Les Lumières d'Oujda est le deuxième roman de l’écrivain camerounais Marc Alexandre Oho Bambe, également connu sous le nom de scène Capitaine Alexandre.  Roman à la croisée de la prose poétique et du récit documentaire, il est publié le 19 août 2020 aux éditions Calmann-Lévy à Paris et paraît en édition de poche en 2023 au Livre de Poche. L'œuvre plonge le lecteur dans les routes de l'exil africain, de Douala à Rome, du Maroc aux côtes européennes, en portant un regard profondément humain sur les migrations contemporaines.

Résumé Le narrateur, un jeune poète nommé Mano, a tenté l'exil à Rome où il a vécu son premier amour avant d'être expulsé et rapatrié au Cameroun. De retour dans son pays natal, soutenu par l'amour de Sita, sa grand-mère, il vit ce retour comme un échec et cherche un sens nouveau à son existence. Il s'engage alors dans l'association d'Aladji, qui lutte pour dissuader les jeunes africains de s'engager vers ce qu'il appelle les "cimetières de sable et d'eau". Cette mission le conduit au Maroc, à Oujda, ville carrefour à la frontière algérienne, où il rencontre le père Antoine, un prêtre qui accueille et accompagne les réfugiés. Il y rencontre également Imane, une femme dont il tombe amoureux et à laquelle il s'attachera fortement. Au fil de cette traversée géographique et intérieure, les destins se croisent et les voix s'entremêlent. Migrants subsahariens bloqués au Maroc, refugiés passés par l'enfer des camps libyens, volontaires humanitaires, habitants d'Oujda. Le roman trace ainsi une épopée qui va de l'Afrique mère à l'Europe terre d'exil, en passant par Lesbos et Calais, dressant ainsi un panorama poignant de la condition des personnes sans papiers au XXIe siècle.

Personnages principaux

Le narrateur: poète camerounais sans nom, est la voix centrale du roman. Expulsé de Rome, il revient au Cameroun puis repart vers le Maroc, où il trouve un sens à son existence et à sa poésie.

Sita: la grand-mère du narrateur. Figure de l'amour inconditionnel et de l'ancrage africain, elle représente la mémoire et la tendresse comme forces de résilience.

Imane: femme rencontrée à Oujda, elle devient la compagne du narrateur. L'amour qui les unit symbolise la possibilité de la rencontre et de la lumière au cœur de l'exil.

Le père Antoine: prêtre humanitaire qui accueille les réfugiés à Oujda. Personnage inspiré d'une figure réelle, il incarne la solidarité et l'engagement au service des plus vulnérables.

Aladji: responsable de l'association dans laquelle s'engage le narrateur au Cameroun, militant contre les départs mortels vers l'Europe.

Les voix collectives: migrants subsahariens, réfugiés, candidats à l'exil. Ensemble, ils forment le chœur polyphonique du roman, portant chacun une histoire singulière.

Thèmes principaux Les Lumières d'Oujda explore en premier lieu la question des migrations contemporaines et de l'exil, en donnant un visage humain et poétique à des réalités souvent réduites à des chiffres ou des faits divers. Le roman interroge le droit universel à la mobilité et dénonce les violences subies par les personnes sans papiers: camps de rétention, contrôles de faciès, xénophobie, traversées mortelles. L'amour constitue l'autre grand fil conducteur de l'œuvre. C'est lui qui permet à chaque personnage de survivre et de se reconstruire. Le roman affirme que l'autre peut devenir sa patrie, et que la mort n'arrête pas la vie. La quête identitaire et le rapport à l'Afrique traversent également tout le récit. Le narrateur doit réconcilier ses origines, son exil et son devenir. Enfin, la poésie comme acte de résistance et de témoignage est au cœur de l'œuvre. Écrire, c'est refuser l'oubli et redonner dignité à ceux que la société a effacés.

Écriture et style Marc Alexandre Oho Bambe efface délibérément les frontières entre roman, poésie et récit documentaire. Sa prose suit un rythme musical hérité du slam et de l'oralité.  Elle est marquée par des phrases courtes, des ruptures de vers, des anaphores et des images fulgurantes. La narration, tantôt intime tantôt chorale, crée une polyphonie de voix qui renforce la dimension collective du propos. La critique a salué une écriture hypnotique et lumineuse, comparant certains passages aux calligrammes d'Apollinaire et à la poésie engagée d'Aimé Césaire. Le Figaro littéraire a souligné que l'auteur transforme chaque épreuve en parole lumineuse et que sa voix sublime le réel.

Place dans l'œuvre de l'auteur Les lumières d'Oujda s'inscrit dans la continuité thématique et formelle de l'ensemble de l'œuvre de Marc Alexandre Oho Bambe. Une œuvre qui mêle engagement politique et humaniste et hybridation des genres, tout en conférant la primauté au style poétique. Après Diên Biên Phù, son premier roman salué par le Prix Louis Guilloux, ce deuxième roman confirme l'auteur comme une voix majeure de la littérature francophone contemporaine. L'œuvre se situe dans la lignée d'une littérature africaine diasporique engagée, aux côtés d'auteures telles que Léonora Miano ou Djaïli Amadou Amal, tout en proposant une écriture profondément ancrée dans la tradition oratoire du slam et de l'oralité camerounaise.

Distinctions Avec Les lumières d'Oujda, Marc Alexandre Oho Bambe est en 2020, lauréat du Prix littéraire des Rotary clubs de la langue française, qui récompense chaque année un roman d'expression française qui se distingue non seulement pour ses qualités littéraires, mais aussi par les valeurs humaines qu'il met en avant. Le roman remporte également le Prix Éthiophile en 2021, et permet à son auteur d'être l'un des dix finalistes au Prix des cinq continents la même année.

Références

Catégorie:Roman paru en 2020