La famille Corneille est une famille issue de la noblesse de robeCharles d'Hozier, Armorial général de France dressé en vertu de l'édit de novembre 1696, volume « Ville de Paris », folio 1066, conservé à la Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, fonds Français 32250-32252 (volumes XXIII à XXV de l'Armorial). Blasonnement reproduit par Amable Floquet dans François Guizot, Corneille et son temps, Paris, Didier, 1852, « Éclaircissements et pièces historiques », n° I, p. 287, note 1., originaire de Normandie, qui s'est principalement distinguée par ses contributions à la littérature française au XVIIe siècle, notamment à travers les dramaturges Pierre Corneille et son frère Thomas Corneille.

Histoire

Le berceau de la famille Corneille se situe à Conches-en-Ouche, en Normandie, où Robert Corneille, le plus lointain ancêtre identifié, possède un atelier de tannerie établi en 1541François Bouquet, Points obscurs et nouveaux de la vie de Pierre Corneille, Paris, Hachette, 1888, chap. I « Ancêtres, parents et alliés de Pierre Corneille ». Lire en ligne sur Gallica..

L'élévation sociale de la famille s'amorce dans la seconde moitié du avec le fils de Robert Corneille, Pierre, qui épouse en 1570 Barbe HouelJacqueline Delaporte, « La famille des Corneille, état actuel des recherches », Études Normandes, 33ᵉ année, n° 1, 1984, p. 27-37., nièce d'un greffier criminel du Parlement de Rouen. Devenu commis greffier de son oncle par alliance, il acquiert ensuite plusieurs offices, notamment ceux de maître particulier des eaux et forêts de la vicomté de Rouen et de conseiller référendaire à la Chancellerie. Ces fonctions lui permettent d'obtenir une licence en droit, de devenir avocat, puis d'acheter deux maisons rue de la Pie, à RouenA.-G. Ballin, « Maison et Généalogie de Corneille », Revue de Rouen, 1833, 1ᵉʳ semestre, p. 241., où naîtra son petit-fils, le futur dramaturge.

Le fils de cet avocat, lui aussi prénommé Pierre Corneille (1572-1639), succède à son père comme maître particulier des eaux et forêts de la vicomté de Rouen et exerce également les fonctions d'avocat du roi à la Table de marbre. Il est anobli par lettres patentes de Louis XIII données à Paris en janvier 1637Amable Floquet, « Sur Pierre Corneille, le père, et sur les lettres de noblesse accordées à sa famille, par Louis XIII et Louis XIV, en 1637 et 1669 », mémoire lu à l'Académie de Rouen le 20 janvier 1837, reproduit dans François Guizot, Corneille et son temps, Paris, Didier, 1852, « Éclaircissements et pièces historiques », n° I, p. 283-288. Numérisé sur e-rara., en récompense de services rendus pendant « plus de vingt ans »Floquet dans Guizot 1852, p. 286.. La tradition rapporte toutefois que la concession fut obtenue à la requête de la reine Anne d'AutricheBernard le Bovier de Fontenelle, Vie de Monsieur Corneille, dans ses Œuvres complètes, et reprise par Charles Marty-Laveaux, « Notice biographique sur Pierre Corneille », en tête de l'édition des Œuvres de Pierre Corneille, Paris, Hachette, coll. « Les Grands Écrivains de la France », 1862, t. I, p. xxvii., touchée par le succès du Cid de son fils aîné Pierre Corneille (1606-1684), dit « le grand Corneille » : le triomphe de la tragédie, créée quelques mois plus tôt, semble avoir précipité l'octroi d'une faveur que les états de service antérieurs n'avaient pas suffi à obtenir.

Sous le règne de Louis XIV, la noblesse de la famille Corneille est mise en question à plusieurs reprises. Dès la déclaration royale du « pour la recherche des Usurpateurs de Noblesse », puis lors des déclarations similaires de et Charles Marty-Laveaux (éd.), Œuvres de P. Corneille, Hachette, 1862, t. X, p. 147, note sur le sonnet « Au Roi pour obtenir la confirmation des lettres de noblesse ». Texte sur Wikisource., le dramaturge se voit contraint de défendre la noblesse héritée de son père. Il adresse au roi un sonnetSonnet découvert par Ludovic Lalanne, publié dans L'Athenæum français, 26 mars 1853. Repris dans Marty-Laveaux 1862, t. X, p. 147. Wikisource, Poésies diverses (Corneille)/Notice. sollicitant la confirmation des lettres patentes de 1637. En septembre 1664, un édit de Louis XIV donné à Vincennes révoque toutes les lettres de noblesse délivrées depuis le , tout en se réservant la faculté de confirmer les anoblissements obtenus « pour services signalés dans nos armées et autres emplois importants »Édit de septembre 1664, cité par Marty-Laveaux 1862, t. X, p. 147. Wikisource, Poésies diverses (Corneille)/Notice.. La confirmation de la noblesse familiale est finalement obtenue par nouvelles lettres patentes de Louis XIV en , en faveur de Pierre et de son frère cadet Thomas CorneilleFloquet dans Guizot 1852, Éclaircissements, n° I, p. 288 : « Ces lettres de noblesse furent enregistrées le 27 mars 1637, dans la chambre des comptes de Normandie, et renouvelées par Louis XIV, en mai 1669, en faveur de Pierre et Thomas Corneille. ».

La famille tire l'essentiel de son illustration littéraire de la génération née au début du , à travers les deux frères dramaturges et leur neveuFontenelle est le fils de Marthe Corneille, sœur des dramaturges. Tous les ouvrages biographiques le mentionnent. Voir notice Wikipédia de Fontenelle ou article Delaporte 1984., le philosophe et académicien Bernard le Bovier de Fontenelle (1657-1757). La descendance directe du dramaturge se poursuit par son fils aîné, également prénommé Pierre Corneille (1643-1699), sieur d'Anville (ou de Damville), capitaine de chevau-légers et gentilhomme ordinaire de la maison du roi, attestant l'inscription effective de la famille dans la noblesse militaire de service.

Au cours du , une branche de la famille s'établit dans le Comtat Venaissin avec Claude-Étienne Corneille (1727-1784), qui fut reçu par Voltaire au château de FerneyEugène-Humbert Guitard, « Les descendants de Pierre Corneille en Normandie », dans Revue d'histoire de la pharmacie, 26ᵉ année, n° 102, 1938, p. 336-337. avant de s'engager dans l'armée puis de se réfugier à Carpentras, après un duel malheureux, pour y fonder un foyer.

Au moment où éclate la Révolution, la famille Corneille s'est ramifiée en plusieurs lignées aux destins contrastés. Une descendante par la lignée maternelle, Marie-Anne Charlotte de Corday d'Armont (1768-1793), passe à la postérité en assassinant Jean-Paul Marat le avant de monter sur l'échafaud quatre jours plus tard ; ses frères, royalistes émigrés, sont fusillés à Quiberon en 1795Guillaume Mazeau, « L’assassinat de Marat (13 juillet 1793). Honneur et reclassement nobiliaire pendant la Révolution française », dans Les noblesses françaises dans l'Europe de la Révolution, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2010, 135–146 p. .. La branche provençale établie à Carpentras traverse en revanche la période sans dommages majeurs, Louis-Ambroise Corneille (1756-1841) conservant ses fonctions et sa résidence.

L'avènement de Bonaparte au tournant du siècle s'accompagne de marques d'intérêt envers la famille. L'Empereur, qui aurait déclaré au sujet du dramaturge « S'il vivait, je le ferais prince ».Pierre Corneille, Œuvres complètes, édition d'André Stegmann, préfacée par Romain Debluë, Paris, Les Belles Lettres, 2025. Disponible en ligne.Emmanuel de Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène, manuscrit retrouvé, édition critique sous la direction de Thierry Lentz, Paris, Perrin, 2017, 2 volumes. selon le mot rapporté par les mémorialistes de Sainte-Hélène, accorde à Pierre-Alexis Corneille (1792-1868), fils de Louis-Ambroise, une bourseNotice Sycomore Assemblée nationale sur Pierre-Alexis Corneille. au titre de cette ascendance.

Sous le Second Empire, la famille donne deux députés bonapartistes de la Seine-Inférieure. Devenu agrégé d'histoire, inspecteur d'académie et maire de Maucomble, Pierre-Alexis Corneille est élu candidat officiel de Napoléon III au Corps législatif en 1852 dans la troisième circonscription du département, et conserve son siège jusqu'à sa mortAdolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Paris, Bourloton, 1889-1891, 5 vol. Disponible sur Gallica. ; son fils Pierre-Rémy Corneille (1823-1896) lui succède dans le même mandat de 1868 à 1870.

Personnalités Pierre Corneille (1606-1684), dit « le grand Corneille », dramaturge, auteur du Cid, d'Horace, de Cinna et de Polyeucte ; membre de l'Académie française. Antoine Corneille (1611-1657), poète et chanoine régulier de Saint-Augustin, prieur-curé de Fréville. Thomas Corneille (1625-1709), dramaturge et lexicographe ; membre de l'Académie française et de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Pierre Corneille, sieur d'Anville (1643-1699), capitaine de chevau-légers et gentilhomme ordinaire de la maison du roi. Pierre-Alexis Corneille (1792-1868), maire de Maucomble et député de la Seine-Inférieure de 1852 à 1868. Pierre-Rémy Corneille (1823-1896), député de la Seine-Inférieure de 1868 à 1870.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie François Bouquet, Points obscurs et nouveaux de la vie de Pierre Corneille : étude historique et critique, avec pièces justificatives, Paris, Hachette, 1888. Jacqueline Delaporte, « La famille des Corneille, état actuel des recherches », Études Normandes, 33ᵉ année, n° 1, 1984, p. 27-37. François Guizot, Corneille et son temps, Paris, Didier, 1852, particulièrement « Éclaircissements et pièces historiques ». Charles Marty-Laveaux (éd.), Œuvres de P. Corneille, Paris, Hachette, coll. « Les Grands Écrivains de la France », 1862-1868, 12 volumes. Georges Couton (éd.), Œuvres complètes de Pierre Corneille, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1980-1987, 3 volumes. Charles d'Hozier, Armorial général de France dressé en vertu de l'édit de novembre 1696, volume « Ville de Paris », folio 1066, conservé à la Bibliothèque nationale de France, département des Manuscrits, fonds Français 32250-32252 (volumes XXIII à XXV de l'Armorial). Blasonnement reproduit par Amable Floquet dans François Guizot, Corneille et son temps, Paris, Didier, 1852, « Éclaircissements et pièces historiques », n° I, p. 287, note 1.

Articles connexes Armorial des familles de Normandie

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