Jn Giraud Fils est une maison française de parfumerie, savonnerie et distillation fondée en 1853 à Grasse par Jean Giraud. Elle compte, sous la signature Parfumerie au Principe des Fleurs, parmi les maisons de parfumerie grassoises actives durant la Belle Époque.
Histoire
Une maison grassoise du Second Empire
Jean Giraud établit ses ateliers boulevard Victor-Hugo, à Grasse, et y exerce les trois métiers conjoints du parfumeur, du savonnier et du distillateur, conformément à la tradition grassoise qui réunit sous un même toit la transformation des matières premières et la confection des articles finis.. La raison sociale Jn Giraud Fils, qui succède à une signature Giraud Frères utilisée dans les premières années., renvoie à une lignée grassoise antérieure, suivant l'usage commercial répandu dans la profession (Lautier Fils, Bertrand Fils, Roure Fils, Chiris Fils).
La maison participe aux expositions provinciales et internationales du — Grasse 1862, Draguignan 1864, Nice 1865, Grasse 1876, Paris 1878, Draguignan 1882, Nice 1884 — et reçoit en 1888 une médaille à l'exposition centennale internationale de MelbourneFacture de la Parfumerie Jn Giraud Fils adressée au Dr Masquin-Masson, Saint-Didier, 12 mars 1902 ; en-tête énumérant l'ensemble des distinctions.. L'année suivante, la revue londonienne The Chemist and Druggist consacre à la maison un long article décrivant ses installations et signalant la diffusion de ses produits dans l'Australasie. ; la maison compte parmi les exportateurs grassois vers l'Amérique du Sud. Un Grand Prix lui est décerné à l'Exposition de Grasse de 1902.
À Paris, la maison ouvre successivement plusieurs dépôts boulevard et rue des Capucines, puis au 78 rue des Petits-Champs « près la rue de la Paix » à la charnière du siècleFacture de la Parfumerie Jn Giraud Fils adressée à la Société française des Nouvelles Galeries, Paris, 25 novembre 1915.. Le monogramme entrelacé JGF s'impose comme une signature visuelle de la maison, relayée par une iconographie publicitaire empruntant les codes de l'Art nouveau : une affiche c. 1890, Parfums aux Principes des Fleurs, appartient à la collection du Musée international de la parfumerie et a été présentée à l'exposition De la Belle Époque aux Années folles (2016)De la Belle Époque aux Années folles, la parfumerie au tournant du , catalogue d'exposition sous la dir. de Valérie Castera, commissariat Olivier Quiquempois et Grégory Couderc, Musée international de la parfumerie / Éditions Gilletta, Nice, 2016, p. 6. .Notices de la Bibliothèque Forney relatives à Jn Giraud Fils, portail des bibliothèques spécialisées et patrimoniales de la Ville de Paris.. L'historienne Christie Mayer Lefkowith consacre plusieurs pages aux étiquettes de la maison, dont celle du Parfum Réa — papier beige gaufré imitant une plaque d'ivoire sculpté — et en rapproche le motif du symbolisme de l'artiste écossaise Margaret Macdonald..
L'usine de Sainte-Lorette
Le 12 juillet 1883, Honoré-Joseph Sozio — futur gendre de Jean Giraud — rachète à son employeur Louis-Antoine Cresp le fonds parfumerie Cresp-Girard Fils, fondé en 1757. Jean Giraud se porte caution de l'opération, scellant par cet acte notarié un rapprochement familial et industriel d'où la maison Jn Giraud Fils tirera son existence pendant près de trois quarts de siècle.. Son fonds d'entreprise est aujourd'hui conservé aux Archives départementales des Alpes-MaritimesArchives départementales des Alpes-Maritimes, fonds parfumerie Giraud, cote 99J.. Le premier dépôt de marque sous la raison Jean Giraud Fils est effectué en mai 1885 au Tribunal de commerce de Grasse..
À partir de 1891 se déploie, sur près d'un hectare au quartier Sainte-Lorette, un vaste ensemble industriel comprenant grand distilloir de dix appareils, chaudière à vapeur, cheminée monumentale et centrale électrique. Un bâtiment de quatre niveaux y est élevé en 1899, dont deux sont entièrement réservés à l'activité de la marque Jean Giraud Fils. En 1907, on y édifie le premier atelier grassois d'extraction aux solvants volatils qui ne soit pas l'œuvre de Roure ou Chiris ; en 1910, une halle de 1 200 mètres carrés sur trois niveaux y abrite enfin les ateliers d'enfleurage et l'appareillage des absolues. Le site Sainte-Lorette s'inscrit ainsi parmi les seize grandes usines bâties à Grasse durant le demi-siècle d'industrialisation accélérée (1860-1910)..
Les Années folles
À partir du 10 octobre 1911, l'exploitation de la marque Jean Giraud Fils est portée par une société en nom collectif que dirige bientôt Antoine-Ernest, fils du précédent associé. Le siège demeure à Sainte-Lorette ; une usine est édifiée en 1922 à Bois-Colombes pour la préparation et le conditionnement exclusif des produits finis de la marque.
Durant l'entre-deux-guerres, à mesure que les anciennes usines-immeubles du centre ancien grassois cèdent la place aux grands sites de la plaine, les ateliers historiques de Jn Giraud Fils s'ouvrent au public : la maison rejoint le petit cercle des parfumeries grassoises de visite et de démonstration, aux côtés de Bruno-Court, Fragonard, Molinard Jeune, H. Payan et Les Fontaines Parfumées.
Création parfumée
Sous la double signature Parfumerie au Principe des Fleurs et Véritables Parfums de Grasse, la maison constitue durant la Belle Époque un catalogue éclectique mêlant fragrances florales classiques et hommages géographiques. Parmi les marques déposées au Tribunal de commerce de Grasse figurent Australian Bouquet (1888)Greffe du Tribunal de commerce de Grasse, registre n° 134, dépôt du 24 novembre 1888., Violettes de Nice et Bouquet Fleurs de Grasse (1893), Royal British Bouquet (1899), Parfum Rêvé, Queen Violet et Violette Souveraine (1902), Genêts de l'Estérel et Lotion Duchesse (1904), Fleur de Violette et Rosat-Génium (1905), Idéal Fleuri et Âme des Prés (1906). L'inspiration extrême-orientale donne plusieurs titres au catalogue — Coqueret du Japon (1902), Uyeno Cherry Blossom et Fleurs de Cerisier d'Uyeno (1906), bientôt rejoints, pour le marché siamois, par Nam Mali (« jasmin ») et Nam How Chow Phya (en référence au fleuve Chao Phraya).. Les eaux de Cologne portent des dénominations cosmopolites : Russe Extra Vieille, Royale Anglaise, Ambrée, Viridiflor.
Le catalogue se prolonge avec continuité dans les Années folles : Dans les Nues (1912), dont le flacon en cristal — semi-circulaire orné d'un camée bleu représentant une femme — est attribué au sculpteur Henri Hamm. ; puis une vague de créations en 1922 — Bouquet Royal, Mariana, Fleur de Jasmin (flacon de Julien Viard), Fleur de Rose, Odorantis et Le Chypre, ce dernier inscrit dans le sillage du genre chypré établi par Coty en 1917. Le coffret Les Fleurs de Giraud Paris Grasse (1920) porte également la signature de Viard. Orana compte parmi les dernières créations notables, dans les années 1930.
Notes et références
Bibliographie
De la Belle Époque aux Années folles, la parfumerie au tournant du , sous la dir. de Valérie Castera, Grasse, Musée international de la parfumerie / Nice, Éditions Gilletta, 2016
Voir aussi
Articles connexes Belle Époque Histoire de Grasse Julien Viard Musée international de la parfumerie Parfumerie Parfumerie à Grasse
Catégories
Catégorie:Entreprise fondée en 1853 Catégorie:Histoire de Grasse Catégorie:Entreprise de la parfumerie Catégorie:Maison de parfum