Le siège de Breteuil oppose, d'avril au , les forces du royaume de France à la garnison navarraise qui tient la ville normande de Breteuil pour le compte de .

Le , une armée anglaise conduite par Henri de Grosmont parvient à lever un temps le siège et à ravitailler la place. Jean II le Bon, à la tête d'une armée royale nettement supérieure en nombre, tente en vain d'appeler l'ennemi à bataille rangée, avant de rétablir le blocus après le retrait anglais.

Malgré la présence de nombreux grands seigneurs et le faste de l'ost royal, le second siège progresse peu : la ville, abondamment réapprovisionnée par les Anglais, dispose de vivres pour un an, et les tentatives de sape de Jean II échouent. Dans le même temps, Édouard de Woodstock, prince de Galles, réunit à Bergerac une armée anglo-gasconne qui, à partir du , mène une chevauchée dévastatrice à travers le sud-ouest français. À Breteuil, un assaut mené en août à l'aide d'un grand beffroi mobile est repoussé après l'incendie de l'engin par les défenseurs, au prix de lourdes pertes françaises. La prise de la place devenant affaire d'honneur et de renom, Jean II refuse de se porter au-devant du Prince noir.

Vers le , le roi achète l'évacuation de la garnison en lui accordant le libre passage vers le Cotentin et une importante indemnité. Délivré du siège, il concentre alors ses forces à Chartres pour intercepter le Prince noir. La poursuite aboutit à la bataille de Poitiers, où l'armée française est défaite et Jean II capturé.

Contexte

Origines de la guerre Depuis la conquête normande de 1066, les rois d'Angleterre tiennent des fiefs en France, ce qui les place en situation de vassaux du roi de France. Le , à la suite de différends entre et Édouard III, le Grand Conseil de Philippe VI prononce la confiscation des terres continentales d'Édouard III pour manquement à ses devoirs féodaux. Cette décision ouvre la guerre de Cent Ans, conflit qui s'étend sur 116 ans.

La trêve de Calais et sa rupture En 1346, Édouard III traverse le nord de la France, remporte la bataille de Crécy puis mène le siège victorieux de Calais. Après plusieurs campagnes indécises, l'épuisement financier des deux couronnes conduit à la conclusion de la trêve de Calais le . Favorable à l'Angleterre, elle entérine ses conquêtes, notamment Calais, de larges zones du nord et de l'ouest de la Bretagne, ainsi que des places fortes en Écosse et en Gascogne. Conclue pour neuf mois, jusqu'au , elle est renouvelée à plusieurs reprises avant d'être définitivement rompue en 1355. La trêve n'interrompt toutefois ni les opérations navales, ni les combats de faible intensité en Gascogne et en Bretagne, ni quelques actions de plus grande envergure. Dans ce conflit, l'action de compagnies de routiers et de troupes d'aventure demeure un facteur constant d'instabilité, surtout dans les espaces normands et gascons.

Un projet de paix est signé à Guînes le , mais Jean II le Bon, successeur de Philippe VI, refuse de le ratifier. À l'expiration de la dernière prorogation, le , la reprise d'une guerre ouverte devient inévitable. En avril 1355, disposant de ressources exceptionnelles. Édouard III et son conseil décident de lancer une double offensive, au nord et en Gascogne. Jean II fait renforcer les places du nord face à un débarquement attendu, tout en levant une armée de campagne. Une fois les garnisons pourvues, cette armée demeure insuffisante, faute de moyens pour recruter.

Prélude La chevauchée de 1355 vignette|upright=1.2|alt=Scène manuscrite d'un souverain offrant un document à un jeune homme.| accorde la Guyenne à son fils Édouard de Woodstock, dit le Prince Noir (British Library, Londres, fin du ).

Alors que la défense française demeure concentrée dans le nord, Édouard de Woodstock, fils aîné d'Édouard III et futur Prince noir, débarque à Bordeaux en septembre 1355 avec soldats anglais. D'octobre à novembre, à la tête d'une ost anglo-gasconne de à hommes, il conduit une chevauchée de Bordeaux jusqu'à Narbonne, sur environ , puis regagne la Gascogne. Cette chevauchée met à feu et à sang une large part du Languedoc, sans toutefois établir de conquête territoriale durable. Elle inflige néanmoins au royaume de France des pertes économiques considérables. Clifford Rogers souligne que « l'importance de l'usure économique provoquée par la chevauchée peut difficilement être exagérée ». Après Noël, l'offensive reprend. En quatre mois, plus de cinquante places françaises du Sud-Ouest tombent, et plusieurs seigneurs locaux ralliés à l'Angleterre livrent une trentaine de forteresses supplémentaires.

L'arrestation de Charles de Navarre Dans le royaume de France, les ressources et le soutien à la guerre s'amenuisent. Jonathan Sumption décrit une administration royale minée « par l'aigreur, les jalousies et les reproches ». Dans le nord, l'autorité du roi Jean II est ouvertement contestée. Arras se soulève contre les officiers royaux, et la noblesse de Normandie refuse l'impôt. Le , alors que plusieurs de ces nobles sont attablés avec le dauphin Charles à Rouen, Jean II les fait arrêter. Dix sont pris, et quatre sont exécutés sur-le-champ. Au nombre des captifs se trouve Charles II de Navarre, comte d'Évreux et grand feudataire de Normandie. La principauté d'Évreux constitue alors l'un des principaux appuis territoriaux de la maison de Navarre en Normandie. Ses partisans ne se cantonnent pas à cette seule province, car nombre d'entre eux demeurent actifs en Picardie et en Artois. Les partisans navarrais demeurés libres quêtent alors secours en Navarre et se tournent vers Édouard III.

Premier siège Blocus des places navarraises et arrivée de Lancastre En avril 1356, l'autorité royale reprend la majeure partie de la Normandie et assiège les places restées fidèles à la Navarre. Si le Cotentin reste acquis aux Navarrais, l'effort français se concentre sur la Normandie centrale. Le dauphin Charles, duc de Normandie, dirige la réduction des principales places : Pont-Audemer, Breteuil, Tillières-sur-Avre et Évreux. Pendant ce temps, Jean II rassemble à Chartres une armée destinée à marcher contre le Prince noir en Gascogne. L' est proclamé le , puis renouvelé fin mai et début juin devant une mobilisation limitée.

gauche|vignette|upright=1.1|alt=Carte ancienne avec repère sur une ville de Normandie.|Carte de la Normandie, montrant la position de Breteuil, légèrement à droite du centre.

À Évreux, capitale du comté de Charles II, le dauphin prend la direction du siège. Plusieurs assauts échouent, jusqu'à ce qu'une attaque début juin ouvre une brèche. Les défenseurs se replient alors dans la citadelle tandis que la ville brûle. La capitulation est négociée contre le libre passage de la garnison, qui comprend les principaux conseillers navarrais, vers Breteuil. À Pont-Audemer, Robert de Houdetot attaque la place. La ville est prise, mais la citadelle tient bon. Après l'échec des assauts, Houdetot fait entreprendre le minage des murailles. À Breteuil, ville close prospère dotée d'une puissante citadelle édifiée trois siècles plus tôt mais de valeur stratégique limitée, une importante troupe française établit un blocus sans engager de travaux de siège. Souhaitant pouvoir intervenir en Normandie tout en secourant le Sud-Ouest, Jean II ordonne la levée d'une seconde armée à Bourges. Confiée nominalement à son troisième fils Jean, comte de Poitiers, âgé de quinze ans, elle lui permet de demeurer à Chartres.

, frère de Charles II, regroupe les partisans navarrais dans le nord du Cotentin et sollicite l'appui d'Édouard III. Le roi d'Angleterre décide alors de soutenir les Navarrais en détournant vers la Normandie l'expédition préparée pour la guerre de Succession de Bretagne sous Henri de Lancastre. Le , Lancastre débarque à Saint-Vaast-la-Hougue avec hommes d'armes et archers à l'arc long. Il est rejoint par 200 Normands de Philippe de Navarre, puis, à Montebourg, par Robert Knolles avec 800 hommes tirés des garnisons anglaises de Bretagne. Clifford J. Rogers estime que cette force initiale de hommes reçoit jusqu'à renforts supplémentaires issus des places navarraises au cours du mois suivant.

Secours vignette|upright|alt=Portrait en buste d'un homme en armure et manteau.|Henri de Lancastre.

Le , Lancastre quitte Montebourg et mène une chevauchée à travers l'ouest normand. Il atteint Pont-Audemer le 30 juin. La ville est déjà aux mains des Français, mais la citadelle, dont les mines françaises ont presque atteint les fondations, est sur le point de tomber. À l'approche anglaise, les assiégeants se replient en abandonnant bagages et engins. Les Anglais ravitaillent la place pendant deux jours, comblent les galeries, y laissent 100 hommes, puis repartent vers le sud le . Ils parviennent à Breteuil le . Les assiégeants se retirent et la ville reçoit des vivres pour un an. Entre-temps, Jean II ordonne la concentration des troupes mobiles à Rouen pour intercepter Lancastre. Arrivé le , il doit attendre le ralliement de ses forces dispersées avant de se mettre en marche vers le sud le .

Le , les Anglais poussent jusqu'à Verneuil-sur-Avre, qu'ils prennent et pillent en capturant les habitants susceptibles de rançon. La citadelle capitule le L'opération vise probablement le butin d'une ville riche, et aucune tentative n'est faite pour dégager Tillières-sur-Avre, à à l'est. Le jour même, l'armée française, environ dix fois supérieure en nombre, est signalée à Condé-sur-Iton, à de Breteuil et à de Verneuil. Le , Lancastre fait reposer ses troupes en ordre de bataille hors de Verneuil, prêt à recevoir une attaque.

Les Français, arrivés en deux jours depuis Rouen, se reposent également à Condé-sur-Iton. Jean II cherche sans doute à compléter ses effectifs avant d'offrir la bataille. Le , les Anglais marchent sur jusqu'à L'Aigle. L'armée royale, « nettement supérieure en nombre » selon Rogers, suit à trois à cinq kilomètres. Jean II dépêche des hérauts pour proposer une bataille rangée. Lancastre répond de façon ambiguë, mais le roi, persuadé que les Anglais cherchent l'affrontement, fait camper son armée. Dans la nuit, les Anglais décampent et parcourent jusqu'à Argentan. La poursuite devenant impossible, les Français renoncent et retournent mettre le siège devant Breteuil, tandis qu'un détachement obtient la reddition immédiate de Tillières-sur-Avre.

Second siège vignette|upright=0.58|alt=Portrait en buste d'un homme ; vue de profil.|Jean II le Bon.

Reprise du blocus Jean II prend la direction du second siège à partir du . L'ost royal, remarqué par les contemporains pour son faste et la qualité de ses chefs, obtient peu de résultats. Breteuil, largement ravitaillée, dispose de provisions pour un an et ses défenses résistent à la seule supériorité numérique. Une tentative de sape, souvent efficace contre les places normandes, échoue.

Au même moment, le Prince noir rassemble à Bergerac une armée anglo-gasconne qui, forte d'environ hommes, entame le une chevauchée vers le nord en ravageant le pays. La menace est connue de la cour de France depuis le au moins. En août, les assiégeants amènent contre Breteuil un grand beffroi mobile et donnent l'assaut. Les défenseurs incendient la tour et repoussent l'attaque en infligeant de lourdes pertes. Jonathan Sumption qualifie ces pertes de « terribles » et le siège de « vain effort ». Kenneth Fowler le décrit comme « magnifique mais archaïque ».

Négociation de l'évacuation