Jeune Fille de Concarneau (Finistère), est une peinture à l'huile sur toile de François-Alfred Delobbe présentée au Salon de 1870., au palais des Champs-Élysées.. Diffusé sous forme de photoglyptie par Goupil & Cie., ce tableau a été populaire à la fin. du .. Il s'agit de l’un des tout premiers tableaux où Delobbe affirme clairement son lien avec la Bretagne, bien avant son mariage de 1878 et avant sa grande période naturaliste.. À ce titre, ce tableau est un jalon majeur dans la formation de ce qu’on appellera plus tard l’École de Concarneau..
Delobbe au Salon de 1870 En 1870, Delobbe a 35 ans. Il est exposant régulier depuis 1860. En 1866 sa toile Infortune a été remarquée, en 1868 son En hiver a été acheté par l'Etat, qui l'a placé au musée d'Annecy. L'année précédente il a présenté deux sujets italiens. Delobbe séjourne à Concarneau dès la fin des années 1860, invité par Alfred Guillou. Il y réalise des études de jeunes filles, de pêcheurs, de scènes rustiques.
C'est un Delobbe intimiste, poétique, tendre, déjà maître de la lumière douce, qui revient de Bretagne avec son Coin du bois, et sa Jeune Fille de Concarneau (Finistère).
Le tableau est remarqué par la Revue du monde catholique « J'aime bien aussi la Jeune Fille de Concarneau, (Finistère), par M. Delobbe, à la figure angélique et qui pourrait symboliser le travail sous sa forme la plus aimable et la plus poétique.. »
La Revue internationale de l'art et de la curiosité remarque aussi le tableau : « La Jeune Fileuse de Concarneau, de M. Delobbe, annonce un nouvel adepte de la petite école d'idylles villageoises dont M. Jules Breton est le grand maître, et M. Pierre Billet le premier disciple. Un peu trop préoccupé du fini selon la formule vulgaire, c'est à dire de l'absence de toute indication un peu ferme dans le rendu des chairs, M. Delobbe présente néanmoins ses personnages dans une ingénuité de pose qui lui permettra d'arriver à des effets plus puissants de simplicité.. »
Une scène d’intérieur breton La jeune fille est représentée assise sur une chaise simple, concentrée sur son rouet, vêtue d’un corsage sombre, d’une chemise blanche, d’une jupe grise, dans un intérieur rustique, aux murs de pierre ou de torchis, éclairée par une lumière douce, latérale, typique des intérieurs bretons. Le rouet symbolise le travail féminin, la patience, la vie domestique traditionnelle. Dans la Bretagne du , le filage est une activité quotidienne, souvent pratiquée par les jeunes filles. vignette|François-Alfred Delobbe, Le Roman au village, Salon de 1883, confondu avec La Jeune Fille de Concarneau depuis son passage en vente chez Christies en décembre 2005 Le costume de la jeune bretonne n’est pas folklorique au sens pittoresque : Delobbe représente un vêtement de travail, simple, sans surcharge décorative. La lumière est l’un des points forts du tableau : elle vient de la gauche, éclaire le visage et les mains, laisse le fond dans une pénombre chaude, créant une atmosphère de recueillement. Cette lumière rappelle certaines toiles de Jules Breton, certains intérieurs hollandais du . Delobbe démontre sa maîtrise de la lumière poétique, qu’on retrouvera dans La Pêche aux écrevisses.
Ce tableau appartient à ce qu'on peut appeler la première période naturaliste de l’artiste.
Populaire au , le tableau a disparu de la circulation au , même si il en est fait mention dans un certain nombre d'ouvrages consacrés à l'histoire de la peinture bretonne. Sa joliesse lui a valu des détracteurs, comme dans le bulletin de la société archéologique du Finistère, où un historien le décrit : « Jeune femme endimanchée au geste trop précieux de la main, au visage inexpressif, posant devant une cheminée… ». Formule typique de la relecture hostile de l'histoire des arts opérée par certains historiens du .
Pourquoi le tableau était-il populaire au ? Parce qu’il correspondait parfaitement à ce que le public aimait alors : une jeune fille modeste, un intérieur rustique, un geste traditionnel, une scène morale, une image rassurante de la Bretagne, une beauté douce, non provocante. Goupil l’a compris immédiatement : la photoglyptie a beaucoup circulé. Pour le public de 1870–1900, c’était un idéal de simplicité et de vertu. Au le goût change radicalement : le naturalisme sentimental devient suspect. vignette|Le Roman au village, coupure de presse d'époque, 1883. Après 1900, on valorise l’avant‑garde, puis l’abstraction. Les scènes rustiques « trop jolies » deviennent synonymes de mièvrerie. La Bretagne « pittoresque » est rejetée. Les historiens du veulent des œuvres « dures », des représentations « authentiques », des artistes « modernes ». Les fileuses, les enfants sages, les intérieurs propres sont vus comme des clichés bourgeois. Comme Bouguereau, Dagnan‑Bouveret ou Guillou, Delobbe est rangé dans la catégorie : « peintres académiques charmants ». Ce qui, dans les années 1930–1970, est presque une insulte.
La phrase du Bulletin de la Société Archéologique du Finistère : est typique de la critique anti‑académique du . Elle repose sur un triple malentendu : Endimanchée. Faux : Delobbe représente un vêtement de travail, pas un costume de fête. La blouse blanche et le corsage sombre sont typiques des fileuses bretonnes. Geste trop précieux. Faux : Le geste du filage est réellement délicat, précis, contrôlé. Ce n’est pas de l’affectation, c’est de la technique. Visage inexpressif. C’est volontaire : Delobbe cherche la concentration, pas l’émotion dramatique. C’est un choix naturaliste, pas une faiblesse. vignette|Le Coin du bois, également exposé par Delobbe au Salon de 1870. La critique du projette sur Delobbe un rejet idéologique du « joli », pas une analyse objective.
Au , on comprend que Delobbe n’est pas un peintre de folklore. Il ne caricature pas la Bretagne. Il la montre avec douceur, respect, vérité. On redécouvre la dimension ethnographique. Le rouet, le costume, l’intérieur : tout est exact, observé, documenté. On revalorise la poésie du quotidien. Ce que le appelait « mièvre », nous l’appelons aujourd’hui intime, humain, sensible.
Une confusion avec Le Roman au village Au Salon de 1883, Delobbe présente un autre tableau représentant une jeune bretonne, Le Roman au village.. Ce tableau a été très documenté, reproduit, critiqué, publié, et même caricaturé dans la presse.. Le premier décembre 2005, il passe en vente chez Christies Londres. sous le titre Jeune Fille de Concarneau, Finistère, avec la référence Paris Salon 1870, no.792. Alors que le tableau est daté 1883. Personne n'a remis en cause cette attribution impossible, le tableau s'est vendu , et depuis, le Roman au village est appelé Jeune Fille de Concarneau. De son côté le tableau de 1870 est passé en vente sous le titre Jeune Fille au rouet.…
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