Élodie Schoutteten-Rogeau (Prononciation en français québécois retranscrite selon la norme API.), en mariage , active sous le pseudonyme Claude France, dite l'ardente bibliothécaire de Sherbrooke, née Élodie Schoutteten le 19 décembre 1891 à Comines (France) et morte le 27 février 1967 à Sherbrooke (Québec), est une femme de lettres, conférencière et bibliothécaire. Installée au Québec à partir de 1937, elle s'implique dans plusieurs associations culturelles et littéraires de Sherbrooke, notamment dans le développement des bibliothèques francophones et la promotion de la langue française.

Biographie Origines et jeunesse Élodie Schoutteten naît le 19 décembre 1891 à Comines, une commune située dans le département du Nord, en France. Elle est la fille de Marie Butin et de César Schoutteten, propriétaire d'une rubanerie prospère et personnalité politique locale. Elle grandit dans un milieu de la bourgeoisie industrielle avec ses quatre sœurs.

Durant son adolescence, elle étudie chez les religieuses du Sacré-Cœur de Jésus à Ixelles, en Belgique. Elle reçoit une éducation catholique traditionnelle destinée aux jeunes filles de la bourgeoisie française du début du XX siècle. Selon des témoignages familiaux, elle manifeste un intérêt marqué pour les sciences à l'instar de Marie Curie.

Selon une description dressée par sa fille Fernande Rogeau, durant l'enfance Élodie Schoutteten a les « cheveux noirs, les yeux bleus, la figure ovale et les traits fins » et est une « intellectuelle [qui] aime la ville ».

Mariage et vie familiale vignette|Élodie Schoutteten-Rogeau entourée de sa famille et d’employées au Mesnil, vers 1920. Le 20 juillet 1911, elle épouse l'industriel Charles Rogeau, héritier d'une entreprise textile établie près d'Armentières. Le couple s'installe dans cette ville, où naissent leurs premiers enfants.

Au début de la Première Guerre mondiale, la famille quitte Armentières devant l'avancée des troupes allemandes. Après plusieurs déplacements dans différentes régions de France, elle s'établit en 1916 à Condé-sur-Noireau, en Normandie. Le couple y réside pendant plus de vingt ans dans une propriété appelée Le Mesnil. Sous l'Ancien Régime, cette demeure appartenait à Madame Cadot de Sébéville, veuve d'Antoine Antonin, marquis de Longuenay.

Élodie Schoutteten-Rogeau donne naissance à onze enfants. Elle se consacre principalement à l'éducation de sa famille et à la gestion de la maison familiale. Elle participe également à la vie mondaine et culturelle locale et développe un intérêt soutenu pour la littérature et la musique.

Immigration au Canada vignette|Le RMS Empress of Australia en 1937, utilisé pour la traversée de l’Atlantique de membre de la famille Schoutteten-Rogeau. Dans le contexte de la montée des tensions politiques en Europe durant les années 1930, Élodie Schoutteten-Rogeau et son mari entreprennent des démarches pour immigrer au Canada. Après plusieurs refus, leur admission est acceptée en 1937 sous certaines conditions financières imposées par les autorités canadiennes.

Le couple arrive au Québec en mai 1937 et séjourne d'abord à Québec avant de s'installer à Sherbrooke. En 1938, ils acquièrent un domaine connu sous le nom de Sleepy Hollow, qu'ils francisent en Val Dormant. La Ville de Sherbrooke reconnaitra formellement, en 2022, la valeur patrimoniale « exceptionnelle » de ce domaine.

Activités culturelles et engagement associatif vignette|Élodie Schoutteten-Rogeau avec des membres du Cercle Marguerite-Bourgeoys à Sherbrooke en 1952. À Sherbrooke, Élodie Schoutteten-Rogeau s'implique rapidement dans plusieurs organismes culturels et religieux. Elle devient membre du Cercle Marguerite-Bourgeoys et participe à diverses activités intellectuelles et littéraires.

Elle contribue à la réorganisation de la Bibliothèque nationale de Sherbrooke, une bibliothèque francophone alors en difficulté. Avec Bernadette Mailloux, elle participe au développement de la collection et à l'augmentation du nombre d'abonnés.

En parallèle, elle publie des textes dans le quotidien La Tribune sous le pseudonyme de Claude France. Ses écrits portent notamment sur la littérature, la lecture et la culture française.

Atteinte d'un cancer du sein à la fin des années 1930, elle suit des traitements à Montréal tout en poursuivant des études à l'École de bibliothécaires de l'Université de Montréal, où elle rencontre notamment Marie-Claire Daveluy. Elle obtient en 1940 un diplôme en bibliographie et bibliothéconomie.

Au cours des années 1940 et 1950, elle poursuit ses activités dans plusieurs associations culturelles, dont l'Alliance française de Sherbrooke et l'Association canadienne des bibliothécaires de langue française. Elle donne des conférences et intervient publiquement pour promouvoir la culture française au Québec.

Accident et dernières années Le 1 février 1944, Élodie Schoutteten-Rogeau est grièvement blessée dans un accident automobile à Sherbrooke. Elle subit notamment une fracture du crâne et l'amputation d'une jambe. Malgré les séquelles permanentes de l'accident, elle reprend progressivement ses activités intellectuelles et associatives.

Après le décès de son mari en 1959, elle continue de vivre au Val Dormant avec l'aide de ses enfants. Elle meurt le 27 février 1967 à Sherbrooke à la suite d'une opération chirurgicale. Elle est inhumée au cimetière Saint-Michel de Sherbrooke, au lot 53-H.

Mise en valeur historiographique Demeurée largement méconnue pendant un peu plus d'un demi-siècle, Élodie Schoutteten Rogeau commence à être mise en valeur dans l'historiographie locale de Sherbrooke à partir de 2021. Des finissants en histoire de l'Université de Sherbrooke produisent alors une série de balados portant sur sa vie, à partir d'un entretien oral réalisé par l'historienne Stéphanie Lanthier avec sa petite-fille, Arlette Langlois.

Le 8 mars 2025, à l'occasion de la Journée internationale des femmes, le Musée d'histoire de Sherbrooke met également en valeur son parcours dans un article intitulé « L'empreinte d'Élodie Rogeau dans l'histoire sherbrookoise », publié dans le journal La Tribune.

Le 16 mai 2026, la publication de la biographie L'ardente bibliothécaire de Sherbrooke, écrite par Arlette Langlois et Gabriel Martin, contribue à faire connaître plus largement Élodie Schoutteten Rogeau.

Photographies

Bibliographie

Notes et références

Catégorie:Naissance en décembre 1891 Catégorie:Décès en février 1967 Catégorie:Bibliothécaire du XXe siècle Catégorie:Bibliothécaire québécoise Catégorie:Étudiant de l'Université de Montréal Catégorie:Histoire de Sherbrooke Catégorie:Immigration au Canada Catégorie:Personnalité liée à Sherbrooke Catégorie:Personnalité québécoise du XXe siècle Catégorie:Décès à 75 ans