultats de la transformation, face aux preuves indéniables ; face au puissant esprit de renouveau qui imprègne tout le pays, face aux immenses possibilités qui s'ouvrent à la vie italienne, moi qui fus toujours et veux rester un esprit libre, moi qui n'eus jamais, en militant dans les courants extrêmes du socialisme, de sympathie pour les babioles, les pacotilles démocratiques ou le crétinisme parlementaire, et qui ai toujours compris le socialisme comme une rébellion contre la vieille Italie, contre le vieux train-train et les vieux hommes, comme une affirmation, à travers les travailleurs, d'une nouvelle Italie plus prospère, plus forte, plus moderne et plus civile, je sens par déduction et par instinct que quiconque veut sérieusement poursuivre ces fins ne peut se soustraire, sous peine de trahison ou de stérilité, au présent labeur commun du peuple italien ».Mettant en lumière les origines des « hommes de gouvernement, les homines novi » comme issues du « peuple travailleur », il loue la nouvelle classe dirigeante fasciste pour sa volonté d'intégrer les masses à la vie de la nation italienne : « Aujourd'hui, les classes travailleuses sont représentées au pouvoir comme elles ne l'ont jamais été ; elles sont de plein droit dans l'État. Le prolétariat avait tout à craindre et était, au fond, méprisé par les vieilles castes politiques libérales, démocratiques et réformistes. Qui peut dire que dans la présente crise économique internationale, les classes travailleuses auraient été protégées davantage et mieux par les anciens gouvernements que par l'actuel ? Les salaires ont été défendus et leur niveau est resté presque le même qu'au cours des derniers temps, malgré les luttes et les tentatives des cercles ploutocratiques et industriel ».Plus loin, après avoir dénoncé « l'infamie de la démocratie collaborationniste et réformiste », il met en avant le « caractère et d'esprit absolument nouveaux et modernes » d'une « législation sociale et corporative » à « caractère populaire » et exaltant le travail « comme titre d'aristocratie sociale ».

Se présentant désormais comme le défenseur de la collaboration des classes contre la lutte des classes (« collision quotidienne stérile et statique »), Gardenghi défend le nouvelle Charte du travail promulguée un mois plus tôt. Exprimée dans une « prose sévère, anti-sentimentale et donc non démagogique », la nouvelle législation corporative se présente pour lui comme une avancée dans la « défense des intérêts et des postulats du mouvement ouvrier » : « [La Charte du travail] rend les syndicats participants de l'État, amplifie les contrats collectifs de travail, consacre le principe des congés payés, de l'indemnité en cas de licenciement et en cas de décès, consacre le principe de la prévoyance contre le chômage et apporte — nouveauté pour l'Italie — les assurances sociales vers la réalisation maximale des caisses générales de maladie) sont des faits si nouveaux qu'ils doivent faire réfléchir : l'héritage du socialisme, de ce que le socialisme a de beau, de bon et de réalisable, n'est-il pas passé entre les mains et dans l'esprit du régime actuel ? » Aussi, Gardenghi rejette « la définition du fascisme comme un instrument de la réaction bourgeoise, comme une oppression ouvrière ». Plus loin, il s'en prend aux exilés antifascistes :« La politique des exilés et des autres réussirait fatalement la politique de la haine, de la rancœur et de la vengeance. Politique bestiale et misérable qui précipiterait le pays dans le chaos et briserait les reins, peut-être pour toujours, à la force renaissante de l'Italie. Seul un fou pourrait penser à une telle solution catastrophique. Et pourtant le dilemme est irréfutable ».Dans la fin de sa lettre il revient sur la question de la liberté, cette dernière ne pouvant plus « être comprise de manière abstraite et académique comme l'ont comprise les libéraux, les démocrates et les réformistes » mais pensée en corrélation avec de « nouveaux ordres économiques et sociaux qui obligent la vie des nations et leurs activités à devenir plus centralisées et plus disciplinées ». Il écrit pour conclure : « Je reste fidèle à la cause des travailleurs pour laquelle je ressens une affection profonde. Travailler pour le prolétariat italien veut dire travailler pour l'Italie. La fortune des classes travailleuses est la fortune de l'Italie. Je crois que l'Italie, à travers les grandes initiatives de cette période et l'esprit révolutionnaire que le fascisme lui a injecté dans les veines, s'achemine à pas mesurés mais sûrs vers une grande démocratie du travail, appuyée sur des bases nationales profondes et inébranlables ».

Activités sous le régime : collaborateur d'Italo Balbo et journaliste Dans les années 1930, il est le secrétaire particulier et conseiller d'Italo Balbo, alors ministre de l'aviation, ainsi que chef du service de presse du ministère de l'Armée de l'air et rédacteur en chef du périodique La Libia, organe de l’ETAL – Ente Turistico ed Alberghiero della Libia. Il participe également à la rédaction du livre Tato racconTato da Tato. 20 anni di futurismo (1941) avec plusieurs intellectuels du régime dont Filippo Tommaso Marinetti, Nello Quilici et Paolo Orano. Après la mort de Balbo (28 juin 1940), il devient exécuteur testamentaire de ce dernier.

Le 24 juillet 1943, Gardenghi est tué sous les décombres de l’Hôtel Brun à Bologne lors du premier grand bombardement allié sur la ville.

Notes et références

Bibliographie Claudio G. Segre, Italo Balbo. A Fasciste Life, University of California Press, 2023, p.138. Priscillia Manfren, Colonies on the cover: Italo Balbo’s Libia, Modern Italy, 27, 2022, 397–416.

Catégorie:Naissance en 1888 Catégorie:Naissance à Castel Guelfo di Bologna Catégorie:Décès en juillet 1943 Catégorie:Décès à Bologne Catégorie:Socialiste italien Catégorie:Journaliste italien du XXe siècle Catégorie:Personnalité du Parti socialiste italien Catégorie:Fasciste italien Catégorie:Personnalité du Parti national fasciste