Florencio Janer y Graells, ou Florenci Janer i Graells selon la graphie catalane (Barcelone, 1831 - San Lorenzo de El Escorial, 1877), est un journaliste, écrivain, homme politique, historien, archéologue, archiviste et américaniste (au sens large) espagnol.

Il est l’auteur d’un grand nombre d’ouvrages et d’articles, tant spécialisés que de vulgarisation, portant sur l’histoire de l’Espagne, sur l’archéologie, sur la littérature médiévale, sur l’architecture ancienne, sur l’ethnologie, sur l’histoire de l’art, qu’il se mit à publier dès avant sa vingtième année. Nommé assistant (avec le soutien de son oncle, l’érudit Mariano de la Paz Graells), puis conservateur au Musée royal des sciences naturelles, il œuvra à classer et à dûment étiqueter et cataloguer des collections d’objets anciens, jusque-là négligées. À son instigation, de nouveaux musées furent créés et des fouilles archéologiques entreprises en Espagne. Il accomplit aussi, pour le compte de grandes séries classiques, un vaste travail d’édition de textes espagnols anciens, littéraires (les Cantigas d’Alphonse le Sage, le Cantar de mio Cid) ou documentaires, y compris quelques écrits remis au jour par lui-même.

Son engagement politique, sous la bannière du Parti modéré, se traduisit par quelques fonctions dans la haute administration (au Département de la culture du ministère de l’Intérieur) et par plusieurs nominations à des postes de gouverneur de province.

Biographie Origines familiales et parcours professionnel Florencio Janer était le fils d’un professeur d’université en médecine ayant élu domicile à Madrid, et de Micaela Graells, originaire de Tricio, dans la région de La Rioja. En 1853, il épousa Adriana Ferrán Fornier, sœur d’un autre professeur de médecine, de qui il eut cinq enfants et dont le père résidait alors à Paris, ce qui amena Florencio Janer à faire fréquemment le déplacement vers la France, où il avait l’occasion de consulter les archives et où il allait pouvoir faire éditer pas mal de ses propres ouvrages..

Florencio Janer se révéla d’emblée un esprit fécond et à multiples facettes (historien érudit, auteur, journaliste et politique). Dès l’âge de , il travailla comme assistant de direction au Musée royal des sciences naturelles (devenu entretemps le Musée national des sciences naturelles), dirigé à cette époque par Mariano de la Paz Graells, son oncle maternel et naturaliste de renom, et réussit à l’âge de le concours pour le poste d’assistant titulaire. Dans le même temps, il poursuivait des études de droit à Madrid et décrocha sa licence en 1853, avant d’obtenir son doctorat et d’adhérer à l’Ordre des avocats de Madrid (Colegio de Abogados de Madrid).

En , il fut nommé officier (oficial, soit l’échelon le plus élevé de l’administration espagnole) à la Direction générale de l’instruction publique du ministère de l’Intérieur (appelé alors Ministerio de la Gobernación), où il allait rester pendant presque un an, rédigeant une Historia de la Imprenta Nacional (littér. Histoire de l’Imprimerie nationale).

En , il fut élu académicien de plein exercice de l’Académie royale des beaux arts Saint-Ferdinand, mais dut renoncer à son poste pour cause de maladie en , avant de décéder peu après, en 1877, à l’âge de seulement .

Muséographe Florencio Janer resta en poste au Musée des sciences naturelles pendant sans interruption, au titre d’assistant, se chargeant de reclasser et de cataloguer les collections historiques et ethnographiques qui appartenaient au Cabinet royal (Real Gabinete). Depuis les pillages commis par les troupes françaises durant l’invasion napoléonienne, ce fonds historique, partiellement restitué par la France, avait été délaissé et était dépourvu de données d’identification, s’étant en effet retrouvé privé de titulaire après que le musée eut été confié à l’université Complutense et que le reste de ses collections eut été placé sous la tutelle de plusieurs facultés différentes. Après le transfert de ce fonds au nouveau Musée archéologique national de Madrid en 1867, c’est la structure du catalogue mis au point entre-temps par Florencio Janer qui allait servir de base de classement.

Florencio Janer, qui avait un intérêt particulier pour les objets d’Asie et des Amériques, publia sur différents sujets américains et s’appliqua à classer et à exposer la collection américaine rassemblée entre 1862 et 1866 par la Commission scientifique du Pacifique (Comisión Científica del Pacífico), dont le principal initiateur était son oncle Mariano de la Paz Graells.

Florencio Janer fut admis dans le Cuerpo Facultativo de Archiveros y Bibliotecarios en 1861, au moment où fut mis sur pied ce Corps spécialisé de l’État. En 1862, il travailla dans la bibliothèque de l’Escurial à documenter les collections américaines, y faisant la découverte de codes et manuscrits américains.

Archiviste de carrière, nommé conservateur du Musée royal des sciences naturelles, Florencio Janer apporta aussi son concours à la fondation en 1867 du Musée archéologique national, auquel échut une partie du fonds du Musée des sciences naturelles et dont il devint collaborateur en .

Vulgarisateur et auteur spécialisé vignette|redresse|Florencio Janer à l’âge mûr. Florencio Janer, qui avait incessamment cultivé les lettres depuis ses années d’étudiant, collabora entre 1858 et 1862 comme rédacteur au journal quotidien El León Español. En 1862, l’année qui suivit son entrée au Cuerpo Facultativo de Archiveros y Bibliotecarios, il quitta El Semanario Español pour prendre la tête du Semanario Popular (1862), apparemment pour une courte durée. Il publia quantité d’articles sur des sujets historiques et sur l’art ancien dans les revues illustrées Museo de las Familias et Museo Español de Antigüedades, qui se situent à mi-chemin entre érudition et vulgarisation de qualité. Il contribua également à La Ilustración de Madrid, à Semanario Popular, à Revista de España, à El Museo Universal, à Semanario Pintoresco Español et à d’autres.

Florencio Janer est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages, dont notamment : une Historia del combate naval de Lepanto, réédité en espagnol et traduit en français sous le titre Récit de la bataille navale de Lépante (1852-1858) ; un an plus tard, une biographie de Diego Saavedra Fajardo, intitulée Vida y obra de don Diego Saavedra Fajardo, qui parut de façon anonyme sous les espèces du tome XXV de la Biblioteca de Autores Españoles (1853) ; sa célèbre Colección de noticias históricas para escribir la historia de Cataluña durante la Guerra de Sucesión (soit Recueil d’annonces historiques pour servir à écrire l’histoire de la Catalogne pendant la guerre de Succession) ; une série de biographies des rois d’Espagne, Museo regio español, o biografía de todos los monarcas que han reinado en España, con sus escudos de armas y firmas facsímiles (littér. Musée royal espagnol, ou biographie de tous les monarques ayant régné en Espagne, avec leurs écussions d’armes et signatures en fac-similé (1853, 1854), dont l’élaboration lui prendra plusieurs années ; en 1855, un ouvrage important sur le compromis de Caspe et ses suites, primé par l’Académie royale d'histoire ; en 1858 (alors qu’il était âgé de ), un livre sur les Morisques, pareillement récompensé par l’Académie d’histoire et traduit en français l’année suivante sous le titre Condition sociale des Morisques d'Espagne : causes de leur expulsion, ses conséquences.

Son œuvre spécialisée publiée ultérieurement est considérable, sans compter ses nombreux travaux restés inédits. Il adoptait comme historien une approche d’aspect fort moderne, où l’on remarque en particulier ses analyses des aspects sociaux et économiques ainsi que du contexte politique, et la mise en œuvre cohérente de la méthodologie positiviste.

Éditeur littéraire Florencio Janer fut aussi l’éditeur de textes espagnols anciens, dont quelques-uns avaient même été découverts par ses soins. Ainsi est-il à l’origine d’une édition des Cantigas d’Alphonse X et d’une édition du Quichote souvent réimprimée par la suite. Il entreprit aussi d’établir le texte des nombreuses œuvres érudites médiévales relevant de la littérature dite Mester de Clerecía, pour le compte de la collection Biblioteca de Autores Españoles, dirigée par Manuel Rivadeneyra, plus particulièrement la série Poetas castellanos anteriores al siglo XV (littér. Poètes castillans antérieurs au , 1864) et édita le troisième volume des Obras de Francisco de Quevedo, consacré à ses poésies.

Il lui fut donné de mettre au jour des manuscrits jusque-là inédits, qu’il eut soin de publier.

Il était membre correspondant de maintes académies et sociétés littéraires.

Activité politique Au lendemain de la Vicalvarada de , révolution libérale de gauche, bientôt suivie du Biennat libéral, le Conseil royal fut supprimé, son nom modifié et quelques fonctions abolies. Le licenciement de Florencio Janer qui s’ensuivit eut des motifs politiques. Deux ans après, en , sous le gouvernement de centre-droit d’O’Donnell, qui sut se maintenir deux ans, Florencio Janer fut nommé officier de l’administration, et embauché au ministère de l’Intérieur.

De 1866 à 1868, sous l’égide du Parti modéré, Florencio Janer exerça tour à tour comme gouverneur civil des provinces d’Álava, de Bilbao et de Guadalajara, où il mena des fouilles archéologiques et prit en charge les Juntas de Monumentos (Conseils des monuments), précurseurs des musées provinciaux. Il fut cependant irrévocablement limogé en , dans le sillage de la révolution de septembre qui destitua la reine .

Publications Vida y obra de don Diego Saavedra Fajardo, que salió anónimo en el tomo XXV de la Biblioteca de Autores Españoles (1853) Colección de noticias históricas para escribir la historia de Cataluña durante la Guerra de Sucesión. Museo regio español, o biografía de todos los monarcas que han reinado en España, con sus escudos de armas y firmas facsímiles, Madrid, 1853, 1854, etc. Examen de los sucesos y circunstancias que motivaron el Compromiso de Caspe, y juicio critico de este acontecimiento y de sus consecuencias en Aragón y en Castilla. Madrid. Real Academia de la Historia, 1855. Reedición en la época, probablemente en 1855; luego modernas en 1979 y 1999. (rééd. en 1987 et 2003) ; trad. (partielle, sans les annexes) française : . Historia de la marina española (1856) Memorias literarias sobre un viaje a Francia (1856) Manual de efemérides y anualidades más notables desde la Creación a nuestros días (1857) Un antiguo poema castellano inédito (1856) Joyas antiguas de la literatura española (1858) con posteriores reediciones El pensamiento de Calderón de la Barca (1858) La historia nacional (1858) La Reconquista y los mudéjares (1858) Poesía catalana del XVIII (1856-1859) La lengua universal (1860) Nuevas cartas marruecas, ouvrage publié sans signature dans El Museo Universal, édition de février 1860, consistant en un échange épistolaire fictif à propos de la guerre en Afrique, entre Abd-el-Motaller et Abdalah-ben-Solul. L’œuvre est introduite comme suit par son auteur : « Ces lettres, des plus intéressantes, écrites, semble-t-il, par un Arabe un peu plus cultivé que la moyenne des habitants de l’Afrique, à qui les hasards de la guerre, selon ses dires, offriront l’occasion d’étudier et de comparer les coutumes et la civilisation des Españols, pourront, ainsi que nous l’espérons, se révéler comme quelque chose de hautement nouveau, non seulement par les jugements qui sous l’angle de vue marocain devront se faire jour en elles, mais aussi parce qu’elles constituent dans le même temps un tableau des coutumes et des fantastiques croyances des musulmansCité d’après .. El libro del juego de tablas de Alfonso X (1863 y 1864) Poesía castellana del siglo XV en la Biblioteca Nacional de París (1862) Un diccionario sobre los pueblos de España a partir de los datos oficiales (1863) Un poema inédito sobre Alfonso XI (1863) Poetas castellanos anteriores al siglo XV (1864)