Arthur Seaforth Blackburn, né le à Woodville (Australie-Méridionale) et mort le à Crafers (dans le même État), est un militaire, avocat et homme politique australien. Il est récipiendaire de la Croix de Victoria pour l'Australie, de l'Ordre de Saint-Michel et Saint-Georges, de l'Ordre de l'Empire britannique, et de l'. En 1918 il est nommé Juge de paix. Avec la Croix de Victoria (VC), il obtient la plus haute distinction pour acte de bravoure au combat pouvant être décernée à un membre des forces armées australiennes à l'époque. Avocat et militaire à temps partiel avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il s'engage dans la Force impériale australienne en et est affecté au 10e bataillon. Son unité débarque à la baie Anzac, à Gallipoli, le , et c'est à lui et à un autre éclaireur qu'on attribue le mérite d'avoir progressé le plus loin à l'intérieur des terres le jour du débarquement. Blackburn est ensuite nommé officier et, avec son bataillon, participe au reste de la campagne de Gallipoli contre les forces ottomanes.

Le 10e bataillon est retiré de Gallipoli en et, après s'être réorganisé et entraîné en Égypte, il s'embarque pour le front occidental à la fin du mois de . C'est le , lors de la bataille de Pozières, qui s'inscrit dans le cadre de la bataille de la Somme, qu'il connaît ses premiers combats réels en France. C'est au cours de cette bataille que les actes de Arthur Blackburn lui valent d'être proposé pour la Croix de Victoria. À la tête de , il mène quatre sorties distinctes pour chasser les Allemands d'un point fort à l'aide de grenades à main, s'emparant ainsi de de tranchées. Il est le premier membre de son bataillon à recevoir la Croix de Victoria pendant la Première Guerre mondiale, et le premier habitant d'Australie-Méridionale à se voir décerner cette distinction. Il prend également part à la bataille de la ferme du Mouquet en août, avant d'être évacué vers le Royaume-Uni, puis vers l'Australie, pour raisons de santé. Il est réformé pour raisons médicales au début de l'année 1917.

Arthur Blackburn reprend son activité d'avocat et poursuit une carrière militaire pendant l'entre-deux-guerres ; il est également député au Parlement d'Australie-Méridionale de 1918 à 1921. Il dirige pendant plusieurs années la en Australie-Méridionale, et est nommé coroner de la ville d'Adélaïde, en Australie-Méridionale. Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Arthur Blackburn est nommé à la tête du 2/3e bataillon de mitrailleurs de la Seconde force impériale australienne, qu'il commande lors de la campagne de Syrie et du Liban contre les forces françaises de Vichy en 1941, au cours de laquelle il accepte en personne la capitulation de Damas. Au début de l'année 1942, son bataillon est retiré du Moyen-Orient et participe à la défense de Java, dans les Indes orientales néerlandaises, contre les Japonais. Capturé, Arthur Blackburn reste prisonnier jusqu'à la fin de la guerre. Après sa libération en 1945, il retourne en Australie et est nommé Commandeur de l'Ordre de l'Empire britannique (CBE) pour les services qu'il a rendus à Java en 1942.

Après la guerre, Arthur Blackburn est nommé commissaire à la conciliation auprès de la Cour de conciliation et d'arbitrage du Commonwealth, poste qu'il occupe jusqu'en 1955 ; cette année-là, il est fait Compagnon de l'Ordre de Saint-Michel et de Saint-Georges (CMG) pour les services rendus à la communauté. Il meurt en 1960 et est inhumé avec tous les honneurs militaires dans la section réservée à l'Australian Imperial Force du cimetière de West Terrace, à Adélaïde. Sa Croix de Victoria et ses autres médailles sont exposées dans la Salle de la Vaillance du mémorial australien de la guerre.

Biographie Jeunesse Arthur Seaforth Blackburn naît le à Woodville, dans la colonie d'Australie-Méridionale. Il est le plus jeune enfant de Thomas Blackburn, chanoine anglican et entomologiste, et de sa deuxième épouse, Margaret Harriette Stewart, née Browne. Arthur fait d'abord ses études à la Pulteney Grammar School. Sa mère meurt en 1904, à l'âge de 40 ans. Il étudie au St Peter's College d'Adélaïde de 1906 à 1909, puis à l'université d'Adélaïde, où il obtient un en 1913, après avoir effectué son stage auprès de C. B. Hardy. Pendant le stage, Hardy a été agressé un jour dans la rue par deux hommes ; malgré sa petite taille, Arthur Blackburn est intervenu et les a mis en fuite. En 1911, le service militaire obligatoire est instauré, et Arthur est enrôlé dans le 27e bataillon de l'Armée de réserve australienne (CMF). Il est admis au barreau le . Son demi-frère, , devient un éminent médecin à Sydney, sert dans le Corps médical de l'armée australienne pendant la Première Guerre mondiale et occupe par la suite pendant de nombreuses années le poste de chancelier de l'université de Sydney. Leur père meurt en 1912. Au début de la Première Guerre mondiale, Arthur exerce la profession de solliciteur à Adélaïde au sein du cabinet Nesbit and Nesbit, et continue à servir dans l'Armée de réserve.

Première Guerre mondiale Gallipoli Le , à l'âge de 21 ans, Arthur Blackburn s'engage comme soldat dans la force impériale australienne (AIF) et est affecté au 10e bataillon, 3e brigade, 1re division. Le 10e bataillon suit sa formation initiale à Morphettville, près d'Adélaïde, en Australie-Méridionale, avant d'embarquer à bord du SS Ascanius près de Outer Harbor, le . Après avoir fait escale à Fremantle et à Colombo, à Ceylan, le navire arrive à Alexandrie, en Égypte, le . Les troupes établissent leur campement près du Caire. Ils s'y entraînent jusqu'au , date à laquelle ils s'installent à Alexandrie. Ils embarquent à bord du SS Ionian le et arrivent quelques jours plus tard au port de Moúdros, sur l'île grecque de Lemnos, dans le nord-est de la mer Égée, où ils restent à bord pendant les sept semaines suivantes.

vignette|Objectif du 10e bataillon sur « Gun Ridge » pour le débarquement dans la baie Anzac le premier jour. La ligne pointillée verte indique l'étendue réelle de la tête de pont à la fin de la première journée.|alt=Carte géographique indiquant l'étendue réelle de la tête de pont à la fin de la première journée et l'objectif à atteindre.

La 3e brigade est choisie pour assurer la couverture du débarquement de la baie Anzac, à Gallipoli, le , qui marque le début de la bataille des Dardanelles. La brigade embarque à bord du cuirassé et du destroyer HMS Foxhound ; après avoir embarqué sur des rangées de barques initialement remorquées par des pinasses à vapeur, le bataillon commence à ramer vers le rivage vers 4 h 30. Arthur Blackburn fait partie des éclaireurs du bataillon et figure parmi les premiers à débarquer.

Charles Bean, auteur de lOfficial History of Australia in the War of 1914-1918, a souligné qu'il existait des preuves solides indiquant que Arthur Blackburn, accompagné du caporal suppléant Philip Robin, s'était probablement enfoncé plus loin à l'intérieur des terres le jour du débarquement que n'importe quel autre soldat australien dont on connaît les déplacements, soit environ - . La force de couverture de la 3e brigade ne réussi pas à atteindre son objectif final, la crête d'une élévation connue par la suite sous le nom de Scrubby Knoll, qui fait partie de la Third (ou Gun) Ridge, mais Blackburn et Robin, envoyés en avant-garde en tant qu'éclaireurs, réussissent à la dépasser. Robin est tué au combat trois jours après le débarquement. Plus tard dans sa vie, Arthur Blackburn se montra modeste et discret quant à son exploit et à celui de Robin, affirmant que la manière dont ils avaient survécu restait , compte tenu de la distance à laquelle on leur tirait dessus et du nombre d'hommes qui avaient été abattus autour d'eux.

Arthur Blackburn prend part à de violents combats lors du débarquement ; au , le 10e bataillon compte morts et blessés. Il est rapidement promu caporal suppléant et, peu après sa promotion, est chargé de gérer le bureau de poste de l'unité pendant un mois. Il participa ensuite aux combats de tranchées visant à défendre la tête de pont, notamment lors de la contre-attaque turque du . Il est nommé second lieutenant le et affecté au poste de chef de section au sein de la compagnie A. Arthur Blackburn sert au front pendant le reste de la campagne, jusqu'à ce que le 10e bataillon soit retiré à Lemnos en novembre, puis de nouveau en Égypte. Le bataillon subit plus de pertes au cours de la campagne, dont morts. L'unité fait l'objet d'une réorganisation en Égypte, et le , Arthur Blackburn est promu lieutenant. Début mars, il est hospitalisé pendant deux semaines pour une neurasthénie. Le bataillon embarque pour la France fin mars et arrive à destination début avril. À cette date, Arthur Blackburn est affecté à une section de la compagnie D.

Front de l'Ouest Arthur Blackburn prend des vacances en France du au . Le 10e bataillon entre en action sur le Front de l'Ouest en juin, d'abord dans le secteur calme d'Armentières de la ligne de front. C'est dans cette région que Arthur Blackburn est choisi pour faire partie d'un détachement de commando dirigé par le capitaine Bill McCann. Aux premières heures du , le 10e bataillon prend part à sa première opération d'envergure sur le front de l'Ouest, lors de la bataille de Pozières, qui s'inscrit dans le cadre de la bataille de la Somme. Dans un premier temps, la Compagnie A, sous les ordres de McCann, est envoyée en renfort du 9e bataillon, qui est engagé dans un combat à la grenade au-dessus du système de tranchées O. G. 1. Ralenti par des tirs nourris de mitrailleuses lourdes et des bombardements, McCann, qui a été blessé à la tête, fait savoir au commandant du 9e bataillon, le lieutenant-colonel , qu'il faut davantage de renforts. Vers 5 h 30, un détachement de 50 hommes, issu de la 16e section de la compagnie D du 10e bataillon, est alors envoyé au front sous les ordres de Arthur Blackburn afin de chasser les Allemands d'un tronçon de tranchée. Constatant que la compagnie A a subi de lourdes pertes, Arthur Blackburn prend immédiatement la tête de ses hommes pour se précipiter vers une barricade érigée en travers de la tranchée. Après l'avoir démantelée et à l'aide de grenades, ils repoussent les Allemands. Au-delà de ce point, les bombardements d'artillerie qui ont précédé ont pratiquement rasé la tranchée, et toute avancée est exposée à un feu nourri de mitrailleuses.

vignette|gauche |Une bombe Mills n° 5 Mk I, du type largement utilisé lors des combats de Pozières.|alt=Une grenade à main en acier avec le levier et la goupille en place.