La chute du gouvernement Herriot II est un évènement de la vie politique française qui, le 21 juillet 1926, clôt l'épisode du cartel des gauches. Édouard Herriot, premier leader du cartel et chef du premier gouvernement du cartel, et qui a provoqué la chute du gouvernement Briand X, voit son propre gouvernement être renversé par la Chambre des députés deux jours après sa nomination. Cette chute mène au retour au pouvoir de Raymond Poincaré et la nomination du gouvernement Poincaré IV, qui gouverne pendant deux ans et redresse l'économie française.

Contexte

Arrivée au pouvoir du cartel des gauches et chute du gouvernement Herriot I (1924-1925) Les élections législatives françaises de 1924 ont permis l'arrivée au pouvoir du cartel des gauches, coalition électorale hétéroclite rassemblant la gauche non-communiste et le centre-gauche. Son premier gouvernement, le gouvernement Herriot I, a chuté au bout de 9 mois, en avril 1925, dans un contexte de fortes tensions liées au scandale des faux bilans de la Banque de France, à la poursuite de la dépréciation du franc et à l'incapacité du gouvernement à redresser les finances publiques.

Succession des gouvernements Painlevé et Briand (1925-1926) Plusieurs gouvernements se succèdent entre avril 1925 et juin 1926, dirigés par Paul Painlevé puis par Aristide Briand. Le gouvernement Briand VIII, nommé en novembre 1925, chute en mars 1926, Briand ne réussissant pas à faire passer un projet de loi d'assainissement des finances publiques, et usant des ministres des Finances qui ne proposent que des solutions incertaines au déficit et à la chute du franc.

La nomination du gouvernement Briand IX, le 9 mars 1926, fait figure de dernière chance pour lutter contre la chute du franc, qui vaut désormais entre 148 et 172 francs. Raoul Péret, nommé ministre des Finances, décide de rompre avec la doctrine financière du cartel des gauches, et propose des solutions marquées à droite à la Chambre des députés, avec une réduction des impôts sur les titres financiers, notamment. Le gouvernement chute le 15 juin 1926.

Le gouvernement Briand X gouverne à partir du 23 juin. Le nouveau ministre des Finances, Joseph Caillaux, se rend à la Chambre le 16 juillet et expose son plan de redressement économique et financier, fondé sur le comité des experts du décret du 31 mai 1926. Il demande l'octroi des pleins pouvoirs financiers afin d'enrayer la baisse du franc. Son programme consiste notamment à faire revenir des capitaux en France en (Pierre Miquel).

Herriot, président de la Chambre, descend du perchoir pour haranguer les députés, dénonçant une attaque à la « tradition républicaine » et une trahison des orientations du cartel. Le 17 juillet, la Chambre vote la censure et provoque la chute du gouvernement Briand. La spéculation qui a lieu alors entraîne plus avant la chute du franc : le 16 juillet, une livre sterling vaut 202 francs.

Nomination du gouvernement Herriot (18 juillet 1926) Le 18 juillet, le président Doumergue nomme Herriot président du Conseil, conformément à la tradition voulant que la force qui a fait tomber le gouvernement précédent soit le chef du suivant. Herriot forme le gouvernement Herriot II le 19 juillet. Il a le plus grand mal pour trouver des candidats aux postes de ministres, chacun sachant que son gouvernement serait de courte durée ; Lucien Romier, du Figaro, refuse, tout comme le poste de ministre des Finances, comme Maurice Bokanowski et François Piétri. Herriot finit par constituer un gouvernement.

Chute du gouvernement

Premières journées (18 au 21 juillet) L'annonce de la nomination du gouvernement Herriot II provoque des remous politiques comme un mécontentement populaire. La presse d'extrême-droite (Jean-Jacques Becker et Serge Berstein). Dès le lundi 19 juillet, une panique bancaire a lieu, les Français cherchant à retirer en masse leurs économies ; la bourse de Paris chute fortement. Les demandes de remboursement anticipé des bons du Trésor, et notamment des bons de la défense nationale, s'accroissent, mettant en difficulté la trésorerie publique. Ce jour-là, le Trésor ne dispose plus que de 370 M de francs.

Les magasins connaissent des ruptures de stock ; comme le rapporte Miquel, . Par ailleurs, .

Arrivée du gouvernement à la Chambre (21 juillet, 17h-20h30) Le 21 juillet est le jour où le nouveau gouvernement doit obtenir la confiance de la Chambre des députés. Herriot se rend à la Chambre pour l'approbation de son gouvernement vers 17h. Le franc continue de chuter, passant à 243 francs pour 1 livre sterling. Anatole de Monzie, ministre des Finances, monte à la tribune de la Chambre. Georges Suarez rapporte qu'il a .

Censure du gouvernement (21 juillet, 21h) Le soir-même, à 21h, la Chambre renverse le gouvernement, par un vote à 290 contre 237. Elle met ainsi fin au cartel des gauches. La foule parisienne se rend pendant le vote au Palais Bourbon pour huer le gouvernement. Des Camelots du roi et autres membres des ligues d'extrême droite manifestent bruyamment. La police escorte les parlementaires qui sortent une fois la séance finie. Les ministres renversés doivent attendre que la foule s'éparpille pour être escortés en voiture au palais de l'Élysée afin de présenter leur démission ; Herriot décide de rester jusqu'à tard dans la nuit confiné au sein du Palais pour des raisons de sécurité.

Présentation de la démission au président Doumergue (22 juillet au matin) Herriot se rend au palais de l'Élysée pour remettre sa démission. Le président de la République, Paul Doumergue, accepte la démission. Il prend attache avec Raymond Poincaré, qui accepte de former un nouveau gouvernement. Le franc s'apprécie immédiatement, une livre sterling valant dès lors 220 francs, puis, deux jours plus tard, moins de 200.

Notes et références

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