L'affaire des hommes de la rue du Bac est une affaire française lors de laquelle un groupe pédocriminel composé de personnalités de l’intelligentsia parisienne est accusé, en 2024, d'avoir opéré au cours des années 1980 dans un appartement situé au 97, rue du Bac à Paris (l'hôtel de Salm-Dyck).
Principales caractéristiques de l'affaire D'après les témoignages récoltés, un groupe d'hommes impose des sévices sexuels à plusieurs enfants dans un appartement au 35, rue de Varenne dans les années 1970 et 1980..
Les hommes humilient les enfants et les pénètrent avec des objets métalliques. Il y a cinq ou six enfants environ à chaque séance, des garçons blancs et des filles non blanches.. En début de séance, les enfants doivent boire un produit, probablement un décontractant musculaire, puis ôter les vêtements du bas de leur corps. Les filles sont plus souvent pénétrées, tandis que les garçons doivent plus souvent regarder les sévices., l'acte est présenté comme éducatif.. Un des objets utilisés pour la pénétration est le manche d'un coupe-papier Christofle créé par le sculpteur Jean Filhos, orné d'un bas-relief d'une scène d'orgie entre femmes inspirée par les Métamorphoses d'Ovide. Si un enfant pleure ou résiste, les hommes insistent sur lui..
Les cérémonies sont néopaïennes, avec capes et masques et une inspiration assumée du monde antique....
Les enfants concernés ont pour certains été adoptés par des familles proches du groupe d'hommes mis en cause, souvent par des organismes privés aujourd'hui critiqués pour leurs contrôles insuffisants comme la Famille adoptive française.
Cas d'Inès Chatin Inès Chatin naît en 1973 dans une clinique à Montpellier et est adoptée illégalement moins d'un an plus tard par Jean-François Lemaire et Lucienne Chatin., qui viennent d'acheter un grand appartement au 97, rue du Bac à Paris. Le couple s'est marié par convenance, car l'homosexualité de Lemaire est connue de ses proches. Trois ans plus tôt, le couple a aussi adopté un garçon, Adrien. Dans les deux cas, ils passent par l'organisme d'adoption Famille adoptive française. Le schéma de la double adoption d'un aîné blanc puis d'une petite sœur souvent d'ascendance asiatique ou africaine est répandu dans la bourgeoisie de la rive gauche parisienne. Inès Chatin aime beaucoup sa mère, dont elle estime qu'elle a essayé de protéger ses enfants et qui a été victime de violences conjugales ; en 2022, elle adopte son nom de famille.
Inès Chatin affirme avoir subi des viols et sévices sexuels de 4 à , soit de 1977 à 1987, notamment aux mains de son père adoptif, le médecin Jean-François Lemaire. Elle accuse également certains des amis de Lemaire, dont les éditorialistes Claude Imbert et Jean-François Revel, l'avocat François Gibault et l'écrivain Gabriel Matzneff..., ce dernier la surnommant « ma petite chose exotique ».. Elle présente Gibault comme « le boss, le vrai cerveau, le plus dangereux de tous, celui qui dirige et qui a l'ascendant sur les autres ». Les hommes portant un masque pendant les sévices, elle ne reconnaît personne d'autre : elle soupçonne, sans en être certaine, le directeur de banque Claude Janssen et Jean-Michel Di Falco, ainsi que l'architecte Ricardo Gaggia, dont elle est certaine qu'ils ont été présents mais pas qu'ils aient commis des sévices eux-mêmes.
Adolescente, Inès Chatin se scarifie les cuisses et les genoux pour attirer l'attention de ses professeurs. Lorsqu'elle dit à une enseignante « ça ne va pas chez moi », son père pousse sa mère dans les escaliers et la blesse et Inès Chatin cesse d'évoquer toute difficulté familiale.
Inès Chatin vit une seconde phase des violences, constituée de viols et agressions sexuelles commises jusqu'en 1987 par Gabriel Matzneff et Claude Imbert. Jean-François Lemaire fait prendre de nouveau le décontractant musculaire avant les viols : il est possible qu'il s'agisse de comprimés broyés de lorazépam. Lemaire vient souvent sur les lieux avant la fin du viol pour l'observer.
Adulte, elle reste en contact forcé avec les hommes qu'elle accuse. Lemaire lui fait réaliser ses stages étudiants chez Claude Imbert, au Point, qu'il a fondé, et au cabinet de Gibault. Imbert et Jean-François Revel sont invités par Lemaire à la fête d'annonce du mariage d'Inès Chatin en 1997. Son mari et elle quittent finalement Paris en 2007, mais continuent à rendre visite à la famille pour ne pas priver Lucienne Chatin de ses petits-enfants. Ils retournent vivre à Paris en 2016. Quand Jean-François Lemaire part en Ehpad, elle a de longues discussions, enregistrées avec son accord, avec son père adoptif. Elle lui fait lire La Familia grande, de Camille Kouchner ; il présente la pédocriminalité comme un rite initiatique, un apprentissage positif pour un enfant. Enregistré, il dit par exemple que l'enfant est responsable de la pédocriminalité, « mais sans arrière-pensée ».
Elle embauche en 2021 une détective privée, Margaux Duquesne, pour retracer son dossier administratif et étudier la démarche de son adoption.. Elle apprend alors que sa mère biologique, mineure, l'a abandonnée à une femme qui recueille plus d'une vingtaine de bébés en dehors du cadre légal, puis qu'elle a été amenée à la Famille adoptive française, sans dossier administratif ni examen médical. La requête en adoption des Lemaire est déposée alors qu'Inès Chatin vit chez eux depuis sept mois, après plusieurs rendez-vous entre Lemaire et le fondateur de l'association puis le notaire qui établit six ans plus tard l'acte d'abandon de la mère biologique.
Inès Chatin est expertisée par le psychologue Jean-Luc Viaux à la demande de ses avocats. Le psychologue lui diagnostique un trouble de stress post-traumatique complexe causé par la souffrance psychique venue de son enfance, sans amnésie traumatique.
Révélation de l'affaire dans Libération
Le 23 novembre 2023, le journaliste de Libération Willy Le Devin contacte l'avocate Marie Grimaud, qui soutient sur RMC qu'une de ses clientes accuse Gabriel Matzneff, son oncle, de viols. Le Devin n'a pas jusque-là entendu parler de liens de parenté dans les cibles de Matzneff ; lui-même travaille depuis un certain temps sur l'avocat et ami de Matzneff, Emmanuel Pierrat. Il s'intéresse aussi à leur ami commun François Gibault, avocat lui aussi. Marie Grimaud et son confrère Rodolphe Constantino représentent entre autres les parties civiles pendant l'affaire Joël Le Scouarnec.
Marie Grimaud répond d'abord à Le Devin en lui disant que sa cliente s'entretient avec l'Office mineurs plutôt qu'avec les journalistes, par volonté de passer par les institutions plutôt que par la place publique des médias. Elle évoque cependant que sa cliente accuse un proche de Matzneff, et Le Devin mentionne le nom de Gibault ; elle ne répond pas et ne lui parle plus pendant deux mois.
Fin janvier 2024, Marie Grimaud reprend contact avec Willy Le Devin après les témoignages d'Inès Chatin auprès de l'Office mineurs. Inès Chatin rencontre le journaliste et lui dit vouloir témoigner dans les médias pour protéger les enfants, sachant que les faits de son propre cas sont prescrits. Elle confie n'avoir trouvé les mots pour parler du sujet qu'après avoir lu La Familia grande de Camille Kouchner, livre paru en 2021, qui raconte l'inceste subi par le frère jumeau de l'autrice aux mains d'Olivier Duhamel. Inès Chatin a aussi attendu la mort de sa mère adoptive pour s'exprimer publiquement.
Inès Chatin et Le Devin se voient au moins deux fois par semaine au cabinet de Marie Grimaud à partir de février 2024, toujours en présence de l'avocate, Inès Chatin ne souhaitant pas être seule avec un homme inconnu. Marie Grimaud ne prend pas la parole. Après quelques semaines, Le Devin et Inès Chatin échangent leurs numéros de téléphone pour se joindre plus souvent.
Du 13 au 22 juin 2024, le journaliste Willy Le Devin publie une série de six articles dans Libération, intitulée « Les hommes de la rue du Bac ». Il y reprend le témoignage d'Inès Chatin.
L'affaire trouve très peu de retentissement dans les mois qui suivent cette publication. Une éditrice estime que ce silence peut s'expliquer par la prévalence des incestes dans les familles bourgeoises, tandis que Challenges compare ce silence à celui qui a suivi les révélations sur Jeffrey Epstein dès 2005, invoquant le concept de too big to fail. Le frère d'Inès Chatin, qui confirme son témoignage en janvier 2023, refuse de s'exprimer en dehors de cette mention sur une lettre de sa sœur écrite lors de la procédure judiciaire.
Le 11 juillet 2024, un article co-écrit par Pierre Boncenne, auteur de deux livres sur Jean-François Revel, est publié sur la plateforme Medium sous le titre « Revel coupable, forcément coupable ». Il critique l'enquête de Libération mais ne propose pas de nouveaux éléments. En 1993, le président de la société propriétaire des appartements rue de Varenne où ont eu lieu les sévices était Félix Boncenne, père de Pierre Boncenne.
Témoignages après 2024
Témoignage anonyme À l'été 2024, une femme contacte Willy Le Devin et lui raconte avoir vécu une histoire très similaire dans Paris, ainsi que des viols dès l'âge de dans les Antilles par un oncle. Elle est forcée à la prostitution pour des notables de l'île et des visiteurs prestigieux, dont Gabriel Matzneff, et séquestrée quand elle refuse de se soumettre.
Pendant les vacances scolaires, son oncle l'emmène en région parisienne, où elle participe à des séances similaires à celles décrites par Inès Chatin, avec des enfants qu'elle ne connaît pas. Elle se souvient de capes rouges ou noires et de masques noirs couvrant la moitié du visage, ainsi que de la nature des objets utilisés pour les pénétrations.
À neuf ans, elle se rend à la gendarmerie pour dénoncer les abus subis, mais les gendarmes la raccompagnent chez elle sans enquêter. Au collège, un médecin convoque ses parents. Pour éviter d'attirer l'attention sur la famille, elle est envoyée en France hexagonale, où elle vit seule ou en famille d'accueil.
Mathilde Brasilier En 2018, Mathilde Brasilier, fille de l'architecte Jean-Marie Brasilier, raconte dans le livre Le Jour, la nuit, l'inceste l'inceste qu'il a commis sur son frère et elle entre 1965 et 1970.
Brasilier invite chez lui plusieurs proches de Jean-François Lemaire mis en cause par Inès Chatin et Gabriel Matzneff semble être au cœur des deux bandes.
Blandine de Chalon Blandine de Chalon est la fille d'une victime de l'abbé Pierre, en contact avec une collègue de Le Devin, Bernadette Sauvaget, qui enquête sur ce dernier. Blandine de Chalon suppose des liens entre Lemaire et son propre père, Jean de Chalon, haut fonctionnaire, avec qui il a plusieurs amis en commun. Chalon est condamné en 2001 et 2002 pour des agressions sexuelles aggravées commises sur ses deux filles âgées alors de 3 et . Dans les années 2020, après avoir repris les alertes de sa mère depuis décédée envers l'abbé Pierre, Blandine de Chalon enquête sur le réseau autour de son père.
Le 25 mai 2025, Inès Chatin, Mathilde Brasilier et Blandine de Chalon publient ensemble une tribune dans La Tribune Dimanche où elles comparent leurs expériences et accusent « un entre-soi qui a protégé les auteurs des abus sexuels commis sur les enfants » ainsi que des « agresseurs communs qui, sous couvert d'un prétendu élitisme intellectuel et esthétique, ont en réalité perpétré l'indicible »..
D'autres témoignages suivent au sujet de la pédocriminalité et de l'inceste dans les milieux bourgeois parisiens, en dehors de la stricte affaire de la rue du Bac. Frédéric Pommier et Mahaut d'Arthuys témoignent entre autres dans ce cadre....
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