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Les institutrices de la Seconde République espagnole forment un "corpus" de travail ayant une valeur socio-historique, développé en Espagne entre 1931 et 1936. Plusieurs analystes ont distingué quatre périodes pour son étude: «éclosion, expansion, destruction et récupération». Les deux premières ont lieu pendant les années de gestion par la République, protégées par le processus de réorganisation du Conseil d'Instruction Publique et la conception pédagogique de Lorenzo Luzuriaga. Le conflit Église-État, provoqué en 1933 par l'approbation de la Loi des Confessions et Congrégations Religieuses, marquerait les coordonnées et consignes pour l'épuration ultérieure du collectif des instituteurs et institutrices. L'implication des gestionnaires de l'éducation exclusivement catholique dans le refus corporatif de l'éducation laïque, mixte et gratuite, proposée par la République, a été étudiée. Cet affrontement a déchaîné la persécution et la destruction du collectif achevée officiellement par l'épuration franquiste de l'enseignement espagnol, organisée et exécutée par le gouvernement de Franco et l'Église Espagnole dans les années qui ont suivi la Guerre civile.

Presque un demi-siècle après, le collectif d'institutrices républicaines a été récupéré de façon symbolique dans le cadre de la démocratie espagnole, comme chapitre singulier dans l'étude et la révision de la mémoire historique, comprise comme «effort conscient des groupes humains pour récupérer leur passé, réel ou imaginé, en l'estimant et en le traitant avec respect», et en suivant la philosophie de l'historien Pierre Nora (25 de marzo de 2016). «Ellas, las víctimas de la Guerra Civil». El Confidencial. Noticias de Cultura. Consultado el 21 de febrero de 2017. «"On m'a accusée de tout; d'être institutrice; de ne pas être baptisée; d'avoir aidé à évacuer des enfants, de m'être présentée comme infirmière volontaire... Pour tout et presque sans jugement... on m'a condamnée à mort".» . vignette|300x300px|École de José Sánchez Rosa, instituteur rationaliste andalou partisan du modèle défendu par Francisco Ferrer Guardia. Image prise à Séville en 1936, peu avant le soulèvement militaire, autoproclamé ‘Soulèvement National’.

Histoire

Période émergente (1931-1932) vignette|Une institutrice et sa classe dans la localité de El Saucejo, vers 1931.

En avril 1931, le tout nouveau gouvernement républicain s'est posé comme l'un des objectifs primordiaux la création de 27.000 écoles, projet qui pour plusieurs raisons, économiques, politiques, sociales et religieuses, se réduirait finalement à 16.000 écoles.

Le fer de lance du premier gouvernement de la République a été le Plan professionnel d'enseignement, oeuvre du ministre de l'Instruction Publique Marcelino Domingo, orienté vers la formation et l'amélioration du statut des instituteurs (et encore considéré par «beaucoup d'historiens de l'éducation comme le meilleur plan formatif qu'ait eu l'Espagne»). Ce plan, composé de trois années de théorie et une quatrième de «pratique rémunérée», a mis les études d'enseignement sur le même pied que les études universitaires. Le salaire du professorat, jusqu'alors inférieur à celui d'un ouvrier d'usine, est passé à 4.000 pesetas annuelles, comme pour les autres fonctionnaires de l'État.

En ce qui concerne les institutrices républicaines, l'une d'elles, Benita Gil, exilée en France et en Tchécoslovaquie entre 1939 et 1980, lorsqu'elle a reçu à Prague la récompense de l'Ordre d'Isabelle la Catholique au mérite civil, expliquait, à 101 ans: “Les femmes étions payées comme les hommes et nous étions aussi bien considérées. En général, les instituteurs étaient très estimés dans les villages, à moins d'être une calamité”. Benita enseignait à ses élèves à lire, écrire, calcul mental, géographie, histoire, musique, mais pas la religion. Ils manquaient de livres ou cahiers gratuits, mais “chaque classe avait une petite attribution pour le matériel le plus simple et pour acquérir quelque livre de lecture”.

Période de développement (1933-1936) Les élections de 1933 ont sectionné la base de la République et ont scellé le futur des institutrices républicaines. Paradoxalement, la participation massive de la femme comme électrice a donné le pouvoir à la confédération de droite traditionaliste CEDA, dirigée par Gil Robles, qui a suspendu le financement de l'État à l'éducation et a paralysé le processus de «décontamination religieuse» entrepris par les héritiers de l'Institution libre d'enseignement krausiste. La CEDA, de façon méticuleuse et systématique, a fermé la porte à l'ouverture pédagogique de tendance européenne, bien qu'elle ait accordé a priori – et en sauvant le système éducatif des institutions catholiques – un bon plan de baccalauréat et une commission pour la réforme technique de l'école. Mais même cela n'a pu fructifier au profit de l'éducation parce que s'est accentué le changement constant de ministres de l'Instruction – jusqu'à seize ministres sous la République –, qui rendrait impossible la réalisation d'objectifs à moyen terme.

Guerre Civile (1936-1939) gauche|vignette|Institutrice rurale vers 1936. L'arrivée au pouvoir en février 1936 du Front Populaire n'a été qu'un éphémère ‘coup de main’ dans le contexte de l'éducation progressiste et laïque. Ce ‘chant du cygne’ – et les violents excès qu'il a engendré dans certains milieux – allait «accentuer la réponse» de la rébellion militaire et servir d'alibi dans «l'appareil de propagande» de la répression, «climat de terreur» qui selon l'ensemble des recherches a affecté tout particulièrement le collectif d'instituteurs et de fonctionnaires de la Seconde République.

Comme point de départ de cette «chasse aux sorcières», on peut consulter le Journal officiel de l'État numéro 27 du 11 novembre 1936, page 153, où apparaît le texte de l'Arrêté 66 qui régit l'épuration du personnel enseignant.

Épuration (1940-1945) Au total, les spécialistes calculent que «entre 25% et 30% environ des enseignants épurés ont été sanctionnés. C'est un signe indubitable de l'importance que l'enseignement allait avoir pour le nouveau régime, comme élément fondamental pour sa consolidation». Logiquement, le modèle prévu par le nouveau gouvernement avait des objectifs, sinon antagoniques, au moins très différents.

Les institutrices en exil Bien qu'il n'existe pas de chiffres, un nombre important d'institutrices républicaines parties en exil dès le début allaient réaliser un travail remarquable et souvent providentiel de continuité dans l'enseignement et de soutien moral dans les camps de réfugiés en France et plus tard dans les pays de l'exil, spécialement au Mexique, et à une moindre échelle à Cuba, au Chili, en Argentine et au Vénézuela.

Témoignages critiques Le témoignage et la réflexion peut-être les plus importants sur ce thème, qui englobe le sujet des institutrices sous la Seconde République est exprimé par Amnesty International dans son manifeste intitulé Pour tourner la page, il faut d'abord la lire, consacré au chapitre de la récupération de la Mémoire Historique espagnole.

Témoignages littéraires Plusieurs genres littéraires ont rassemblé de la documentation et de l'information sur les institutrices dans la période républicaine, avec des exemples pédagogiques professionnels tels que le Diario de una maestra (Journal d'une institutrice) (1961) de Dolores Medio, la vision d'Elena Quiroga dans Escribo tu nombre (J'écris ton nom) (1993 ), ou l'Historia de una maestra (Histoire d'une institutrice) (1990) de Josefina Aldecoa, complétées au sujet des instituteurs par Primer destino (Première affectation) (1989) de Salvador García Jiménez.

Parmi les exemples basiques figure Mi diario (Mon journal), où l'institutrice républicaine María Sánchez Arbós relate les détails de la pédagogie avancée du moment.

Un autre exemple intéressant cité par Expeleta Aguilar est celui du romancier galicien Eduardo Blanco Amor, et son souvenir de l'alphabétisation à partir des idéals éducatifs de la Première République dans «Xente ao lonxe» (1972), traduit sous le titre Aquella gente (Ces gens) (1976).

Le personnage de la maîtresse d'école a déjà eu ses précédents dans l'oeuvre de Benito Pérez Galdos. Ainsi, dans l'épisode national La Première République (1911), l'écrivain décrit avec sa précision et son humour habituels plusieurs institutrices du XIXe siècle affectées à Carthagène pour mettre en fonctionnement une école innovatrice.

Témoignages graphiques vignette|Promotion d'institutrices de l'École Normale vers 1925. Plusieurs institutions aussi bien officielles que privées, fondations, organisations syndicales et centres culturels de diverses idéologies, conservent un matériel abondant bien que dispersé et peu catalogué et une documentation graphique sur l'institutrice dans le milieu général de la période républicaine.

Bien qu'il puisse être injuste de faire une sélection de noms de la liste aussi vaste qu'incomplète des institutrices de cette période historique, il convient peut-être de mentionner, pour leur personnalité, les noms de María Zambrano, Elena Soriano, Rosa Sensat i Vila, Julia Vigre, Alejandra Soler, Carme Serrallonga, Benita Asas, Concha Peña Pastor, Jimena Menéndez-Pidal, Gloria Giner de los Ríos García ou Carmen Conde, parmi beaucoup d'autres.

Statistiques incomplètes Malgré l'attention portée à ce sujet dans le dernier quart du e siècle et les premières décennies du e, il n'a pas été possible de trouver des conclusions statistiques significatives sur des aspects tels que la proportion de femmes parmi les cadres éducatifs pendant la Seconde République, par rapport au nombre d'instituteurs; ni la progression – qui semble avoir eu lieu – de la proportion croissante de femmes institutrices dans la période républicaine. Il n'existe pas non plus de chiffres complets sur le nombre d'institutrices victimes de procédures, jugées, condamnées, humiliées, assassinées ou exilées pendant et à la fin de la guerre civile espagnole.

Seule une donnée semble sûre: par décret, aucune institutrice espagnole n'a conservé son poste de travail en 1940. Et de toute façon, «le bilan de l'épuration a été un succès pour les intérêts que protégeait le franquisme, parce qu'il a favorisé le contrôle social nécessaire pour se maintenir pendant presque 40 ans».

Hommages et reconnaissances Outre une importante quantité de publications sur ce thème constituant clairement un « tribut testimonial admiratif », on peut noter au chapitre des reconnaissances :

Las maestras de la República de Pilar Pérez Solano, gagnante du Prix Goya 2013 pour le meilleur film documentaire.

Plusieurs rues et plaques dans diverses localités espagnoles, et d'éventuelles cérémonies de solidarité ou d'hommage, qui composeraient une longue liste.

Notes et références

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