Mohammad Mokri , né le à Kermanchah (Perse qadjare) et mort le à Évry (France), est un écrivain, poète, chercheur et linguiste iranien d'origine kurde, auteur de plus de et .

Proche collaborateur du Premier ministre Mohammad Mossadegh, il quitte l'Iran pour la France en 1954, après le renversement de ce dernier lors de l'opération Ajax. Il vit en exil à Paris jusqu'en 1979, date à laquelle il retourne en Iran aux côtés de Rouhollah Khomeini, dont il devient l'assistant personnel et le premier ambassadeur auprès de l'Union soviétique (1979-1983). À la suite d'un conflit avec le Premier ministre Mir Hossein Moussavi, il retourne vivre en France en 1989 et y meurt en 2007.

Situation personnelle Origines Mohammad Mokri naît en 1300 (1921-1922 du calendrier grégorien) ou 1305 du calendrier persan (1926-1927) dans la ville de Kermanchah, au Kurdistan iranien. Il appartient à la , originaire du nord de cette région, où elle dirigeait un au .

Formation Dès son enfance, sous l'influence de son grand-père paternel Amir-Hasan-Khan Mokri, il étudie l'arabe et sa grammaire en parallèle du persan. Il maîtrise également, très tôt, trois dialectes kurdes et découvre, grâce à son grand-père maternel Faradj-Beig, les œuvres poétiques, épiques et historiques rédigées dans ces dialectes.

Il quitte sa ville natale de Kermanchah à l'âge de treize ans pour poursuivre ses études à Téhéran, notamment au lycée Charaf, puis à la , à l'École normale supérieure et à la . Il y approfondit ses connaissances en langue et littérature arabes, en philosophie et logique, ainsi qu'en droit et jurisprudence islamiques.

En 1949, il soutient une thèse de doctorat consacrée aux dialectes de l'ouest de l'Iran.

Carrière Carrière académique Parallèlement à ses activités d'enseignement il mène des recherches de terrain, parcourant l'Iran à cheval, en contact direct avec les populations villageoises et nomades, dont il recueille les traditions, les coutumes et les vocabulaires dialectaux. Soucieux de préserver ce patrimoine culturel, il fonde une structure d'éducation destinée aux tribus et populations nomades iraniennes, qu'il dirige de 1947 à 1950. Il participe également à la rédaction du dictionnaire Dehkhoda.

Mohammad Mokri poursuit ses activités académiques lors de son exil en France, donnant des cours à la Sorbonne et dirigeant des recherches au CNRS. Il participe également à des traductions françaises de textes persans classiques, notamment de Rûmî avec Eva de Vitray-Meyerovitch. En 1965, il est honoré par l'Académie des inscriptions et belles-lettres pour l'ensemble de son oeuvre.

Carrière politico-diplomatique Proche des idées de Mohammad Mossadegh, il est nommé directeur général du après l'accession de ce dernier au poste de Premier ministre en 1951. Incarcéré pendant un an après le renversement de Mossadegh en 1953, Mohammad Mokri s'exile ensuite en France.

Mohammad Mokri, alors dirigeant du Front national iranien (le parti de Mossadegh) en Europe, commence à collaborer avec Rouhollah Khomeini en 1962. Les deux hommes se rencontrent peu après l'installation de Khomeini à Nadjaf (Irak) en . Mokri place un dans l'imam, qu'il assiste lors de son propre exil en France, à Neauphle-le-Château, de 1978 à 1979. Le , il fait partie de la vingtaine de proches qui l'accompagnent à bord du vol Air France 4721 pour son retour triomphal en Iran. Une semaine plus tard, Mohammad Mokri livre sa vision panislamiste, libérale et socialisante de la révolution iranienne dans un entretien à Kayhan :

Le , Mohammad Mokri fait partie de la délégation envoyée par le gouvernement provisoire à Mahabad pour négocier avec les représentants du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) dans le contexte des revendications d'autonomie du Kurdistan iranien après la révolution ; les négociations n'aboutissent cependant à aucun accord durable et la situation dégénère en entre le PDKI et le pouvoir central iranien à partir de .

En 1980, il est candidat malheureux à la première élection présidentielle iranienne.

Ambassadeur d'Iran en URSS En , il est nommé premier ambassadeur de la république islamique d'Iran auprès de l'Union soviétique. À ce titre, il dénonce les deux derniers articles du (ceux concernant la sécurité intérieure et le droit d'intervention militaire soviétique en Iran), l'invasion soviétique de l'Afghanistan et le à l'Irak pendant la guerre Iran-Irak. Il tente également d'obtenir un partage plus équitable de l'exploitation des ressources de la mer Caspienne et la libre circulation à l'intérieur de ces eaux. Ces différentes manoeuvres lui valent des critiques de la part du Kremlin, qui l'accuse d'être .

Il reste en poste à Moscou jusqu'en 1983. Pendant toute cette période, il est comme ambassadeur auprès de la République populaire mongole.

Seconde incarcération, puis départ définitif d'Iran De retour en Iran, Mohammad Mokri met son expertise diplomatique au service du ministère du Pétrole, où il officie comme conseiller principal aux affaires internationales jusqu'en 1986. Cette année-là, il est victime d'un accident de la route, puis d'une incarcération, qu'il impute tous deux au Premier ministre Mir Hossein Moussavi. Il est libéré après environ de détention ( dans une prison spéciale du Premier ministre puis à la prison d'Evin) et quitte définitivement l'Iran pour la France en 1989. Selon le témoignage qu'il livre en 1991, Moussavi aurait cherché à se débarasser de quelqu'un qu'il considérait comme un rival et Khomeini n'aurait pas été au courant de ses manigances.

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