Le Contournement autoroutier de Bordeaux ou "super-rocade" est un projet d'autoroute ayant pour objectif le contournement de la ville de Bordeaux par l'ouest ou par l'est afin de désengorger la rocade bordelaise en en détournant le transit nord-sud. Progressivement élaboré depuis 1995, il est abandonné en 2008 mais est depuis périodiquement évoqué par des élus et acteurs économiques de la Gironde comme une solution toujours d'actualité. vignette|Autoroutes desservant la rocade bordelaise

Genèse du projet La rocade bordelaise, ceinture périphérique contournant le centre-ville de Bordeaux, est construite par tronçons successifs entre 1967 (ouverture du pont d’Aquitaine) et 1993 (inauguration du pont d'Arcins). Son achèvement ne permet cependant pas de fluidifier une circulation routière qui se densifie rapidement notamment en raison de l'accroissement du trafic de poids lourds, avec 80 000 à 130 000 véhicules par jour en fonction des portions. vignette|Philippe Madrelle, président du conseil général de la Gironde et initiateur du projet Alors qu'un élargissement de la rocade à 2x3 voies est envisagé dès 1994, le président du conseil général de Gironde Philippe Madrelle (Parti socialiste) évoque en 1995 le besoin d'un "grand contournement" afin que les poids lourds en transit n'empruntent plus la rocade bordelaise. Le projet initial est intégré à un "protocole d'accord" signé par Alain Juppé (président de la Communauté urbaine de Bordeaux, Rassemblement pour la République), Alain Rousset (président de la région Aquitaine, Parti socialiste), Philippe Madrelle et le préfet Georges Peyronne, qui comprend également un nouveau franchissement de la Garonne à Bordeaux (pont ou tunnel dans le prolongement de l'avenue Lucien-Faure) et la construction d'un nouveau pont sur la Garonne en aval de Bordeaux.

L'option privilégiée par les élus locaux en faveur du projet consiste en la construction d'une autoroute à péage d'environ 80 kilomètres devant relier Saint-André-de-Cubzac à l'autoroute A63 en passant par l'ouest de Bordeaux, avec l'objectif de détourner environ 20 000 véhicules par jour à l'horizon 2020, dont la moitié de poids lourds. Ce choix répond également aux objectifs complémentaires de "mieux desservir le bassin d'Arcachon, désenclaver le Médoc et irriguer le port et la presqu'île d'Ambès", selon le préfet de la Gironde Christian Frémont en 2002. La piste d'un contournement par l'est est moins envisagée afin d'éviter de traverser des zones viticoles dans l'Entre-deux-mers. Le budget du chantier est estimé à 1,1 milliard d'euros.

Enquête publique et lancement des études préalables La Commission nationale du débat public organise une consultation entre septembre 2003 et février 2004 sur trois thématiques (un contournement est-il opportun ? Si oui, doit-il s'effectuer par l'est ou par l'ouest ? Selon quelles conditions ?). Alors que l'enquête publique est en cours, le gouvernement annonce le 18 décembre 2003 avoir décidé en Comité interministériel de développement et d'aménagement du territoire (CIADT) que le projet était d'ores et déjà validé, provoquant la démission de membres de la commission chargée du débat public à l'exception de son président Dominique Moyen. La commission publie cependant ses conclusions à partir desquelles est confirmée la volonté de réaliser "un contournement autoroutier de Bordeaux en tracé neuf et dans le cadre d'une concession" avec l'appui de la Communauté urbaine de Bordeaux, du département et de la région. Le ministre de l’Équipement Gilles de Robien annonce dans la foulée le lancement d'études pour un contournement par l'ouest qui doivent définir des fuseaux de 1000 mètres de large pouvant contenir la bande de 300 mètres du futur tracé et une éventuelle voie ferrée sur la même emprise. Alain Juppé annonce un début des travaux en 2006-2007.

Le projet fait face à une opposition des Verts et du Parti communiste français, qui avancent que la création de nouveaux axes routiers ne permet pas de régler à long terme les problèmes de congestion de la circulation, puisqu'elle encourage l’étalement urbain et renforce la dépendance à la voiture individuelle, annulant ainsi en quelques années le bénéfice espéré en matière de fluidité. Trente associations se prononcent également pour le développement d'alternatives via notamment le développement du ferroutage et dénoncent l'ouverture nécessaire de nouvelles gravières et la destruction probable de zones humides et Natura 2000. Plusieurs municipalités proches du tracé envisagé prennent aussi publiquement position contre le chantier, rejointes par des propriétaires de parcelles de vignes menacées dans le Blayais et le Médoc. Des "opérations escargot" sont organisées le 2 juin 2006 sur la RN 10 à Saint-Mariens et 18 novembre 2006 sur la rocade bordelaise.

Abandon du projet Cinq scénarios sont envisagés afin de franchir les obstacles naturels (estuaire de la Gironde, presqu'île d'Ambès) et éviter au maximum les zones densément peuplées ou occupées par la culture de la vigne. Des réunions de concertation sont organisées au printemps 2006, où la vive opposition manifestée au projet pousse le président du conseil général Philippe Madrelle à réclamer en juin 2006 au ministre de l’Équipement Dominique Perben un "moratoire sine die" sur le projet afin d'obtenir l'organisation d'un nouveau débat public. Sa demande est refusée par le préfet Francis Idrac un mois plus tard. Alain Juppé annonce à son tour la nécessité de se réinterroger sur l'opportunité de mener le projet à bien à court terme ; parmi les élus locaux à l'initiative du projet, seul Alain Rousset maintient la nécessité de faire avancer le chantier. L'annonce du tracé retenu est repoussée à fin 2008 par le préfet.vignette|Rocade de Bordeaux en 2011.En mars 2007, le tribunal administratif de Bordeaux annule pour "vice de procédure substantiel" la décision ministérielle du contournement autoroutier. Le ministère des Transports annonce faire appel.

Les conclusions du Grenelle de l'environnement marquent un tournant dans l'histoire du projet : souhaitant orienter les politiques publiques vers l'amélioration des voies ferrées et l'encouragement du report modal, elles proscrivent la construction de nouveaux axes routiers. Dans cette optique, le contournement bordelais est abandonné suite à une annonce du ministre de l'Environnement Jean-Louis Borloo en juin 2008.

Tentatives de relances L'association d'usagers de la route Durrable, favorable au projet, est reçue en octobre 2008 par le directeur de cabinet du Président de la République Nicolas Sarkozy. Elle défend un nouveau scénario de contournement par l'est de Bordeaux à la faveur de la construction de l'autoroute A65 aboutissant à Langon. La cour administrative d'appel annule en novembre 2008 la décision de première instance d'annulation de l'autorisation ministérielle de 2003.

La rocade bordelaise fait quant à elle l'objet de travaux successifs d'élargissement afin de faire passer ses 45 kilomètres en 2x3 voies. Débuté en 2009, le chantier est achevé en mai 2023.

Malgré l'abandon du projet par l’État, Philippe Madrelle et Alain Juppé, soutenus par des organisations patronales, déclarent publiquement à plusieurs reprises dans les années qui suivent que l'idée du contournement reste d'actualité pour désengorger la rocade bordelaise. Devenu sénateur, Philippe Madrelle évoque également le sujet au Sénat en 2017. Cependant, le contournement autoroutier ne fait pas partie des pistes évoquées par le Schéma national d'infrastructures de transport de 2011 et la commission Mobilité 21 en 2013, et n'est pas considéré comme prioritaire par un rapport de 2018 du Conseil d'orientation des infrastructures (COI), qui ne recommande pas sa programmation avant 2038. Le projet est pourtant de nouveau intégré à la feuille du route du COI en août 2021 par le ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari mais il reste à nouveau en suspens malgré le soutien d'élus du Rassemblement national et des Républicains.

En 2022, une étude de l'agence d'urbanisme de Bordeaux Aquitaine (A'Urba) relativise la part du transit nord-sud sur la rocade, puisque l'essentiel du trafic des poids lourds dessert la métropole bordelaise et ne pourrait donc être déporté vers un axe de contournement.

En mars 2023, Alain Anziani (président de Bordeaux Métropole, Parti socialiste) et Philippe Buisson (président de la Communauté d'agglomération du Libournais, Parti socialiste) annoncent conjointement leur volonté de créer plusieurs barreaux routiers à l'est de Bordeaux afin de relier l'A89, l'A10, l'A65 et l'A62. Ils sont soutenus par plusieurs organisations patronales.

En mai 2026, le nouveau maire de Bordeaux Thomas Cazenave (Ensemble pour la République) réaffirme à son tour la nécessité d'un contournement autoroutier par l'est de la ville en compagnie de son homologue libournais Philippe Buisson (Parti socialiste). Les Écologistes demeurent opposés au projet, estimant que la construction de nouveaux axes routiers ne permettrait pas de diminuer l'engorgement des infrastructures existantes en raison du phénomène de trafic induit.

Notes et références

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