Le dème ou demos (similaire à divisionsDavid Sansone - Ancient Greek Civilization publié John Wiley & Sons, 12 septembre 2016 accédé juillet 27, 2018, ) est une circonscription administrative de base instaurée lors de la révolution isonomique de Clisthène (personnage politique grec) qui eut lieu de 508 à 507 av J.-C. à Athènes. Le dème est directement lié à la marche d'Athènes vers la démocratie. Ses habitants sont appelés les démotes.
Les modes de partition
Les 139 dèmes sont répartis sur les 30 « trittyes » des 3 « pays » de l’Attique (χώρες - chôres) : dix trittyes sur la ville d’Athènes et ses environs (ἄστυ - asty) , dix trittyes sur le territoire littoral (παράλια - paralia), et dix trittyes dans les zones rurales de l’intérieur (μεσόγεια - mésogée). Chacune des 10 tribus attiques possède et gère 3 « trittyes », une dans chaque « pays », de manière à avoir des ressources complémentaires, artisanales-commerciales, côtières-maritimes et agricoles.
Le dème est la plus petite unité territoriale, la base de tout le système politique d’Athènes, et un citoyen athénien libre de sexe masculin est un « démote » attaché à un dème selon le droit du sol. Le chef du dème est un « démarque » (δήμαρχος, mot qui en grec moderne désigne un maire). Les Athéniens sont appelés par leur « démotique » c’est-à-dire par le nom de leur dème qui leur sert de patronyme (par exemple, Ἀρίσταρχος Θορικός - Aristarque Thorikos).
Le territoire de la cité proprement dite d’Athènes fut divisé en cinq quartiers : Céramique, Collytos, Cydathénéon, Mélite et Scambonide (avec le temps leur nombre augmenta). Le découpage urbain correspond aux arrondissements ou quartiers formant aujourd’hui les villes : il est rationnel et ne s’appuie pas sur le droit du sang ancestral qui favorisait de manière inégalitaire les familles nobles (ἔθνη) mais sur le droit du sol où tous les citoyens de tous les dèmes (δῆμοι) sont égaux en droits y compris lorsqu’ils s’assemblent (λαός). À la campagne (μεσόγεια - mésogée), la répartition suivit les principes de la confirmation des dèmes homogènes antérieurs à la réforme, rassemblant plusieurs petits hameaux en un seul dème et séparant en plusieurs entités les dèmes de grande taille. Parmi les dèmes ruraux, les mieux connus sont Acharnes, Décélie ou Marathon.
Caractéristiques du dème Effectifs des dèmes
+ Nombre moyen d'habitants par dème . Évaluations bassesÉvaluations hautescitoyens et leurs famillesen ajoutant esclaves et métèquescitoyens et leurs famillesen ajoutant esclaves et métèquesSource 1800120010001500Source 2//13005000
Source 1 : sur la base de à citoyens mâles adultes pour l'ensemble de l'Attique, avec leurs familles à , auxquelles se greffent environ métèques et à esclaves. Source 2 : sur la base de citoyens et métèques ( avec leurs familles) et esclaves (très difficile à évaluer).
Fonctions locales et formatrice thumb|Décret honorifique du dème d'Aixone concernant deux chorèges, Autéas et Philoxénidès. (Musée épigraphique d'Athènes, EM 13262). Le dème peut être comparé aux communes françaises du : un démarque (en , chef ou président d'un dème), correspondant au maire moderne, est localement élu.
D'autre part, les membres d'un dème peuvent être tirés au sort de façon régulière afin de constituer la boulè : les bouleutes, représentants du peuple, sont en quelque sorte le pendant des députés modernes, mais au lieu de former une élite sociale ils sont réellement des représentants du peuple car tirés au sort.
Ainsi le dème est-il l'unité administrative, mais aussi démocratique de base, sa population formant une assemblée, l'agora, exerçant des pouvoirs de police, de gestion des finances publiques, du cadastre et des cultes, tenant des registres d'état civil.
En participant à l'organisation locale du dème, les citoyens vivent un stage civique qui les prépare aux assemblées démocratiques centrales .
Nouvelles reconnaissances sociales L’homme politique Clisthène voulut mettre fin à la forte organisation de la noblesse en phratries et empêcher les classes sociales de se grouper par régions. Avec sa réforme, les cadres gentilices sont donc abandonnés au profit de circonscriptions créées d'après le domicile de chaque citoyen ; le dème prend alors une nouvelle importance : les noms de famille, de lignées, disparaissent au profit du nom du dème d'origine, apposé à vie aux noms des individusGustave Glotz, La Cité grecque, Albin Michel, 1970, 134.. Le citoyen à l'époque de Périclès était ainsi désigné officiellement par son propre nom, celui de son père (patronyme) et celui de son dème (démotique) : par exemple Périclès, fils de Xanthippe, du dème de Cholarges. Cette mesure est une marque forte du glissement de pouvoir de l'aristocratie vers le peuple (démos, anciennement Laos), l'appellation du citoyen mettant alors plus en évidence les liens géographiques que les liens du sang.
De nombreux métèques résidents réguliers de l'Attique, des affranchis ou personnages au statut civique ambigu ont également pu accéder grâce à cette mesure à la qualité de citoyen, l’isonomie menant à la démocratie s'en trouvant renforcée.
Le dème, unité d'un ensemble plus vaste thumb|Pinakia, tablettes d'identification des citoyens (nom, nom du père, dème) pour le tirage au sort des jurys. Musée de l'Agora antique d'Athènes.
Selon un ordre croissant, l'organisation sociale d'Athènes vers 500 av. J.-C. se trouva ainsi fixée :
individu dème trittye dix tribus Cité
La trittye est l'unité administrative intermédiaire entre le dème et la tribu ; 3 ou 4 dèmes contigus forment une trittye, cette dernière ne disposant pas de pouvoir politique réel mais ayant plutôt pour rôle de constituer un liant entre dèmes et tribus. Par exemple, la garde du feu sacré qui brûle dans la Tholos () est confiée aux prytanes d'une même trittye. Robert Flacelière désigne un sous-ensemble du dème, la phratrie, équivalent à la famille.
Les dèmes nouvellement mis en place en cette fin de font partie du train de mesures réformatrices mené par Clisthène : création des trittyes, de 10 tribusL'association de trois trittyes donna naissance à une tribu. On donna aux dix tribus les noms tirés de dix héros éponymes, dans l'ordre officiel (voir paragraphe suivant)., agrandissement de la Boulè (de 400 à 500 membres), adoption d'un nouveau calendrier, démocratisation du fonctionnement de l'Ecclésia, création de l'ostracisme afin d'éviter la tyrannie, établissement des postes de 10 fonctionnaires chargés de l'entretien et de la police de la ville (les astynomes), et de 10 sytophylaques, magistrats élus chargés de l'approvisionnement en grains, d'un nouvel archonte (secrétaire) et d'un collège de 10 stratèges.
Les tribus de Clisthène
Érechthéis (Ἐρεχθηΐς) nommé en référence à Érechthée Aigeis (Αἰγηΐς) nommé en référence à Égée Pandionis (Πανδιονίς) nommé en référence à Pandion, fils d'Érichthonios ou Pandion, fils de Cécrops Leontis (Λεοντίς) nommé en référence à Leos, fils de Orpheus Acamantis (Ἀκαμαντίς) nommé en référence à Acamas, fils de Thésée Oineis (Οἰνηΐς) nommé en référence à Œnée Kekropis (Κεκροπίς) nommé en référence à Cécrops Hippothontis (Ἱπποθοντίς) nommé en référence à Hippothoon Aiantis (Αἰαντίς) nommé en référence à Ajax Antiochis (Ἀντιοχίς) nommé en référence à Antiochus, fils d'Héraclès.
Liste des dèmes par tribus +Liste des dèmes attiques, classés par tribu, d'après la liste établie par D. WhiteheadTribuÉrechthéisAigeisPandionisLeontisAcamantisOineisKekropisDèmeAgrylè d'en-haut Agrylè d'en-bas
Anagyrous
Euonymon
Kedoi
Kephisia
Lamptrai d'en-haut
Lamptrai d'en-bas
Pambotadai
Pergasè d'en-haut
Pergasè d'en-bas
Phegous
Sybridai
Themakos Ankylè d'en-haut Ankylè d'en-bas
Araphen
Batè
Diomeia
Gargettos
Halai Araphenides
Hestiaia
Erikeia
Erchia
Ikarion
Ionidai
Kollytos
Kolonos Hippios
Kydantidai
Myrrhinountta
Otrynè
Plotheia
Phegaia
Philaidai
Teithras Angelè Konthylè
Kydathenaion
Kytheros
Myrrhinous
Oa
Prasiai
Probalinthos
Paiania d'en-haut
Paiania d'en-bas
SteiriaAithalidai Cholleidai
Deiradès
Halimous
Hecalè
Hybadai
Eupyridai
Kettos
Kolonai
Kropidai
Leukonion
Oion Kerameikon
Paionidai
Pelekes
Phrearrhioi
Potamos d'en-haut
Potamos d'en-bas
Potamioi-Deiradiotai
Skambonidai
Sounion Cholargos Eiresidai
Eitea
Hagnous
Hermos
Iphistiadai
Kerameis
Kephalè
Kikynna
Poros
Prospalta
Sphettos
Thorikos Acharnès Boutadai
Epikephisia
Hippotomadai
Kothokidai
Lakiadai
Lousia
Oè
Perithoidai
Phylè
Ptelea
Thria
Tyrmeidai Aixonè Athmonon
Daidalidai
Epieikidai
Halai Aixonidès
Melitè
Phlya
Pithos
Sypalettos
Trinemeia
Xypetè TribuHippothontisAiantis AntiochisDèmeAcherdous Anakaia
Auridai
Azenia
Décelie
Elaious
Eleusis
Eroiadai
Hamaxantia
Keiriadai
Koilè
Kopros
Korydallos
Oinoe
Oion Dekeleikon
Pirée
ThymaitadaiAphidna Marathon
Oinoe
Rhamnonte
Phalère
TrikorynthosAigilia Alopekè
Amphitropè
Anaphlystos
Atenè
Besa
Eitea
Eroidai
Kolonai
Krioa
Pallenè
Semachidai
Phyrnè
Thorai Notes :
- Le nom grec des dèmes a été conservé, sauf lorsque l'usage a proposé une translittération majoritairement utilisée (par exemple : Pirée pour Peiraia).
- Oinoe apparait deux fois, dans la tribu Hippothontis et Aiantis car deux dèmes portaient le même nom, correspondant à un territoire séparé en deux selon une logique est-ouest.
Notes et références Notes
Références
Annexes Articles connexes Damos
Bibliographie
Michel Humbert, Institutions politiques et sociales de l'antiquité, Paris, éd. Dalloz, coll. « Précis Dalloz Droit Public », éd., 1986, 507 pages John S. Traill, The Political Organization of Attica: A Study of the Demes, Trittyes, and Phylai, and Their Representation in the Athenian Council, Volumes 14-16 (p.37 - ) Volume 14 of Hesperia (Princeton, N.J.), ASCSA, 1975 David Whitehead, The Demes of Attica, 508/7-ca. 250 B.C.: A Political and Social Study, Princeton, Princeton University Press, 2014 -
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