Léonard I de Tassis, né à Bruxelles en 1521 et mort dans la même ville en 1612, chevalier doréCe titre de semble avoir été ajouté depuis le par ceux qui désiraient mais Édouard Poncelet signale que . Poncelet a relevé le nom d'une personne créée et d'une autre — cf. ., comte palatin, seigneur de Woluwe-Saint-Étienne, de Rymelghem et de Hemiksem, est le maitre général des postes de la famille des Tassis.
Famille et jeunesse Portant le même prénom que son grand-oncle, Léonardo Tasso (le frère du de Philippe le Beau François de Tassis), Léonard est l'un des fils de Jean Baptiste de Tassis, chef et maitre général des postes de Charles Quint. Il appartient donc à une lignée d'entrepreneurs postaux fondée au par le bergamasque Omedeo Tasso.
Son destin n'est pas de devenir chef de l'entreprise familiale : c'est celui de son frère, François II de Tassis dit le jeunePour le différencier de Francesco Tasso que d'aucuns nomment le vieux. (1521-1543) qui, désigné à ce poste dès l'âge de 15 ans, a succédé à leur père Jean Baptiste en 1541 comme maitre général des postes. Ce jeune homme a conclu le 9 février 1542, en présence de Léonard, avec son autre frère Raymond (maitre des postes en Espagne) et son oncle Simon (général des postes du Milanais) un accord sur les limites territoriales de leurs domaines postaux respectifs, réglant en même temps le problème du port des lettres encore toujours à charge du destinataire, et il a confié à son cousin la direction des postes d'Augsbourg et Roßhaupten. Mais François mourant plus tard, Léonard hérite en 1543 (à ) d'un généralat auquel il va se consacrer pendant près de .
Début de carrière thumb|left|alt=carte muette de l'Europe avec des zones colorées marquant l'empire de Charles Quint.|Empire européen de Charles Quint, souverain du Saint-Empire (en jaune avec Tyrol-Autriche en moutarde), de l'État bourguignon (en orange, formé des Pays-Bas des Habsbourg au nord et du duché de Bourgogne au sud), de l'Espagne (en violet), de l'Aragon et ses possessions italiennes (en rouge foncé). En 1543, Léonard de Tassis prête donc serment comme maitre général des postes devant Nicolas Perrenot de Granvelle, chancelier et garde des Sceaux du Saint-Empire, premier conseiller franc-comtois de l'empereur Charles Quint qui, dans les lettres patentes du 31 décembre 1543, reprend les termes des conventions passées avec les prédécesseurs de Léonard donnant à la famille Tassis, exclusivement, le droit d'organiser le service postal européen dans un empire couvrant des contrées et des peuples très différents.
Le développement du commerce, de la population, des échanges entre artistes et savants, l'implantation de marchands étrangers complexifient la situation car pour répondre aux besoins épistolaires, . Charles Quint est obligé d'émettre une ordonnance en avril 1544 rappelant qu'il est interdit de avec menaces de mise à la torture pour ceux qui s'y risqueraient. L'année suivante, il renouvèle cet édit en l'adressant particulièrement à Anvers où se trouvent beaucoup d'étrangers et de nombreux marchands du Levant, d'Italie, d'Angleterre, d'Espagne et de France et où le peuple gronde, entrainé dans la Réforme.
En 1546, Léonard épouse Marguerite Damant, fille du contrôleur de la dépense des maisons de Marguerite de Parme et de Marie de Hongrie, et garde des joyaux de Charles Quint. La même année, la famille Tassis perd l'hôtel particulier de Malines, où François de Tassis avait travaillé des années durant, dans une explosion qui secoue la ville entière : la foudre a frappé un bâtiment qui contenait quelques de poudre noire ; sont détruites ou endommagées. Trois ans plus tard, Marguerite Damant meurt. Léonard épousera ensuite Louise Boisot de Rouha († le 10 juillet 1610). Du premier mariage est née Christina (qui se marie en 1571 avec Jan van der Noot), du second découlent sept enfants : Lamoral (°1557), Jean Baptiste (°1566), Christina (°1570), Valeria (°1573) qui épousera Augustin de Herrera marquis de Pedraca, Catherine (°1573, Nicolas (°1576), Margareta qui deviendra l'épouse de Rodriguez de Olivarez.
Malgré les restrictions budgétaires imposées par l'empereur qui veut réduire les dépenses administratives de l'État au profit du budget militaire nécessaire au conflit ouvert par Henri II de France, Léonard, renégociant ses conditions de travail avec la régente Marie de Hongrie, en obtient une amélioration. En fait, si les frais d'entretien à charge du Trésor sont réduits, le service postal accessible aux marchands, financiers et particuliers est payé par eux avec les taxes d'expédition et d'enregistrement sur lettres, paquets et sacs. Le prix du passage des rivières est augmenté, le paiement des relais extraordinaires (fonctionnant de jour et de nuit) passe à 12 patards par cheval et leurs cavaliers ont droit à 14 patards pour leur ration de vin et autres frais de bouche ; le transport des plis secrets reste à charge de l'État ; les courriers reçoivent, sur attestation, 14 patards par journée d'attente des réponses aux lettres remises aux destinataires. Léonard lui-même reçoit 24 sols par jour et perçoit sa part dans les bénéfices relevant du transfert des courriers privés ; la comptabilité est établie trimestriellement.
Les peines antérieurement prévues pour les infractions et abus commis tant par les postiers eux-mêmes que par des personnes étrangères au service postal, qui peuvent s'expliquer par la situation politique, religieuse et économique difficile du pays, sont renforcées ; les premiers sont sanctionnés par le maitre général des postes ou son délégué, les seconds connaissent arrestation, mise à la question et peines non déterminées, au cas par cas. Une ordonnance de la régente sera encore plus précise et plus stricte en 1556.
Problèmes liés au contexte historique
Après l'abdication de Charles Quint en 1555, son empire est partagé entre son frère Ferdinand , empereur du Saint-Empire romain germanique et son fils ainé Philippe II qui règne sur l'Espagne. La poste des Tassis doit donc être reconnue par chacun de ces souverains. Si Philippe II confirme rapidement Léonard dans ses fonctions, Ferdinand ne le fera qu'en août 1563 mais en supprimant les bureaux tassiens de Haute et Basse-Autriche.
thumb|alt=Sur fond de navires délabrés, de marchandises laissées au sol et de textes en flamand et français, le duc d'Albe, assis dans un fauteuil, enlace étroitement une femme, visage contre visage.|Anonyme, tract de propagande de la Réforme protestante, contre la déliquescence de l'économie sous le duc d'Albe, gravure en taille-douce (pointe sèche), 1572Les textes explicitent l'image (en haut : les bateaux se délabrent / les marins ne peuvent aider / le marchand ne vend aucun bien / la pute de Babel est joyeuse avec le duc d'Albe, en bas : le colporteur accablé de misère est assis / il ne peut vendre sa marchandise / à cause des vols et pillages du duc d'Albe). La femme enlacée, désignée par le nom Babylone tient une coupe d'or, accessoire de la Grande prostituée et porte une tiare, symbole de la papauté tandis que dans le dos du duc se trouvent les sept têtes à corne de la Bête de l'Apocalypse.. La situation politique est difficile aux Pays-Bas où se trouvent deux des plus importants sièges de la poste tassienne (à Bruxelles et Anvers qui assure notamment le service vers Londres) car après un court séjour dans cette contrée (dans le cadre de la dernière guerre d'Italie), Philippe II en a laissé la régence à sa demi-sœur Marguerite de Parme avec consigne de lutter contre les protestants envers lesquels les nobles de la région souhaitent des mesures de tolérance exprimés dans le Compromis des Nobles. Après l'action violente des calvinistes, la faillite de négociations à Valenciennes et l'intervention armée de la gouvernante, le roi envoie le duc d'Albe remettre de l'ordre aux Pays-Bas ce qui mène à la création d'un tribunal qui fait décapiter plusieurs grands personnages du pays et bannir des milliers d'autres, provoquant désorganisation et affaiblissement économique. thumb|left|alt=Des soldats à cheval envahissent les remparts de la ville.|Frans Hogenberg, L'arrivée de Don Juan à Namur en juillet 1577.
En 1576, Léonard parvient à faire libérer, , son frère diplomate Jean Baptiste arrêté lors d'un coup d'état à Bruxelles ; tous deux ont choisi de rester fidèles au roi d'Espagne. L'année suivante, Léonard et sa famille quittent Bruxelles pour Namur qu'envahit Juan d'Autriche, le tout fraichement nommé gouverneur général des Pays-Bas. En récompense de ses sacrifices comme de la fidélité de la famille Tassis, Philippe II donne à Léonard et ses descendants la devise (avec une loyauté constante). En 1582, il lui accorde une pension à vie de mille ducats en compensation de ses propriétés (un château et des maisons dans et hors Bruxelles) que les avaient pillées et incendiées, ne laissant que ce que sa femme, ses enfants et lui-même portaient sur eux. Rodolphe II (empereur du Saint-Empire), pour sa part, le nommera en 1608 chambellan et baron, ce titre de noblesse étant transmissible aux héritiers légaux, hommes comme femmes.
Les Dix-Sept Provinces des Pays-Bas bourguignons étant entrées dans la guerre de Quatre-Vingts Ans, le système postal est désorganisé, des postes communales ou privées redeviennent des concurrentes ; cela implique de nouvelles négociations pour le maitre général des postes dont les budgets du personnel ne sont plus payés. En 1577, Léonard, qui a suivi dans leurs pérégrinations les gouverneurs Juan d'Autriche et Alexandre Farnèse pour établir leurs postes, perd le marché des provinces réformées où il est remplacé par du parti de Guillaume Ier d'Orange-Nassau ; il le retrouvera avec un nouveau contrat en 1593, ouvrant une nouvelle ligne postale vers l'Italie par la Lorraine, la Franche-Comté et la Savoie.
Dans la partie allemande de l'empire, une nommée par l'empereur oblige Léonard à des discussions serrées avec les grandes familles patriciennes d'Augsbourg et l'ambassadeur espagnol auprès de la cour de Prague mais il en résulte, en 1595, sa nomination comme (maitre général des postes de l'empire), le rétablissement des routes postales avec désormais Augsbourg comme centre, et le paiement des arriérés du personnel postal. La poste impériale devient alors un droit régalien proclamé par décret de Rodolphe II le 6 novembre 1597, au grand dam de tous les princes allemands qui perdent leur souveraineté postale et qui s'y sont fortement opposés — en particulier le prince-électeur de Brandebourg qui avait fait le plus d'efforts pour l'organisation de sa propre poste sur un territoire étendu que convoitaient les Tassis. écrit M. Frank. thumb|alt=gros plan sur une lettre pliée tenue dans les mains d'un homme avec, sur la table couverte d'une tapis, un livre, deux godets avec plumes d'oie, grattoir et cire à cacheter, sablier et récipient empli de pièces de monnaies.|Hans Holbein le jeune, Le Marchand Georg Gisze (détail), 1532.Il précise que les luttes entre les Tassis et leurs opposants ne se bornaient pas à mais qu'il y avait attaques de postillons à main armée, pillage d'envois postaux et d'argent et maltraitance des voyageurs.
À quoi s'ajoute l'espionnage par la violation du secret de la correspondance (qui se pratiquait partout en Europe, chaque grande puissance ayant son cabinet noir) alors que le scellage des lettres existait : .
Fin de vie et traces
En 1612, le maitre général des postes meurt. Pendant sa longue vie professionnelle, il a vu passer six rois d'Angleterre, sept de France, quatorze papes ; il a dû composer avec cinq empereurs du Saint-Empire, trois rois d'Espagne et 10 gouverneurs des Pays-Bas espagnols et autrichiens.
Son fils Lamoral, qui est maitre de poste à la cour impériale de Prague, va lui succéder.